Mer­cre­di, 25 dé­cembre 2019

Pour­la­pre­miè­re­fois­de­puis­quej’aides pe­tits-en­fants,je­ne­pré­pa­re­pas­de­dî­ner deNoël­pou­reux.Àl’âgeoù­je­suis­ren­du, j’ai­bien­ga­gné­que­leurs­pa­rents m’in­vitent.C’est­ce­qu’afaitMarc-André, le­pa­pa­deRoxane,la­ca­det­te­demes pe­tits-en­fants.Com­mec’est­la­der­nière, j’ysuis­bie­natt

Le Journal de Quebec - Weekend - - TÉLÉVISION - Guy Four­nier Col­la­bo­ra­tion spé­ciale gfour­nier@jour­nalmtl.com

De­puis qu’elle est née, je ne cesse de lui par­ler de « mon temps », du 20e siècle, des tra­di­tions qui se perdent à un rythme af­fo­lant de­puis l’an 2000.

Dans les pre­miers jours de dé­cembre 2009, par exemple, afin qu’elle sache qu’on n’a pas tou­jours ache­té les arbres de Noël chez Ca­na­dian Tire ou chez Ro­na, ce que je fais de­puis des an­nées, je suis par­ti avec elle cou­per un sa­pin sur une ferme qui do­mine le lac Brome, dans les Can­tons l’Est. Pour cin­quante dol­lars, le fer­mier nous prê­tait une hache et un pe­tit go­den­dard, et nous pou­vions cou­per dans sa sa­pi­nière l’arbre de notre choix. Un arbre tout frais qui a conser­vé des ai­guilles bien vertes jus­qu’à ce que je le mette aux vi­danges dans la deuxième se­maine de jan­vier. Ce Noël-là, pour étrenne, j’ai of­fert à Roxane un DVD de Pas­se­par­tout. Elle a dû le re­gar­der quelques fois puis­qu’elle en a long­temps fre­don­né les mu­siques.

Mais quoi lui don­ner alors qu’elle vient d’avoir 12 ans et que c’est dé­jà presque une femme ? Comme son pa­pa est ma­niaque d’in­for­ma­tique, elle pos­sède dé­jà tous les gad­gets. L’an der­nier, il lui a don­né une ca­mé­ra-vi­déo ul­tra-lé­gère avec la­quelle elle filme une par­tie de ses ac­ti­vi­tés quo­ti­diennes. Non seule­ment son « cool­pix » lui per­met de fil­mer, mais elle pro­jette en­suite ses vi­déos sur n’im­porte quelle sur­face, même s’il n’y a au­cune lu­mière dans la pièce. Sans fil, l’ap­pa­reil en­voie au­to­ma­ti­que­ment toutes ses vi­déos sur Twit­ter et sur Fa­ce­book, et les sau­ve­garde dans le cy­be­res­pace moyen­nant un abon­ne­ment de quelques dol­lars par mois. Ce­la per­met à Roxane de res­ter en contact quo­ti­dien avec ses amies, dont l’une qui ha­bite Shan­ghaï où ses pa­rents sont à l’em­ploi de Bom­bar­dier.

Pour la Noël de ses 10 ans, c’est un iTV que lui a of­fert Marc-André. J’en pro­fite pour vous par­ler du iTV dont le iPod et le iP­hone ont été les an­cêtres. Je ne sais si vous vous sou­ve­nez de tout ce que vous pou­viez ac­com­plir avec un iP­hone, eh bien, à cô­té du iTV, c’est une vraie an­ti­qui­té. Avec son iTV, Roxane s’en­tre­tient gra­tui­te­ment, aus­si long­temps qu’elle veut, avec sa co­pine de Shan­ghaï. Elle lui parle et la voit comme si elle était à ses cô­tés. Comme elle le fai­sait avec son iMo­vie, elle a ac­cès à tous les films et toutes les émis­sions d’iTunes sans de­voir les té­lé­char­ger, en plus d’être abon­née di­rec­te­ment à une ving­taine de chaînes de té­lé­vi­sion.

Ayant pris l’ha­bi­tude de suivre la té­lé sur un grand écran de 64 pouces que je peux ac­cro­cher sans peine à deux ou trois en­droits dif­fé­rents de la mai­son, j’ai du mal à com­prendre qu’on puisse se conten­ter d’un iTV. « Moi, grand-pa­pa, je ne suis pas ri­vée comme toi à un fau­teuil, je re­garde mes émis­sions de té­lé par­tout où je vais : dans le mé­tro, à la cam­pagne, sur le bord de la mer, même à vé­lo ! »

Quelques jours avant Noël, j’ai fait le tour des ma­ga­sins en quête d’un ca­deau qui plai­rait à Roxane. Je suis re­ve­nu bre­douille à la mai­son. « Pour­quoi tu ne lui achètes pas un livre qu’elle pour­rait uti­li­ser sur son vook », m’a sug­gé­ré ma femme Ma­ryse ?

J’avais ou­blié de vous par­ler de son « vook » qui a sup­plan­té le Kindle et le Rea­der de So­ny de­puis quelques an­nées. Le « vook » a sur ceux-là l’avan­tage de sup­por­ter des livres qui ne sont plus vrai­ment des livres puisque tout en les par­cou­rant, on peut cli- quer sur le nom d’un per­son­nage et voir ap­pa­raître son his­toire per­son­nelle, des photos et même vi­sion­ner des vi­déos où il se pré­sente lui-même dans son cos­tume. Vous de­vriez voir le der­nier Har­ry Pot­ter que sa mère lui a don­né pour son an­ni­ver­saire. Si Roxane le dé­sire, elle n’a même pas à lire : une voix ra­conte l’his­toire pen­dant qu’on voit Har­ry Pot­ter vivre ses aven­tures !

Suite à la sug­ges­tion de Ma­ryse, je suis al­lé chez Archambault où j’ai trou­vé un « vook » que Roxane de­vrait ap­pré­cier : La beau­té chez les jeunes. Elle y ap­pren­dra di­verses tech­niques de ma­quillage et ver­ra comment les ac­com­plir. Le livre dé­taille aus­si des cen­taines d’exer­cices phy­siques que Roxane pour­ra faire en sui­vant la mo­ni­trice sur vi­déo. Elle peut même po­ser des ques­tions à la mo­ni­trice et avoir des ré­ponses. Comme si elle avait son en­traî­neur per­son­nel ! Tout à fait gé­nial. Et utile par-des­sus le mar­ché.

Le long de la route qui nous amène chez Marc-André pour le ré­veillon, je ne cesse de par­ler de mon ca­deau à Ma­ryse. « Tu t’ima­gines, si nous avions eu ce genre de livres quand on était jeune ! »

Lorsque nous en­trons chez Marc-André, Roxane, tout à la joie de nous voir, nous saute au cou, nous em­brasse et me dit à l’oreille qu’elle a une sur­prise pour moi. « Suis-moi dans le sa­lon ! »

Dans le sa­lon, la lu­mière est si ta­mi­sée que je dis­tingue à peine l’arbre de Noël, ins­tal­lé dans un coin. « Re­garde bien, grand-pa­pa ! »

J’ouvre grand les yeux, Roxane ac­tionne une pe­tite té­lé­com­mande et le sa­pin s’anime d’un seul coup. Non seule­ment des am­poules qui imitent à s’y mé­prendre la flamme d’une bou­gie se mettent à scin­tiller, mais les boules de Noël prennent vie. On y voit ap­pa­raître toutes sortes d’images féé­riques pen­dant qu’elles émettent les tra­di­tion­nels can­tiques de Noël : Sainte Nuit, Les anges dans nos cam­pagnes, White Ch­rist­mas, etc.

« C’est pas comme dans ton temps, hein, grand-pa­pa ! » Je n’ai pu ré­sis­ter alors à l’en­vie de rap­pe­ler à Roxane ce di­manche de dé­cembre 2009 quand je suis al­lé avec elle cou­per un sa­pin aux en­vi­rons du lac Brome. Elle ne s’en sou­ve­nait pas du tout. À me­sure qu’elle écoute mon ré­cit, je vois bien s’as­som­brir son vi­sage. À la fin, elle me lance un re­gard scan­da­li­sé. – Grand-pa­pa, t’as cou­pé un sa­pin ? Un vrai sa­pin ? – Bien oui... – Ja­mais, j’au­rais pen­sé que tu pour­rais faire une chose pa­reille. Notre sa­pin, il est aus­si beau qu’un vrai et on l’a ache­té tel quel chez Fu­ture Shop.

Je sais que plus ja­mais je ne se­rai pour Roxane le grand-père si par­fait qu’elle avait ima­gi­né !

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