PAR­TIR POUR SE RE­CONS­TRUIRE

Le portier de la gare Wind­sor est une pièce-té­moi­gnage qui ré­clame un cer­tain en­ga­ge­ment de la part des co­mé­diens qui la jouent, parce qu’elle est ba­sée sur l’his­toire vé­cue d’un ré­fu­gié po­li­tique au Qué­bec, ex­plique l’au­teur.

Le Journal de Quebec - Weekend - - THÉÂTRE - Be­noît Au­bin BAU­BIN@JOUR­NALMTL.COM

D’abord, la pièce est un ré­qui­si­toire contre l’usage de la torture (qui laisse des sé­quelles qui vont han­ter les vic­times toute leur vie du­rant), as­sure Ju­lie Vincent. Elle a com­men­cé à écrire cette pièce avant que n’éclate la con­tro­verse sur l’usage de la torture dans les pri­sons af­ghanes. Mais il y a autre chose. « On parle beau­coup de di­ver­si­té cultu­relle, de mé­tis­sage, ces temps-ci. Cette pièce en té­moigne, et pro­voque des choses, conti­nue l’au­teur. En jouant le rôle de la femme qui tombe amou­reuse du ré­fu­gié uru­guayen, par exemple, Geneviève Rioux nous montre le che­mi­ne­ment qu’exige cette si­tua­tion. »

Il y a beau­coup de si­mi­li­tudes entre l’Uru­guay et le Qué­bec, dit-elle. « Ce sont deux pe­tits pays avec une iden­ti­té et une culture très fortes, qui vivent en­tou­rés de na­tions beau­coup plus grandes. »

PERS­PEC­TIVE D’ÉTRAN­GER

Dans la pièce, Fran­cis­co a quit­té son pays au bord de la guerre ci­vile, pour ar­ri­ver ici, en pleine ef­fer­ves­cence na­tio­na­liste, trois ans avant l’élec­tion du Par­ti Qué­bé­cois, en 1976.

« Il a tis­sé des liens, il est de­ve­nu Qué­bé­cois. Des amis lui ont dit: on a be­soin de toi pour construire un nou­veau pays, dit-elle. Alors, il a vé­cu des pertes d’illu­sions ici aus­si. »

Sa pers­pec­tive d’étran­ger a in­fluen­cé l’image que Ju­lie Vincent se fait du com­bat des Qué­bé­cois.

« Il dit qu’il vit très bien avec ce qu’il ap­pelle l’am­bi­guï­té des Qué­bé­cois, dit-elle. Je vois le Qué­bec plus clai­re­ment. C’est vrai qu’on a fait des pactes, des com­pro­mis. On a une loi qui pro­tège notre langue, et on sur­vit. »

Mais ces consi­dé­ra­tions po­li­tiques forment la pé­ri­phé­rie du ré­cit, qui est ce­lui de la vie d’un homme qui fut tor­tu­ré, for­cé de chan­ger de pays, et de con­tinent, et qui s’est dé­cons­truit, donc, pour mieux se re­cons­truire, dans un autre monde, lui-même en construc­tion: ici. Le portier de la gare Wind­sor, texte et mise en scène de Ju­lie Vincent. Avec Sté­phane Blan­chette, Jean-Fran­çois Ca­sa­bonne, Geneviève Rioux, Noé­mie Go­dinVi­gneau, Fran­ces­ca Bar­se­nas, Vic­tor An­drès Trelles-Turgeon, Jean Ma­heux et Éric Ro­bi­doux. À la salle Fred-Barry du Théâtre De­nise-Pel­le­tier du 6 au 30 jan­vier.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.