Sec­tion tou­risme

Cer­taines par­ties de la Ré­pu­blique dominicaine ont échap­pé au dé­ve­lop­pe­ment tou­ris­tique. C’est le cas de la côte verte, où l’on peut y dé­cou­vrir une na­ture luxu­riante.

Le Journal de Quebec - Weekend - - NEWS - Isabelle La­flamme

Pour­quoi ne pas se lais­ser en­traî­ner dans une aven­ture in­édite sur l’île dé­cou­verte par Ch­ris­tophe Co­lomb en 1492. Quit­ter Puer­to Pla­ta, ou­blier les hô­tels tout com­pris pour se rendre dans des ré­gions moins connues, moins fré­quen­tées.

Si­tuée dans le nord-est du pays, la côte verte est la par­tie la moins dé­ve­lop­pée de la Ré­pu­blique dominicaine. On peut en­core y dé­cou­vrir des plages dé­pour­vues de tou­ristes. Voir des es­paces verts et des vil­lages pré­ser­vés du monde mo­derne. Par­ta­ger quelques mots et de nom­breux sou­rires avec des ha­bi­tants mer­veilleux au coeur grand comme l’es­poir de vous rendre heu­reux.

Voi­ci le ré­cit d’une ex­cur­sion en voi­ture qui nous a en­traî­nés de Gas­par Her­nan­dez à la belle Playa Ca­le­ton, à la ren­contre de l’au­then­ti­ci­té dominicaine.

La route qui mène au vil­lage de Gas­par Her­nan­dez se fau­file le long des bords de mer. Les pal­miers s’ac­crochent déses­pé­ré­ment au sable blanc et ploient sous le vent. Tout est pur et très clair. L’eau lim­pide est tur­quoise. Le vent, cons­tant. Luxu­riante est la na­ture d’un vert gor­gé de pluie.

Par­fois, une vache d’un pas pa­res­seux tra­verse la route. Nous ra­len­tis­sons. On voit sur­tout des mo­tos. Pas de casques. La li­mite of­fi­cielle pour rou­ler sur les routes est de 80 km/h. Mais tous roulent à plus de 110 km/h. Et il y a très peu de po­li­ciers. Mal­gré le dan­ger, les gens marchent sur le bord des routes. Il faut faire at­ten­tion. Par­fois, un pe­tit gar­çon vend des amandes. La route quitte l’At­lan­tique et entre dans Gas­par Her­nan­dez. Sous les aman­diers, on voit une fa­brique de fro­mage. Des mai­son­nettes roses, bleues, jaunes, de toutes les cou­leurs. Elles sont toutes pe­tites. Mais elles sont peintes avec tant de mi­nu­tie, avec tant de dé­tails. Chaque de­meure est dé­cou­pée d’une ou plu­sieurs cou­leurs. Et le ter­rain joux­tant celles-ci dé­borde de fleurs aux cou­leurs qui s’ac­cordent aux dé­coupes de la mai­son. Une ou deux poules courent. Et les grands pal­miers. Fier­té de l’île. Chaque mai­son ex­prime sans honte et avec fer­veur sa foi sur le mur le plus vi­sible de la mai­son : « Cris­to biene bus­ca­lo » (cher­chez bien le Ch­rist), « Cris­to viene pron­to » (le Ch­rist va ve­nir).

PAR­FUMS ET NOIX DE CO­CO

Dans le vil­lage, le par­fum des fleurs se mêle à ce­lui de l’herbe cou­pée. Il y a aus­si de pe­tites huttes pour vendre des fruits. Elles dé­bordent de va­rié­tés de ba­nanes plantain, d’ana­nas, de fruits exo­tiques. Et au­tour, tou- jours un jeune homme avec des noix de co­co vertes comme un doux prin­temps. Il agite si vite la ma­chette, en don­nant de pe­tits coups pour créer une ou­ver­ture, que l’on se re­trouve en quelques se­condes prêt à boire l’eau de co­co. À peine su­crée, elle goûte le vert tendre des îles. Ra­fraî­chis, nous man­geons la chair blanche et dé­li­cate de la noix. Elle étanche la soif et donne de l’éner­gie.

De­hors, sur les bal­cons ou à l’ombre d’une om­brelle, les femmes discutent entre elles. Les mères en­roulent des rou­leaux de cou­leurs vives aux che­veux des jeunes filles qui écoutent par­ler les plus âgées d’entre elles. Les re­gards des pe­tites portent au loin pen­dant que des doigts ha­biles d’une mère ou d’une amie s’ac­tivent. Les gens sont sou­riants. On en­tend le rire des en­fants, li­bé­rés en cette pé­riode de l’an­née de l’école. Toute la ville, semble-t-il, est à l’ex­té­rieur. On voit par­tout de pe­tits kiosques à lo­te­rie qu’on ap­pelle « Ban­ca ». À ne pas confondre avec la banque! Des femmes tiennent des en­fants dans leurs bras, d’autres sont ac­cro­chés à leurs jupes. Des groupes de jeunes hommes discutent, sou­vent au­tour d’une mo­to.

Lorsque l’on re­part, les en­fants nous sa­luent. Et les gar­çons et filles en mo­to nous dé­passent sur la route. Les ri­vières nom­breuses ser­pentent entre les col­lines. Nous ar­ri­vons à Playa Grande. Il n’y a que des gens du coin, par­ta­geant un pique-nique de fruits de mer.

Ici, pas de tou­ristes. Que l’image di­vine d’un autre temps. Le temps ar­rê­té où les en­fants se baignent dans l’océan éblouis­sant, et les pères à l’ombre des arbres re­font leurs fi­lets de pêche avec pa­tience et sa­voir­faire. Une mul­ti­tude de barques de bois co­lo­rées éclatent au so­leil sur le sable. Le vent tou­jours pré­sent me li­bère de la cha­leur. Sur le quai, une file d’at­tente d’oi­seaux. Où il y a des pê­cheurs, il y a des pé­li­cans. Nous sommes dans la pé­nin­sule de Sa­maná et mon guide me ra­conte que la ré­gion est ha­bi­tée par un mé­lange de gens de cou­leur de di­verses ori­gines. Ils ont créé une langue par­ti­cu­lière qu’on ap­pelle le « sa­ma­ni ». Ils ont aus­si leur culture propre et une tra­di­tion de danse. De la mi-juillet jus­qu’au dé­but oc­tobre, il y a un fes­ti­val de la ré­colte.

VERS LES CHUTES

Nous pour­sui­vons notre route et nous ar­ri­vons à une pour­voi­rie de Ra­mo­na et Ba­si­lio. Nous sommes ac­cueillis cha­leu­reu­se­ment par Ra­mo­na. Elle rit, me prend par la main et m’entraîne vers un pe­tit groupe de bâ­ti­ments. Tout y est co­quet. Tout est par­ti­cu­liè­re­ment écla­tant de pro­pre­té. Co­lo­ré aus­si. De beaux en­fants sou­riants et cu­rieux l’ac­com­pagnent.

Ra­mo­na pré­pare des re­pas pour les gens qui fe­ront l’ex­cur­sion aux chutes d’el Limón. On peut y prendre un ca­fé aus­si. Sous les toits roses d’un ré­fec­toire, il y a plu­sieurs tables. Ba­si­lio, lui, s’oc­cupe de l’ex­cur­sion. Cha­leu­reux et fier. On se rend à che­val aux chutes. On tra­verse un pe­tit vil­lage. Les gens sortent pour nous voir. Ils sont fiers de leurs en­fants. On se dit que le temps n’af­fecte pas ce vil­lage, et on y voit pour­tant le bon­heur. La route est un peu boueuse. Des sen­tiers dans la mon­tagne, on tra­verse une ma­gni­fique ri­vière, où des di­zaines d’en­fants se baignent. On ar­rive aux chutes, im­pres­sion­nantes de leurs 40 mètres de hau­teur, et dont la base forme un bas­sin aux eaux cris­tal­lines.

Nos dé­cou­vertes se pour­suivent. Dans le vil­lage Rio San Juan, un des plus beaux du lit­to­ral nord-est, se trouve un pe­tit port d’où barques partent pour une odys­sée mer­veilleuse vers la la­gu­na gri-gri.

L’en­droit est tout à fait ma­gique. On prend place dans une barque de bois. Dou­ce­ment, celle-ci vogue sur l’eau d’une fo­rêt de pa­lé­tu­viers. Ces arbres poussent dans l’eau sa­lée et ont la par­ti­cu­la­ri­té de re­te­nir les bancs de sable. S’y ins­tallent des oi­seaux qui pêchent. Le so­leil jette de longs fi­lets de lu­mière oblique à tra­vers les arbres. Ex­pose des fonds peu pro­fonds. Lors de mon pas­sage, des en­fants s’ac­cro­chaient aux pa­lé­tu­viers pour évi­ter la bai­gnade alors que d’autres en­fants sem­blaient être heu­reux comme des pois­sons dans l’eau. La barque des­sine un tra­jet si­nueux jus­qu’à l’ou­ver­ture de la man­grove, où l’océan nous éblouit. Les vagues sont grosses. Et l’on aper­çoit au loin des îles. Il est aus­si pos­sible, si le temps le per­met, de s’en­gouf­frer dans une grotte où logent une mul­ti­tude d’hi­ron­delles.

PLAGE SANS TOU­RISTES

On fi­nit la jour­née à Playa Ca­le­ton. Pas vrai­ment de tou­ristes ici. Ni de teint très clair. C’est di­manche. S’y as­semblent des groupes d’amis, des fa­milles, des gens âgés, des en­fants qui courent se je­ter à l’eau. L’eau est fraîche. Le sable clair et propre. Des aman­diers pour l’ombre. Quelques hommes chantent ici et là de jo­lies mé­lo­dies qui viennent du fond du coeur tout en s’ac­com­pa­gnant à la gui­tare. Il est pos­sible de louer une chaise. Et de faire ve­nir son re­pas com­man­dé un peu à l’écart dans de ma­gni­fiques et pit­to­resques mai­son­nettes de bois à même le sol. Les fruits de mer et les pois­sons sont frais. Et bons. On y pro­pose aus­si la viande et le pou­let. La bière froide comme il se doit. Une table est ins­tal­lée à l’en­droit de notre choix, or­née d’une nappe à car­reaux rouge et blanc.

Le ven­deur de sculp­tures a un peu l’air triste, mais il ne vous em­bête pas très long­temps. Le cri des en­fants n’est que ce­lui du bon­heur. Au loin sur l’eau, les barques peintes à la main de bleu, de rouge, de blanc et de tur­quoise portent des noms comme Ju­lio ou Ed­wige. Elles at­tendent au gré des mou­ve­ments de l’eau le bai­gneur las de tant de bien-être.

L’eau est vé­ri­ta­ble­ment tur­quoise. C’est une baie comme un écrin ma­gique. Ce n’est pas le bleu des îles de Ca­pri en Italie, ni ce­lui des Keys en Flo­ride. C’est ce­lui d’un monde presque per­du. Une cou­leur qui nous touche au coeur, comme le pays que l’on vient de dé­cou­vrir. Ce re­por­tage a été réa­li­sé grâce à la col­la­bo­ra­tion de l’Of­fice de tou­risme de la Ré­pu­blique dominicaine.

1. Sur la côte verte de la Ré­pu­blique dominicaine, on ne ren­contre pas beau­coup de tou­ristes sur cer­taines des belles plages de la ré­gion. 2. Tout le long de la côte verte, les vil­lages de pêche sont nom­breux et pit­to­resques. 3. Dans la la­gu­na gri-gri, notre barque glisse dou­ce­ment par­mi les pa­lé­tu­viers. 4. Par­tout dans les vil­lages, les en­fants, sou­riants et heu­reux, ac­courent à notre ren­contre. 5. La chute El Li­mon, dans la pé­nin­sule de Sa­maná, s’élève à plus de 40 mètres. On peut s’y rendre à pied ou à che­val. 6. Sous l’on­dée tro­pi­cale, un en­fant cir­cule dans le mar­ché d’un vil­lage.

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