Un­deui­lex­trême

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - De­nise Mar­tel DE­NISE.MAR­TEL@JOUR­NAL­DE­QUE­BEC.COM

« La plu­part d’entre nous ont vé­cu ou vi­vront un deuil un jour. Ce­lui-là est ex­trême, la mort de sa fille, ré­sul­tant d’un acte de vio­lence gra­tuit. Com­ment vit-on après ce­la? », in­ter­roge Ca­the­rine Martin, réa­li­sa­trice de Trois temps après la mort d’An­na.

« C’est un su­jet qui fait par­tie de notre condi­tion d’être hu­main et qui me touche pro­fon­dé­ment. J’avais en­vie de me concen­trer sur ce que vi­vait in­té­rieu­re­ment le per­son­nage de Fran­çoise en l’ame­nant dans la mai­son an­ces­trale hé­ri­tée de sa grand-mère, à Ka­mou­ras­ka. Là où elle re­ver­ra sa mère, sa grand-mère et même sa fille, toutes trois dis­pa­rues.

« Je ne sais pas com­ment c’est ve­nu, j’avais de­puis long­temps en­vie de faire ap­pa­raître des spectres, mais sans avoir re­cours à des ef­fets spé­ciaux. Le ci­né­ma per­met ça, elles ap­pa­raissent de fa­çon na­tu­relle. Je pense que j’avais en­vie de re­ve­nir à cer­taines des pré­oc­cu­pa­tions que j’avais dans Ma­riages, mon pre­mier long mé­trage, soit les liens entre les femmes et la trans­mis­sion à tra­vers les gé­né­ra­tions », pré­cise la ci­néaste.

« C’est quelque chose que je res­sens à notre époque, les liens qui se sont bri­sés. De plus en plus, on ou­blie d’où on vient, ce qui nous a per­mis d’être ce qu’on est, la tra­di­tion », sou­tient Ca­the­rine Martin. Quant à l’idée pre­mière du film, elle re­monte à très long­temps, à l’époque où elle étu­diait en ci­né­ma à Con­cor­dia.

« C’était une image que je voyais, une jeune vio­lo­niste avec sa main qui pen­dait dans le vide, une goutte de sang au bout du doigt. Je me di­sais que ça fe­rait un bon dé­but de film, mais je n’avais pas dé­ve­lop­pé l’idée. Puis, l’image m’est re­ve­nue comme celle d’une mai­son sous la neige. Je vou­lais re­ve­nir à l’hi­ver. On tourne très peu en hi­ver. Pour­tant, on passe plu­sieurs mois par an­née en hi­ver... », ex­plique-t-elle.

À KA­MOU­RAS­KA

« Le film a été tour­né presque en­tiè­re­ment à Ka­mou­ras­ka, 27 jours sur 29. La proxi­mi­té du fleuve avait une grande im­por­tance pour moi. Ça re­vient à l’idée des ori­gines. En fait, c’est la rai­son prin­ci­pale. Je vou­lais ra­me­ner Fran­çoise dans un en­droit où elle avait connu le bon­heur, pour qu’elle soit un peu comme un pe­tit ani­mal bles­sé qui re­tourne dans son ter­rier. Elle a tel­le­ment mal qu’elle n’est même pas ca­pable de dire que sa fille est morte. Elle est un peu dans le dé­ni », ajoute celle qui a aus­si écrit le scé­na­rio.

Quant au choix de Guy­laine Trem­blay pour in­ter­pré­ter Fran­çoise, elle pré­cise lui avoir fait lire le scé­na­rio pour sa­voir si elle était prête à s’in­ves­tir dans un rôle aus­si tra­gique. « Guy­laine est en­trée là­de­dans avec toutes ses ca­pa­ci­tés, sa gé­né­ro­si­té et son re­gistre qui est très grand », dit la réa­li­sa­trice avec ad­mi­ra­tion. Après Kar­lo­vy Va­ry en Ré­pu­blique tchèque, le film, qui sort en salles ven­dre­di, se­ra pré­sen­té à la fin sep­tembre, au Fes­ti­val de Haï­fa, en Is­raël.

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