RO­MAN POLANSKI Un homme de constrastes

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1964 : LE COU­TEAU DANS L’EAU

Au­teur de quelques courts mé­trages re­con­nus dans les fes­ti­vals, le jeune Po­lo­nais, qui a échap­pé aux camps de la mort (sa mère y a pé­ri) et ac­quis sa for­ma­tion à la ré­pu­tée école de Lodz, réus­sit avec ce pre­mier long mé­trage un vrai coup de maître. Ce huis clos cam­pé sur un voi­lier de plai­sance, où un jeune in­trus trouble le mé­nage d’un couple, est en ef­fet le pré­texte à un exer­cice de style mo­derne et 2010 au­ra été l’an­née du contraste pour Ro­man Polanski. D’une part, il s’est vu as­si­gné à ré­si­dence par les au­to­ri­tés suisses dans son cha­let al­pin dans l’at­tente d’une or­don­nance d’ex­tra­di­tion vers les États-Unis qui, fi­na­le­ment, n’a ja­mais été for­mu­lée. D’autre part, il a mis au monde, dans la fou­lée, L’écri­vain fan­tôme, son meilleur film de­puis Chi­na­town, cou­ron­né au fes­ti­val de Ber­lin d’un prix de la mise en scène hau­te­ment mé­ri­té. Ar­tiste brillant et juif er­rant, homme de contrastes et de contro­verses, Ro­man Polanski de­meure l’une des fi­gures ci­né­ma­to­gra­phiques les plus mar­quantes des cin­quante der­nières an­nées. Re­tour sur les mo­ments forts de sa car­rière, en cinq dates... brillant. Le monde du ci­né­ma ne se­ra plus ja­mais pa­reil.

1968 : LE BÉ­BÉ DE RO­SE­MA­RY

Polanski a dé­jà quelques longs mé­trages im­por­tants à son ac­tif (dont Ré­pul­sion avec De­neuve et Le bal des vam­pires avec sa femme, Sharon Tate) lors­qu’il porte à l’écran ce ro­man in­so­lite d’Ira Le­vin ( The Step­ford Wives) dans le­quel une jeune New-Yor­kaise en­ceinte (épa­tante Mia Far­row) se convainc, à tort ou à rai­son, d’être per­sé­cu­tée par les forces du Mal. Le film a connu un vé­ri­table

triomphe pla­né­taire et fait de Polanski la co­que­luche de Hol­ly­wood.

1978 : LA FUITE DES ÉTATS-UNIS

Alors que Chi­na­town est en­core à l’af­fiche, Polanski est tra­duit de­vant le tri­bu­nal cri­mi­nel ca­li­for­nien pour dé­tour­ne­ment de mi­neure (il a en ef­fet sé­duit une ado­les­cente de treize ans), ce qui a don­né lieu à un cirque mé­dia­tique sans pré­cé­dent. La par­tia­li­té du juge qui pré­si­dait l’au­dience a for­cé Polanski à fuir le pays avant que sa sen­tence de culpa­bi­li­té ne soit pro­non­cée. Il n’a pas re­mis les pieds aux États-Unis de­puis cette date. Le ré­cent do­cu­men­taire Ro­man Polanski : Wan­ted And De­si­red ra­conte avec force et dé­tails ce cap­ti­vant épi­sode de sa vie.

1979 : TESS

Peu avant d’être sau­va­ge­ment as­sas­si­née par les adeptes de la secte de Charles Man­son en 1969 dans leur ré­si­dence de Los An­geles, Sharon Tate avait of­fert à Polanski un exem­plaire du ro­man Ted

d’Ur­ber­ville, de Tho­mas Har­dy, dans l’es­poir qu’il le por­te­rait à l’écran en lui confiant le rôle-titre. La moi­tié de son voeu a été exau­cée. C’est la très jeune Nas­tass­ja Kins­ki qui a te­nu le rôle-titre de ce film ad­mi­rable, ga­gnant de trois os­cars, que Polanski a dé­dié à la mé­moire de Sharon.

2003 : LE PIA­NISTE

Après deux dé­cen­nies de films qui ont dé­çu ou di­vi­sé cri­tique et pu­blic ( Pi­rates,

Lune de fiel, La neu­vième porte), Ro­man Polanski re­noue avec le suc­cès avec ce ma­gni­fique long mé­trage cam­pé dans le ghet­to juif de Var­so­vie, avec Adrien Bro­dy en mu­si­cien pros­tré dans un im­meuble afin d’évi­ter la dé­por­ta­tion vers le camp de la mort. La Palme d’or à Cannes et une douche d’os­cars, dont ce­lui de la meilleure réa­li­sa­tion, ont don­né un se­cond souffle à sa car­rière. Car ce­lui qui au­ra 77 ans le 18 août n’a pas en­core dit son der­nier mot.

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