L’AL­LE­MAGNE ET IS­RAËL SE DIS­PUTENT UN MA­NUS­CRIT DE KAF­KA

BERLIN | (AFP) La ba­garre dé­jà an­cienne pour la pro­prié­té des ma­nus­crits de Kaf­ka, à la va­leur au­tant lit­té­raire que fi­nan­cière, a re­bon­di au ni­veau d’ins­ti­tu­tions al­le­mande et is­raé­lienne, qui se dis­putent Le Pro­cès.

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Face aux ré­centes ten­ta­tives is­raé­liennes pour ob­te­nir le ma­nus­crit, pro­prié­té de l’État al­le­mand de­puis plus de 20 ans, l’Al­le­magne a op­po­sé un re­fus ca­té­go­rique.

« Il n’y a pas de fon­de­ment ju­ri­dique, mo­ral ou his­to­rique » aux re­ven­di­ca­tions is­raé­liennes, as­sène Ul­rich Raulff, di­rec­teur des archives lit­té­raires de Mar­bach, où est conser­vé le pré­cieux ma­nus­crit.

L’éta­blis­se­ment ren­ferme la plus grande col­lec­tion d’ori­gi­naux de Kaf­ka après une bibliothèque d’Ox­ford, dont des cartes pos­tales et des lettres.

Dans ce dif­fé­rend, ce qui est en jeu, c’est « la gloire d’être le pro­prié­taire du ma­nus­crit et beau­coup d’ar­gent », es­time l’heb­do­ma­daire al­le­mand Die Zeit.

MAX BROD

Une lettre de huit pages adres­sée en 1922 à Max Brod a été ven­due fin no­vembre à Bâle (Suisse), pour en­vi­ron 82 600 eu­ros, se­lon la mai­son d’en­chères ber­li­noise Star­gardt, co-or­ga­ni­sa­trice de la vente.

« Kaf­ka est de­ve­nu in­croya­ble­ment cher. Il est presque de­ve­nu un ob­jet de spé­cu­la­tions », re­con­naît M. Raulff.

Né en 1883 à Prague, alors dans l’em­pire aus­tro-hon­grois, Kaf­ka avait char­gé son ami Max Brod de brû­ler son oeuvre après sa mort. Mais fai­sant fi de la vo­lon­té de l’au­teur dé­cé­dé de la tu­ber­cu­lose en 1924 en Au­triche, Max Brod, qui avait émi­gré à Tel-Aviv en 1939 pour fuir le na­zisme, a pu­blié les textes.

Il a en­suite lé­gué la suc­ces­sion à sa se­cré­taire, Es­ther Hoffe. Celle-ci a ven­du une par­tie des ma­nus­crits, dont Le Pro­cès, ac­quis en 1988 par les archives de Mar­bach chez Sotheby’s à Londres pour l’équi­valent d’en­vi­ron 1,7 mil­lion d’eu­ros.

« À l’époque, per­sonne n’a pro­tes­té contre cette en­chère », sou­ligne M. Raulff. Il ajoute que « Kaf­ka n’est ja­mais al­lé en Pa­les­tine » et que le texte « n’est pas sor­ti d’Is­raël » puis­qu’il re­po­sait de­puis 1956 dans un coffre de banque suisse avec les autres ma­nus­crits lais­sés par Max Brod à Es­ther Hoffe en 1945.

« Après la mort de Max Brod en 1968, un tri­bu­nal is­raé­lien avait re­con­nu of­fi­ciel­le­ment en 1974 la lé­gi­ti­mi­té du legs de Max Brod à sa se­cré­taire », se­lon lui.

Dé­cé­dée en 2007, la cen­te­naire a lé­gué le conte­nu du coffre suisse à ses filles Ruth et Eva.

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