Des pin­tades àla­mode

Sa­vez-vous que les pin­tades ont en­va­hi les grandes mé­ga­lo­poles de ce monde? Je ne parle bien évi­dem­ment pas des pin­tades, les oi­seaux de basse-cour, mais des Pin­tades, ces filles lé­gères et sé­rieuses, fé­mi­nines et fé­mi­nistes, hé­roïnes de la col­lec­tion des

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES - Agence QMI

C’est en 2004 que l’aven­ture des Pin­tades a com­men­cé, sous la plume de Lay­la De­may et Laure Wa­trin, avec une im­mer­sion dans la vie des New-Yor­kaises, ces femmes pres­sées, «ca­pables d’em­bau­cher un consul­tant pour leur ap­prendre à ranger leurs pla­cards ( …), de tra­vailler 60heu­res­par se­mai­neetde tou­jours­trou­ver de temps de se faire le­songles». Pas à pas, ces deux jour­na­listes ont sui­vi les New-Yor­kaises dans les moindres dé­tails de leur vie, même lors­qu’ils frisent le ri­di­cule, comme «les cours de yo­ga pour chiens».

Elles ont en­suite re­ga­gné leur basse-cour na­tale, Paris, et se sont mises à scru­ter leurs Pin­tades de voi­sines.

Ré­pu­tées élé­gantes, râ­leuses et grandes gueules, les Pa­ri­siennes semblent faire hon­neur à tous ces pré­ju­gés. Mais Lay­la De­may et Laure Wa­trin nous les pré­sentent éga­le­ment comme des ro­man­tiques au charme na­tu­rel et à la gour­man­dise af­fi­chée.

LONDRES

En­suite, ce fut au tour des Lon­do­niennes, Pin­tades in­dé­pen­dantes dans l’âme, d’être ob­ser­vées, in­ter­ro­gées, étu­diées quar­tier après quar­tier. Car Londres est com­po­sée de dif­fé­rentes tri­bus, ex­plique Vir­gi­nie Demers. Cha­pitre après cha­pitre, elle nous in­vite donc dans l’uni­vers de la It girl des quar­tiers chics (comme Not­ting Hill), amou­reuse de ses pets et de shop­ping; de la Posh de May­fair au chic BCBG; soit «femme d’af­faires de haute vo­lée», soit «épouse ou concu­bine d’un mil­liar­daire»; sans oublier la Pin­tade grunge, bo­hème et créa­tive, ha­bi­tant par exemple Cam­den Town, qui ne mange que bio.

Certes in­té­res­santes et bour­rées d’adresses utiles, ces chro­niques ne sont pas une par­faite ré­vé­la­tion pour nous, car elles ra­content le quo­ti­dien de femmes oc­ci­den­tales, dont les pré­oc­cu­pa­tions sont (plus ou moins) les mêmes que les Qué­bé­coises.

TÉ­HÉ­RAN

Plus exo­tique, plus in­tri­gante pour nous, la vie des femmes à Té­hé­ran.

Del­phine Minoui nous fait ren­trer dans le quo­ti­dien de ces Pin­tades bour­rées de pa­ra­doxes, qui jonglent entre mo­der­ni­té et tra­di­tion, in­dé­pen­dance et ma­riages for­cés.

Ces Pin­tades qui peuvent crier «Mort à l’Amé­rique» en pu­blic et se re­trou­ver en jean taille basse et décolleté plon­geant à se tré­mous­ser entre co­pines au son d’un tube de pop su­crée en pri­vé.

Car mal­gré la haine du ré­gime en­vers l’Amé­rique, les Té­hé­ra­naises sont at­ti­rées par la mode oc­ci­den­tale. Eh oui, tout comme les Pin­tades new-yor­kaises, elles ont dé­cla­ré la guerre au poil, de­viennent vé­gé­ta­riennes, et sont de plus en plus nom­breuses à cé­der à la ten­ta­tion d’une rhi­no­plas­tie.

Grâce à un vé­ri­table tra­vail de ter­rain, mi­nu­tieux et com­plet, Del­phine Minoui dresse donc le por­trait de ces femmes sou­mises en sur­face, mais re­belles avant tout.

Sexe, amour, shop­ping, beau­té… Les thèmes abor­dés dans ces chro­niques peuvent sem­bler fri­voles, mais ils re­flètent bien le mode de vie contem­po­rain des femmes.

Bien évi­dem­ment, ces Pin­tades ne re­pré­sentent pas toute la gent fé­mi­nine. Ce sont gé­né­ra­le­ment des femmes riches (voire très riches), culti­vées, do­tées d’un bon tra­vail et du sa­laire qui va avec, ou is­sues de fa­milles ai­sées, qui ont des re­la­tions haut pla­cées.

Mais les cô­tés né­ga­tifs ne sont pas ou­bliés… Del­phine Minoui nous rap­pelle ain­si qu’en Iran, l’in­fi­dé­li­té de la femme est tou­jours pas­sible de la peine de mort. Comme quoi, même si les femmes s’éman­cipent, du tra­vail reste à faire.

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