Le ma­king of de la pièce

Il ar­rive sou­vent aux au­teurs de cher­cher leur su­jet de mi­di à qua­torze heures, et de ne rien trou­ver. Le contraire est ar­ri­vé à Ju­lie Vincent : Le­por­tier­de­la Ga­reWind­sor lui est tom­bé des­sus comme une tonne de brique. Et il a chan­gé sa vie.

Le Journal de Quebec - Weekend - - THÉÂTRE - Be­noît Au­bin Le Jour­nal de Mon­tréal

Si Ju­lie Vincent parle au­jourd’hui es­pa­gnol, si ses pièces ont été tra­duites en es­pa­gnol et jouées à Mon­te­vi­deo et Bue­nos Aires, c’est en par­tie parce qu’elle vit en ban­lieue de Mon­tréal.

Elle vient en ville en train de­puis le West Is­land. Elle connaît donc bien la gare Wind­sor. Elle passe aus­si beau­coup de temps dans les ca­fés, entre ses ren­dez-vous.

Un jour, elle est dans un ca­fé en train d’es­sayer d’in­ven­ter une his­toire : un ar­chi­tecte de­ve­nu va­ga­bond, qui dis­court sur l’ar­chi­tec­ture de la belle vieille gare, et des hor­reurs qui la jouxtent, comme le Centre Bell et la sta­tion Lu­cien L'Al­lier.

À cô­té d’elle, il y a un homme qui lit un livre, s’ai­dant d’un dic­tion­naire. Elle lui de­mande: « Vous êtes écri­vain? » « Non, fait l’homme, avec un fort ac­cent es­pa­gnol. Je suis ar­chi­tecte, mais vous pou­vez me consi­dé­rer comme un va­ga­bond. »

Bin­go!

DOUBLE IDEN­TI­TÉ

Ju­lie Vincent jure que l’anec­dote est vraie. L’homme l’est aus­si. Il s’ap­pelle Fran­cis­co. C’est un ré­fu­gié po­li­tique, ar­ri­vé au Qué­bec en 1973, à la suite d’un coup d’État qui l’a chas­sé de son pays, l’Uru­guay. Il cultive main­te­nant un ver­ger, pas loin de Mon­tréal.

« Le portier de la gare Wind­sor ra­conte l’his­toire d’un homme qui vit au Qué­bec de­puis 35 ans. Il vit tant bien que mal sa double iden­ti­té. Il a dû se dé­cons­truire, pour s’adap­ter. Il est de­ve­nu un va­ga­bond », ra­conte l’au­teur.

Ju­lie Vincent a été fas­ci­née par l’his­toire de la vie de cet homme, qu’il lui a ra­con­tée par bribes, sur plu­sieurs an­nées. Elle a ap­pris l’es­pa­gnol, est al­lée en Uru­guay pour en­quê­ter sur les ra­cines et l’his­toire de son su­jet. Elle s’est fait des amis là-bas, qui ont tra­duit et mon­té ses pièces.

Lui n’est pas en­core re­tour­né dans son pays d’ori­gine, di­telle.

« La pièce ra­conte l’his­toire d’un homme qui a une bles­sure pro­fonde, qui est pri­son­nier dans son la­by­rinthe, et qui va par­ve­nir à tuer son monstre pour ac­cé­der à l’air libre », dit Ju­lie Vincent.

Puis elle ajoute : « C’est vrai que le ma­king of de la pièce n’est pas une vi­laine his­toire non plus. »

Ju­lie Vincent.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.