Du­co­mi­queau­tra­gique

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - De­nise Mar­tel Le Jour­nal de Québec

Adu­lée du pu­blic, Guy­laine Trem­blay donne l’im­pres­sion de pou­voir tout jouer en se pro­me­nant d’un genre à l’autre avec le plus grand bon­heur. De la comédie la plus lou­foque à la tra­gé­die la plus in­tense, comme c’est le cas dans Trois temps après la mort d’An­na, un drame que per­sonne ne vou­drait avoir à vivre.

Écrit et réa­li­sé par Ca­the­rine Martin, Trois temps après la mort d’An­na, qui prend l’af­fiche en salles ven­dre­di, nous plonge dans le cau­che­mar vé­cu par Fran­çoise, après qu’An­na, sa fille unique, une jeune vio­lo­niste à la car­rière pro­met­teuse, eut été trou­vée morte dans son ap­par­te­ment, as­sas­si­née par un in­con­nu.

Di­vor­cée et vi­vant seule, Fran­çoise semble ac­cu­ser le choc, mais en fait, c’est tout son uni­vers qui s’ef­fondre avec la mort de sa fille. Dans l’es­poir de trou­ver le ré­con­fort et de sur­mon­ter sa dou­leur, elle choi­sit d’al­ler pas­ser l’hi­ver loin de la ville, dans la mai­son an­ces­trale hé­ri­tée de sa grand-mère, à Ka­mou­ras­ka...

« C’est la pire af­faire qui peut ar­ri­ver à un être hu­main », af­firme Guy­laine Trem­blay, sur un ton qui ne laisse au­cun doute, même au bout du fil, sur l’émo­tion res­sen­tie en in­ter­pré­tant Fran­çoise. « Quand j’ai lu le scé­na­rio, j’ai trou­vé que c’était d’une grande beau­té, mais quand est ve­nu le temps de le jouer, je me suis dit : quelle hor­reur! Je ne veux pas avoir à vivre ça! C’est moi qui de­viens le corps et l’âme de cette femme-là, ça fait ré­flé­chir.

« Au dé­but des ré­pé­ti­tions, j’avais beau­coup de craintes. Tout me ra­me­nait à ma propre condi­tion de mère. Tu ne veux pas ima­gi­ner que quelque chose d’aus­si épou­van­table t’ar­rive. Tu ne veux pas pen­ser à ça. Ça te rend mal phy­si­que­ment, c’est comme une es­pèce de ver­tige », dit la co­mé­dienne, ma­man de Ju­lianne, 13 ans, et de Marie-Ange, 10 ans.

« J’ai beau­coup par­lé avec la réa­li­sa­trice et je lui ai dit que je ne pou­vais pas lui don­ner toute l’émo­tion vou­lue en ré­pé­ti­tion. En jeans et en t-shirt, c’était comme si je ne me sen­tais pas as­sez pro­té­gée, mais je lui ai dit : “ T’in­quiète pas, quand je se­rai Fran­çoise, que j’au­rai ses cos­tumes, quand j’en­ten­drai : ac­tion de­vant la ca­mé­ra, je vais plon­ger, mais avant c’est dif­fi­cile », ra­conte la co­mé­dienne ori­gi­naire de Pe­ti­teRi­vière-Saint-François.

CONFIANCE MU­TUELLE

« De toute fa­çon, c’est tel­le­ment in­tense que ce n’est pas quelque chose que tu peux ré­pé­ter dix fois. C’est une grosse des­cente en in­tros­pec­tion, mais Ca­the­rine me fai­sait confiance. On se connaît de­puis plu­sieurs an­nées. Ça fait dix ans qu’on a tour­né Ma­riages, son pre­mier long mé­trage, et j’étais contente de la re­trou­ver.

« C’est une ci­néaste très ori­gi­nale, qui a quelque chose à dire et un sens de l’image très dé­ve­lop­pé. La na­ture est très im­por­tante dans ses films. Au dé­but de Trois temps après la mort d’An­na, Fran­çoise est fi­gée dans la dou­leur comme un bloc de glace en hi­ver, mais on s’en va vers le prin­temps. On connaît la force de la na­ture, la puis­sance de la vie.

« Le film dé­bouche sur l’es­poir, pas un es­poir hol­ly­woo­dien comme dans les block­bus­ters, mais sur l’es­poir », pour­suit la co­mé­dienne, ajou­tant que le plon­geon dans la tra­gé­die était d’au­tant plus grand qu’elle était seule de­vant la ca­mé­ra pen­dant les trois pre­mières se­maines du tour­nage, avant que le co­mé­dien François Pa­pi­neau ne la re­joigne sur le pla­teau et dans l’his­toire...

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