La vie en PERS­PEC­TIVE

Par­fois, on réa­lise que l’on a vieilli seule­ment lors­qu’on s’ar­rête pour re­gar­der le che­min par­cou­ru.

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Agence QMI

Pour Ja­son Reit­man, 32 ans, réa­li­sa­teur du sa­ti­rique Thank you for Smo­king et de la co­mé­die Ju­no au su­jet d’une mère ado­les­cente, ce temps est ve­nu, alors qu’il fait la pro­mo­tion de son der­nier film, Haut dans les airs. L’ac­teur George Cloo­ney y in­ter­prète un spé­cia­liste en or­ga­ni­sa­tion, pho­bique de l’en­ga­ge­ment, à la veille de re­mettre en ques­tion une exis­tence so­li­taire et déshu­ma­ni­sée.

«Je me re­con­nais dans le per­son­nage de trop de fa­çons», dé­clare Reit­man. «Je twitte, je texte. Je suis aus­si cou­pable d’uti­li­ser la tech­no­lo­gie afin de me dis­tan­cer des autres. Au cours des six an­nées du­rant les­quelles j’ai écrit ce film, je me suis ma­rié, je suis de­ve­nu père. J’ai fait Ju­no. Ma pers­pec­tive sur la vie a chan­gé. Cu­rieu­se­ment, la courbe dé­crite par le film cor­res­pond à celle de ma vie de­puis six ans. » Il n’y a pas que ce­la qui ait chan­gé du­rant la pé­riode qu’il fal­lut pour adap­ter le ro­man de Wal­ter Kim, ajoute le Mon­tréa­lais de nais­sance, fils du réa­li­sa­teur Ivan Reit­man ( Ghost­bus­ters). Le ton du scé­na­rio a éga­le­ment chan­gé, alors que la ré­ces­sion a fait dé­ri­ver le ton du film, à l’ori­gine une co­mé­die sa­ti­rique, vers une his­toire plus triste et sé­rieuse.

Reit­man est al­lé jus­qu’à in­ter­vie­wer des tra­vailleurs ré­cem­ment mis à pied, ren­con­trés par l’en­tre­mise de pe­tites an­nonces à De­troit et à St-Louis. Vingt-cinq té­moi­gnages qu’il a uti­li­sés dans le film. « C’était ex­tra­or­di­naire d’avoir ces 25 per­sonnes qui par­laient de fa­çon au­then­tique de la perte d’un em­ploi », dit-il. « Mais à la fin du tour­nage, j’ai réa­li­sé que j’avais ou­blié de leur po­ser une ques­tion très im­por­tante: si vous êtes à la mi-cin­quan­taine et que vous vi­vez dans une ville où tout le monde fait la même chose que vous et que vous avez tous per­du votre em­ploi et que, quo­ti­dien­ne­ment, vous y cher­chiez un sens, qu’est-ce qui vous donne espoir? Qu’est-ce qui vous fait sor­tir du lit chaque ma­tin? Je ne l’ai ja­mais po­sée. Nous en avons alors fait re­ve­nir quelques- uns et c’est ce que vous voyez à la fin du film, eux, qui parlent d’espoir. »

«C’était étrange de sou­dai­ne­ment les re­voir, six mois plus tard. Nous les avions d’abord in­ter­viewés quand ça ne pou­vait al­ler plus mal. Cer­tains avaient per­du leur em­ploi trois jours au­pa­ra­vant. On était six mois plus tard, ils sont en­trés, les choses com­men­çaient à chan­ger. L’at­mo­sphère était dif­fé­rente. Ce n’est pas par­fait, mais les choses vont s’ar­ran­ger. »

« Et je pou­vais le sen­tir chez ces gens. » Même s’il re­con­naît que der­rière ces mo­ments de conclu­sion op­ti­mistes se cache une réa­li­té plus dure.

« Je ne crois pas que ce soit aus­si jo­li que la scène le laisse en­tendre. »

PHOTO COUR­TOI­SIE

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