Une car­rière qui décolle

Après avoir joué des rôles de sou­tien (dont ce­lui de la co­pine hu­maine de Kris­ten Ste­wart dans Twi­light), fait du théâtre et du ci­né­ma de niche in­dé­pen­dant pen­dant une dé­cen­nie, An­na Ken­drick est en­fin par­ve­nue au « rang des adultes » dans la co­mé­die terr

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Agence QMI

Son in­ter­pré­ta­tion de Natalie, la fra­gile fon­ceuse dé­bon­naire qui se dis­pute avec le res­pon­sable des li­cen­cie­ments d’une so­cié­té com­mer­ciale (joué par Cloo­ney), est dé­jà en train de faire des vagues dans le cadre de cette sai­son de ré­com­penses. Haut dans les airs a ré­col­té six no­mi­na­tions aux Gol­den Globe cette se­maine, dont l’une pour Ken­drick à titre de meilleure ac­trice dans un rôle de sou­tien. Il ne se­rait pas surprenant qu’elle soit éga­le­ment no­mi­née aux Os­cars.

Mais mal­gré ce­la, Ken­drick n’exulte pas. Elle a l’air plu­tôt éton­née de s’être ren­due jus­que­là. « J’ai tra­vaillé avec des ac­teurs ex­trê­me­ment ta­len­tueux avant, mais c’étaient pour la plu­part des jeunes. C’était tel­le­ment ex­tra­or­di­naire de s’as­seoir en face de George et Ve­ra (Far­mi­ga) et de les ob­ser­ver en train de jouer. J’avais l’im­pres­sion d’être en train de re­gar­der le Cirque du So­leil. C’était tout sim­ple­ment fas­ci­nant, se sou­vient Ken­drick. J’es­sayais de suivre. J’avais sans au­cun doute beau­coup de pres­sion. »

En ce sens, elle se sent proche du per­son­nage qu’elle in­carne au grand écran. « Natalie est constam­ment en train de prou­ver qu’elle est suf­fi­sam­ment bonne, de

POU­RELLE

dé­pas­ser en quelque sorte les at­tentes ba­sées sur son âge et son genre. C’était fa­cile de se mettre dans sa peau », note-t-elle.

Elle n’au­rait pas dû s’in­quié­ter au­tant. C’est seule­ment après avoir dé­cro­ché le contrat qu’elle a su que le réa­li­sa­teur Ja­son Reit­man (dont les deux der­niers films ont été Thank You for Smo­king et Ju­no, ga­gnant d’un Os­car) avait écrit le rôle pour elle après l’avoir vue jouer dans le film in­dé­pen­dant Ro­cket Science.

« J’au­rais ai­mé qu’il me le dise quand j’ai pas­sé l’au­di­tion, parce que je pen­sais qu’il me mé­pri­sait, ra­conte-t-elle. Il m’a dit par la suite qu’il es­sayait d’être très dis­cret et pro­fes­sion­nel parce qu’il croyait que le fait de me ré­vé­ler qu’il m’avait en tête pour ce rôle au­rait mis trop de pres­sion sur moi. »

« Mais sa ré­serve m’est ap­pa­rue comme de la froi­deur. J’ai plu­tôt pen­sé que je ne l’avais pas im­pres­sion­né du tout. Alors, quand il m’a of­fert le bou­lot, je me di­sais que ce­la n’avait pas de bon sens, que le stu­dio ne vou­drait pas de moi et que le réa­li­sa­teur me haïs­sait », conti­nue-t-elle.

« Puis, j’ai man­gé avec lui et il m’a tout ra­con­té, alors je me suis sen­tie plus à l’aise. Mais nous avons en­core des dis­cus­sions sur le fait qu’il au­rait dû me dire qu’il se croi­sait les doigts pour moi. » Nous sup­po­sons tou­te­fois qu’elle lui a pro­ba­ble­ment par­don­né tout ce­la au­jourd’hui.

COM­PLEXE

Se­lon elle, le per­son­nage de Natalie est anor­ma­le­ment com­plexe par rap­port aux rôles qui sont gé­né­ra­le­ment of­ferts aux jeunes ac­trices. « Ce per­son­nage pour­rait être un homme ou une femme de tous âges. Il n’a rien à voir avec l’amour ou le sexe. C’est sim­ple­ment un per­son­nage com­plet, avec de mul­tiples di­men­sions et pro­blèmes. C’est plu­tôt rare que ce type de per­son­nage soit aus­si une femme. »

Si Ken­drick dé­croche une no­mi­na­tion aux Os­cars, ce ne se­ra pas la pre­mière fois qu’elle est en com­pé­ti­tion pour l’ob­ten­tion d’un prix. À l’âge de 12 ans, elle a été no­mi­née aux To­ny pour son jeu dans la co­mé­die mu­si­cale High So­cie­ty, pré­sen­tée sur Broad­way, fai­sant d’elle la troi­sième plus jeune no­mi­née de l’his­toire.

« Lors­qu’ils ont dé­ci­dé de faire re­vivre An­nie sur Broad­way, quand j’avais 10 ans, je suis al­lée à New York cher­cher un agent afin d’au­di­tion­ner pour jouer dans la pièce. Même si ce­la n’a pas mar­ché, ils ont conti­nué à me ré­fé­rer pour d’autres spectacles et j’ai dé­cro­ché High So­cie­ty. »

Mais 12 ans après sa no­mi­na­tion aux To­ny, elle ad­met qu’elle ne se sent tou­jours pas confiante. « Je me dis tou­jours : qu’est-ce qu’il va se pas­ser après ? »

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