MIEUX VAUT ÊTRE GAI QU’ETH­NIQUE!

Le Journal de Quebec - Weekend - - TÉLÉVISION - Guy Four­nier Col­la­bo­ra­tion spé­ciale gfour­nier@jour­nalmtl.com

Quand je pense que mon vieil ami Charles Du­mas a per­du son job de réa­li­sa­teur à Ra­dio-Ca­na­da en 1972 pour avoir mon­tré deux hommes se te­nant par la main dans le té­lé­ro­man Le pa­ra­dis ter­restre! Cinq ans plus tard, je créais le per­son­nage de Ber­nie La­casse dans Ja­mais deux sans toi et, loin d’être cru­ci­fié sur la place pu­blique, je re­çois en­core de bons mots de la com­mu­nau­té ho­mo­sexuelle pour avoir osé mettre en scène un per­son­nage gai aus­si sym­pa­thique.

Les temps ont bien chan­gé. Plus per­sonne au­jourd’hui ne se per­met­trait de par­ler de ta­pette, comme le fai­saient alors Ré­mi Du­val (Jean Bes­ré) et la plu­part des Qué­bé­cois de « bonne fa­mille ». Même le terme ho­mo­sexuel est en train de dis­pa­raître pour faire place à gai, un mot is­su di­rec­te­ment de l’an­glais. Pour des rai­sons qu’il vau­drait la peine que des so­cio­logues ana­lysent, le mot les­bienne s’em­ploie tou­jours sans qu’au­cune femme ne semble s’en of­fus­quer, tout comme le mot trans­sexuel.

TOU­JOURS AU MOINS UN GAI!

Si l’on tient pour ac­quis que le pour­cen­tage de gais, les­biennes et trans­sexuels est d’à peu près 10 % de la po­pu­la­tion (c’est ce qu’on ne cesse d’af­fir­mer...), la té­lé­vi­sion leur ac­corde dé­sor­mais plus de place qu’ils ne de­vraient en oc­cu­per. Presque toutes nos sé­ries de té­lé­vi­sion et la plu­part de nos films mettent en scène des gais ou des les­biennes. Ils y prennent plus de place que les Qué­bé­cois d’autres ori­gines que fran­çaise, même si ceux-ci comptent pour plus du tiers de la po­pu­la­tion.

Chez nos voi­sins du Sud, où la rec­ti­tude po­li­tique n’a au­cune li­mite, c’est en­core plus vrai.

L’Al­liance des gais et les­biennes contre la dif­fa­ma­tion vient de dé­cer­ner ses tro­phées an­nuels. C’est le ré­seau câ­blé MTV (MTV a son pen­dant ca­na­dien, pro­prié­té de CTV Glo­be­me­dia) qui rem­porte le prix d’Ex­cel­lence, at­tri­bué pour la pre­mière fois. Ima­gi­nez-vous que, sur 207 heures de pro­grammes ori­gi­naux en temps de haute écoute, 87 heures re­flé­taient la vie des gais, des bi­sexuels et des trans­sexuels, soit 42 % de toute la pro­gram­ma­tion.

CBS EST RE­CA­LÉ!

Mal­gré 35% de pro­grammes fa­vo­rables aux gais, le ré­seau CW (War­ner et CBS), cin­quième en im­por­tance aux États-Unis, n’a eu que la men­tion « Très bien » ! Fox et ABC avec 30 % et 25 % de ses pro­grammes mon­trant les gais sous leur meilleur jour n’ont ob­te­nu que la men­tion « Bien ». NBC avec 13% de pro­grammes fa­vo­rables aux gais a tout juste ob­te­nu la note de pas­sage. Quant au ré­seau CBS avec 7%, il a été re­ca­lé !

Les ana­lyses de l’Al­liance des gais et les­biennes ne sont pas faites à la lé­gère. Elles ont por­té sur plus de 6 000 heures de pro­grammes de tous les grands ré­seaux et des dix plus gros ré­seaux câ­blés.

UN EXEMPLE À SUIVRE...

L’Al­liance a ci­té en exemple la sé­rie d’ABC Mo­dern Fa­mi­ly qu’on peut voir sur Ci­tyTV. Elle ra­conte la vie de trois fa­milles, dont les Prit­chet-Tu­cker, une fa­mille « mo­derne », com­po­sée de Mit­chell Prit­chett, un ho­mo­sexuel snob et dis­cret, de Ca­me­ron Tu­cker, son conjoint, aus­si ma­nié­ré que Ch­ris­tian La­lan­cette (An­dré Mont­mo­ren­cy) dans Chez De­nise, et de Li­ly, la pe­tite Viet­na­mienne qu’ils ont adop­tée.

Les gais au­ront mis beau­coup moins de temps que les « eth­niques » à trou­ver une place de choix à la té­lé­vi­sion...

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