MANGE, PRIE, AIME: LA RE­CETTE DE JU­LIA RO­BERTS

Le Journal de Quebec - Weekend - - LA UNE - Darryl Ster­dan

NA­PA VAL­LEY | Ju­lia Ro­berts en a vu d'autres, mais le film Mange, prie, aime lui en a fait voir de toutes les cou­leurs, et pas uni­que­ment parce que le film, ti­ré du livre au­to­bio­gra­phique d'Elizabeth Gil­bert, a été tour­né un peu par­tout sur la pla­nète.

« C’est sans doute un des films aux­quels j’ai par­ti­ci­pé qui exi­geait le plus de dis­po­ni­bi­li­té émo­tive », ra­conte l’ac­trice de 42 ans qui in­carne l’au­teure du livre dans ce film réa­li­sé par Ryan Mur­phy, le créa­teur de la té­lé­sé­rie Glee. « C’était né­ces­saire pour que j’ar­rive à m’iden­ti­fier à son par­cours in­té­rieur très par­ti­cu­lier. »

Et quel par­cours! Mange, prie, aime, qui se­ra en salles le 13 août, ra­conte le par­cours d’une au­teure new-yor­kaise que même son suc­cès ne par­vient pas à rendre heu­reuse. Elle fuit donc un ma­riage bat­tant de l’aile et part en voyage pen­dant toute une an­née, pas­sant par l’Italie, l’Inde et l’In­do­né­sie, à la re­cherche d’une re­nais­sance phy­sique, spi­ri­tuelle et ro­man­tique.

La re­la­tion entre Ju­lia Ro­berts et Elizabeth Gil­bert dure de­puis quatre ans dé­jà.

« J’ai lu son livre avant qu’il ne de­vienne im­men­sé­ment po­pu­laire, ra­conte l’ac­trice au cours d’une confé­rence de presse dans un hô­tel de Na­pa Val­ley. J’étais contente de l’avoir lu avant qu’il soit po­pu­laire parce que je suis très in­fluen­çable et si je l’avais lu alors que tout le monde en par­lait, j’au­rais soit tout fait pour le dé­tes­ter ou pour l’ai­mer en­core plus que ces quatre mil­lions d’autres per­sonnes. »

Lors­qu’est ve­nu le temps d’adap­ter le ro­man d’Elizabeth Gil­bert (qui a été lu par bien plus que quatre mil­lions de per­sonnes), Ryan Mur­phy et Ju­lia Ro­berts se sont ju­ré qu’ils tour­ne­raient aux mêmes en­droits et dans le même ordre que dans le livre.

« C’était tout un luxe de pou­voir tour­ner les scènes dans l’ordre chro­no­lo­gique afin de bien suivre l’évo­lu­tion émo­tion­nelle du per­son­nage, ex­plique Ju­lia Ro­berts. Notre vo­lon­té de tour­ner aux en­droits pré­cis où se dé­roule le livre a été im­men­sé­ment in­té­res­sante, ex­trê­me­ment gra­ti­fiante et confère un ni­veau d’au­then­ti­ci­té in­com­pa­rable à l’his­toire qui est ra­con­tée. »

Voi­ci quelques sou­ve­nirs de voyage, dans le monde ex­té­rieur et in­té­rieur, de Ju­lia Ro­berts, Ryan Mur­phy, Ja­vier Bar­dem et Ri­chard Jen­kins.

LA DOLCE VI­TA EN ITALIE

Après avoir tour­né à New York les scènes ra­con­tant la dis­so­lu­tion du ma­riage d’Elizabeth Gil­bert et son im­pul­sif ma­ri (in­ter­pré­té à mer­veille par Billy Cru­dup), ain­si que son idylle pas­sa­gère avec un ac­teur nom­mé Da­vid (James Fran­co), l’équipe s’est ren­due à Rome. C’est là que la vraie Liz a en­tre­pris sa re­cons­truc­tion en ap­pre­nant l’ita­lien et en se bour­rant de pâtes, de piz­za, de vin et de ge­la­to. Ju­lia Ro­berts n’a pas maî­tri­sé l’ita­lien, mais elle a très cer­tai­ne­ment maî­tri­sé l’art de bien man­ger.

« Ryan ra­conte à tout le monde que j’ai pris cinq ki­los, ra­conte-t-elle. J’ai pris un peu moins de poids que ça, mais j’ai ado­ré cha­cun de ces ki­los. L’équipe de tour­nage a mis le pa­quet pour pré­pa­rer cette nour­ri­ture in­croyable que je de­vais man­ger sans ar­rêt. Il y avait des gens sur le pla­teau dont l’unique tâche était de pré­pa­rer de la nour­ri­ture qui soit belle et bonne. Tout était ab­so­lu­ment dé­li­cieux. » En­fin presque... « Nous avons tour­né dans une piz­ze­ria que l’au­teure a vi­si­tée, à Naples. Nous sommes ar­ri­vés sur place à 8 heures, pour­suit-elle. J’ai donc com­men­cé ma jour­née avec huit pointes de piz­za en­tières en 45 mi­nutes. La piz­za était dé­li­cieuse, mais di­sons que, ren­du à la sep­tième part, elle ne me pa­rais­sait plus

tel­le­ment dé­li­cieuse. Il y a même une des prises où j’ai man­gé une pointe en­tière pen­dant la scène. Je me de­mande en­core à quoi j’ai pen­sé lorsque j’ai dé­ci­dé de faire ça. »

Ryan Mur­phy, lui, le sait. Se­lon le réa­li­sa­teur, « les scènes où l’on voit Ju­lia man­ger sont par­mi les scènes les plus contro­ver­sées de l’his­toire du ci­né­ma », en ne bla­guant qu’à moi­tié. « En ce mo­ment, il y a énor­mé­ment de culpa­bi­li­té en­tou­rant la nour­ri­ture. Tout le monde suit un ré­gime ou parle d’en suivre un. Du coup, des scènes de film où l’on voit une femme man­ger avec un réel plai­sir sont de toute beau­té et qua­si­ment ré­vo­lu­tion­naires. »

« Tout le monde m’a dit : “T’en fais pas, tu vas perdre tes ki­los en trop en Inde”. Ap­pa­rem­ment, mon corps n’a pas lu ce mé­mo », lance à la blague Ju­lia Ro­berts

SÉ­JOUR SPIRITUEL EN INDE

Après son sé­jour en Italie, Elizabeth Gil­bert se rend dans un ash­ram in­dien afin d’être illu­mi­née par un gou­rou, mais c’est plu­tôt un Texan à l’hu­mour acerbe, in­ter­pré­té par Ri­chard Jen­kins, qui lui pro­di­gue­ra les meilleurs conseils.

L’ac­teur de genre can­di­dat aux os­cars, sur­tout connu pour son rôle du père dé­cé­dé dans la té­lé­sé­rie Six pieds sous ter

re ( Six Feet Un­der), af­firme quant à lui que le tour­nage en Inde lui a per­mis de réa­li­ser un rêve d’en­fance.

« J’ai gran­di dans une pe­tite ville du Mid­west, ra­conte l’ac­teur. Lorsque je suis de­ve­nu un ac­teur, je me suis dit : “Chouette, je vais voir le monde en­tier!”, mais en fin de compte, je n’ai vu que To­ron­to et Van­cou­ver. Ce tour­nage re­pré­sen­tait donc l’idéal que je m’étais fait de mon mé­tier, qu’il me per­met­trait de vi­si­ter le monde, pas seule­ment un pla­teau de tour­nage dans un han­gar. »

Les voyages ef­fec­tués pour ce tour­nage ne re­vêtent pas la même im­por­tance pour Ju­lia Ro­berts, qui était ac­com­pa­gnée de ses en­fants.

« Di­sons-le ain­si : en bonne mère de fa­mille, j’ai trim­bal­lé avec nous une boîte de mé­di­ca­ments, de pan­se­ments, d’anal­gé­siques et d’autres trucs du genre qui de­vait bien faire cinq ki­los et que je n’ai heu­reu­se­ment pas eu be­soin d’ou­vrir, ain­si qu’une autre boîte de cinq ki­los avec des col­la­tions. C’est une des choses qui me fai­sait le plus de bien lorsque je la voyais. Quand j’avais une fringale, tard le soir, je me pre­nais une barre gra­no­la. »

TOM­BER EN AMOUR EN IN­DO­NÉ­SIE

Pour la der­nière par­tie de son voyage, Elizabeth Gil­bert se rend à Ba­li, où, es­père-t-elle, un gué­ris­seur rap­pe­lant Yo­da l’ai­de­ra à trou­ver un équi­libre entre plai­sir et dé­vo­tion. Elle fe­ra la ren­contre de Fe­lipe, un di­vor­cé tout aus­si en­dom­ma­gé qu’elle par l’amour, in­ter­pré­té par le lau­réat d’un os­car Ja­vier Bar­dem. Le fait que leurs per­son­nages croient qu’ils ne pour­ront ja­mais plus ai­mer n’a pas em­pê­ché les ac­teurs de connec­ter dans la vraie vie.

« J’avais un peu peur de le ren­con­trer de­puis que j’ai vu No Coun­try For Old

Men, s’es­claffe Ju­lia Ro­berts. Mais lorsque je l’ai fi­na­le­ment ren­con­tré, c’était un ange.»

« Il est ar­ri­vé avec plein d’en­train et d’en­thou­siasme, il m’in­vi­tait à dî­ner et à lire des scènes pour peau­fi­ner notre jeu, et ma pre­mière ré­ac­tion était de dire non, mais je me suis ra­vi­sée parce que son en­thou­siasme était conta­gieux.

« Vers la fin du tour­nage, je lui ai dit : “J’étais convain­cue que tu se­rais très in­tense, maus­sade et étrange et que j’au­rais be­soin d’aide pour te contrô­ler, mais au contraire, tu es réel­le­ment très agréable et c’est un plai­sir de tra­vailler avec toi.” Il m’a ré­pon­du (l’ac­trice imite par­fai­te­ment la voix de Bar­dem) : “Je ne suis pas comme ça, d’ha­bi­tude. Je vou­lais sim­ple­ment l’es­sayer, pour voir c’est com­ment”. »

Pour sa part, Bar­dem at­tri­bue en­tiè­re­ment sa bonne hu­meur à sa co­ve­dette.

« Lorsque vous ar­ri­vez sur un pla­teau qui est dé­jà en tour­nage de­puis trois mois, des liens qua­si fa­mi­liaux se sont dé­jà tis­sés, ex­plique l’ac­teur es­pa­gnol. C’est un peu comme dé­mé­na­ger dans une nou­velle ville, il y a des cen­taines de rai­sons pour vous d’être in­quiet, par­ti­cu­liè­re­ment lorsque, comme moi, vous de­vez tour­ner dans une autre langue.

« Mais dès l’ins­tant où nous nous sommes ren­con­trés et aus­si­tôt que nous avons tour­né notre pre­mière scène en­semble, je me suis sen­ti... dé­ten­du. C’est une sen­sa­tion ex­trê­me­ment agréable pour un ac­teur d’avoir l’im­pres­sion de tra­vailler avec quel­qu’un de créa­tif et de gé­né­reux qui ose vous re­mettre en ques­tion et qui vous fait sen­tir comme si vous fai­siez par­tie de la fa­mille. D’au­tant plus que, dans ce cas-ci, cette per­sonne porte tout le film sur ses épaules. Si j’avais été à sa place, j’au­rais sû­re­ment été un ter­rible gou­jat. »

Comme on peut le de­vi­ner, il n’y a pas que Ju­lia Ro­berts qui en a vu d’autres.

Pen­dant le tour­nage de Mange, prie, aime, Ju­lia Ro­berts a voya­gé de l’Italie en In­do­né­sie, en pas­sant par l’Inde, à chaque fois ac­com­pa­gnée par ses en­fants.

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