Pour les Fran­çais

MON­TRÉAL | La photo de cou­ver­ture des Amants du Saint-Laurent nous fait voir tout de suite à qui ce ro­man sur la ré­volte des Pa­triotes de 1837 est des­ti­né, et elle nous montre aus­si les li­mites du livre.

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES - Be­noît Au­bin Le Jour­nal

Une belle photo du bord de l’eau, au so­leil cou­chant, des mai­sons aux cou­leurs vives abri­tées par des épi­nettes géantes, ré­flé­chies dans l’eau tran­quille.

Un Qué­bé­cois voit tout de suite que ces mai­sons sont ré­centes, du genre condos à Trem­blant. Il soup­çonne aus­si qu’elles sont construites au bord d’un lac, plu­tôt que du fleuve.

Ce ro­man sur la ré­volte de Pa­triotes de 1837 est des­ti­né au Fran­çais moyen. Ce­lui qui rêve d’une ca­bane au Ca­na­da, ce­lui-là même qu’on amène à la ca­bane à sucre en août en au­to­car.

Alain Du­bos dit avoir im­plan­té un ré­cit fic­tif dans un cadre his­to­rique qu’il a scru­pu­leu­se­ment res­pec­té.

C’est vrai. Le contexte y est. Les per­son­nages aus­si : Papineau, Nel­son, Lud­ger Du­ver­nay, le gé­né­ral Col­borne.

Son ro­man rend fi­dè­le­ment ce qu’on sait de cette époque dif­fi­cile, agi­tée et vio­lente de notre his­toire, avec la guerre ci­vile qui a failli avoir lieu, mais qui fut bru­ta­le­ment ré­pri­mée avant de pou­voir se dé­ployer.

C’est la pers­pec­tive (celle d’un Eu­ro­péen, in­té­res­sé, mais for­cé­ment plus dé­ta­ché) qui fait l’in­té­rêt de ce ro­man.

DES­CRIP­TIONS CRÉ­DIBLES

Alain Du­bos est sym­pa­thique à la cause des Pa­triotes, ré­vol­tés par les abus de pou­voir, le né­po­tisme, le ra­cisme des An­glais, qui ba­fouent le Par­le­ment et les bases de la dé­mo­cra­tie.

Mais il lui est plus fa­cile de sou­li­gner l’ama­teu­risme, le ro­man­tisme de ces re­belles, qui n’avaient au­cune chance de vaincre une ar­mée d’oc­cu­pa­tion, pro­fes­sion­nelle et équi­pée, puis­qu’il n’est pas Canadien.

Alain Du­bos connaît as­sez bien le ter­rain pour faire des des­crip­tions cré­dibles de la vie à l’époque, à Mon­tréal et en cam­pagne. Sa des­crip­tion de la na­ture et des sai­sons est juste. Celle de la so­cié­té mont­réa­laise de l’époque aus­si.

La langue, c’est autre chose. Fi­dèle au style du ro­man du ter­roir fran­çais, Du­bos écrit des dia­logues dans une langue qui n’a pro­ba­ble­ment ja­mais été uti­li­sée ici. Son vo­ca­bu­laire fait par­fois vieille France : « soulte », « fou­cade », « ton­tine » ou « tai­seux » ne sont pas vrai­ment des mots du ter­roir qué­bé­cois.

Il existe un mur im­pé­né­trable entre nous et les Fran­çais, même ceux qui nous aiment et nous connaissent : ils ne savent pas sa­crer cor­rec­te­ment. Les pay­sans « ca­na­diens » de Du­bos non plus...

Alain Du­bos vient de sor­tir Les amants du Saint-Laurent.

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