« JE VIS DANS UN QUAR­TIER PO­PU­LAIRE OÙ LES GENS SONT VRAIS AVEC MOI »

Le Journal de Quebec - Weekend - - EN TOUTE SIMPICITÉ - Mi­chelle Coudé-Lord

Isabelle Boulay, in­tense et franche, parle de la vie et de son mé­tier avec pas­sion. Ques­tions à l’ar­tiste, la femme, la mère de Mar­cus qui au­ra deux ans le 20 oc­tobre pro­chain.

Q Vous au­rez 40 ans dans deux ans, vieillir vous fait peur?

R Non, ça m’ex­cite beau­coup. J’aime vieillir. Chaque jour de ma vie, je me trouve chan­ceuse d’être en­core là. Je suis pri­vi­lé­giée de faire ce que j’aime. Ai­mer ce qu’on fait rend la vie tel­le­ment plus in­té­res­sante.

Q Le suc­cès, la po­pu­la­ri­té, ça si­gni­fie quoi pour vous?

R Le suc­cès est comme un souffle, une éner­gie que le pu­blic m’en­voie. J’ai un pu­blic très res­pec­tueux. Nous avons une liai­son qui est très saine, je crois. Je ne suis pas loin de mon pu­blic, j’aime un peu les mêmes choses que lui. Nous sommes as­sez com­pa­tibles. Moi, je ne me vois ja­mais comme une star. Je suis Isabelle. Je vis dans un quar­tier po­pu­laire, à Pointe-SaintC­harles. C’est là où les gens sont les plus vrais avec moi et où j’ai le plus la paix. Dans le sens où je suis comme les autres. Ils sont ha­bi­tués de me voir. Notre re­la­tion est très fluide. J’ai été éle­vée dans le res­tau­rant de mes pa­rents, en Gas­pé­sie. Ce quar­tier me ras­sure, car pour moi, c’est la vraie vie. J’aime tou­jours le re­trou­ver, lorsque je re­viens de Paris. J’ai un sen­ti­ment de fa­mille.

Q Pour­quoi choi­sir cette vie à Mon­tréal?

R C’est le sel de ma vie. C’est là où je vais cher­cher mes ma­té­riaux de construc­tion de ma per­sonne. Mes ra­cines sont pro­fondes.

Q Que res­sen­tez-vous sur scène?

R Je suis dé­jà avec le monde dans ma tête. Mais j’ai beau­coup le trac... si un jour je meurs de quelque chose, ce se­ra du trac. Ça dure une mi­nute... le coeur bat à vive al­lure, très fort, j’ai le souffle court, je de­viens fé­brile... je veux y al­ler et je ne veux pas y al­ler.

Q Et ce rôle de mère?

R Un en­fant, c’est le plus grand ré­vé­la­teur; tu ne peux plus te ra­con­ter d’his­toires ou te voir dans un mi­roir dé­for­mant qui t’ar­range. Il me fait un bien énorme et il me prend aus­si une éner­gie folle, parce que je l’aime tel­le­ment. Je n’au­rais ja­mais cette pa­tience pour une autre per­sonne que lui. Ça exige des tré­sors de pa­tience, au-de­là de toutes les li­mites. J’ai en­vie qu’il ait du plai­sir, qu’il rentre dans la vie. Je veux juste lui dire de pro­fi­ter. Il est tout le temps dans ma tête. Il est au centre de tout, mais moi, j’ai tou­jours le goût de tra­vailler, de chan­ter. Il n’y a pas d’ordre dans les choses, mais si on m’en­lève mon fils, je ne peux plus être en équi­libre, même si c’est pé­rilleux et dif­fi­cile à main­te­nir. Mais mon mé­tier fe­ra tou­jours par­tie de ma vie; il est im­por­tant de se réa­li­ser comme femme. Mon chum, Marc-An­dré Chi­coine, mon gé­rant me laisse aus­si faire tous ces choix-là.

PHOTO JO­CE­LYN MALETTE

« J’ai be­soin de la mer, des élé­ments de la na­ture » confie Isabelle Boulay.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.