Le com­men­ce­ment de la fin

Le Journal de Quebec - Weekend - - MUSIQUE - DARRYL STER­DAN

Guns N’ Roses a été for­mé au mi­lieu des an­nées 80 et a pris Los An­geles d’as­saut. La for­ma­tion ini­tiale comp­tait l’ex­plo­sif chan­teur Axl Rose, les gui­ta­ristes Slash et Iz­zy Strad­lin, le bas­siste Duff McKa­gan et Ste­ven Ad­ler. Les cinq com­pères ont ra­pi­de­ment conquis le monde avec la pa­ru­tion de leur al­bum Ap­pe­tite for Des­truc

tion en 1987 et ils don­naient al­lè­gre­ment un sens au titre de leur al­bum en s’adon­nant à tous les ex­cès pos­sibles : sexe, al­cool et drogues.

« Je ne me suis pas in­té­res­sé à la mu­sique à cause de la drogue, ex­plique Steve Ad­ler. Je me suis in­té­res­sé à la mu­sique pour at­ti­rer les filles. Les drogues sont ar­ri­vées après. »

Elles sont ar­ri­vées de plein fouet. En 1990, alors que le groupe re­tour­nait en stu­dio pour en­re­gis­trer ce qui al­lait de­ve­nir Use Your

Illu­sion, Ste­ven Ad­ler, qui n’avait dé­jà pas la ré­pu­ta­tion d’être très fiable, était fer­me­ment aux prises avec une dé­pen­dance à l’hé­roïne. Peu de temps après une dé­sas­treuse pres­ta­tion lors de FarmAid, alors que le bat­teur était tom­bé de la scène, les autres membres du groupe lui ont mon­tré la porte.

« Se faire foutre à la porte de Guns N’ Roses à cause d’un pro­blème de consom­ma­tion de drogue est une des choses les plus hy­po­crites que j’ai vues de ma vie, ra­conte Slash. Mais dans le cas de Ste­ven, c’était de­ve­nu im­pos­sible à gé­rer. Les autres membres du groupe s’étaient pris en mains, au moins suf­fi­sam­ment pour ar­ri­ver à être co­hé­rents, mais nous ne sommes pas par­ve­nus à convaincre Ste­ven. Il était to­ta­le­ment en dé­ni de sa propre dé­pen­dance, alors il n’y avait rien que nous puis­sions faire. Je n’au­rais pas pu le mettre à la porte seul, mais il faut ad­mett-

re qu’il était sim­ple­ment ren­du trop loin pour qu’on puisse l’ai­der. »

DIF­FI­CILE À AC­CEP­TER

Ste­ven Ad­ler af­firme qu’il com­prend mieux au­jourd’hui, même s’il est de toute évi­dence tou­jours amer de son congé­die­ment.

« Oui, je me sen­tais vrai­ment comme ça au mo­ment où j’ai écrit mon livre, mais dé­jà plus d’une an­née s’est écou­lée de­puis et j’ai chan­gé. Je réa­lise main­te­nant que même si nous pre­nions tous de la drogue, j’ai pous­sé la chose beau­coup plus loin que les autres et que je n’ar­ri­vais pas à me contrô­ler, je n’ar­ri­vais plus à jouer de la mu­sique au meilleur de mes ca­pa­ci­tés. J’ai gaf­fé, je l’ac­cepte main­te­nant : c’était en­tiè­re­ment de ma faute. »

Il a d’ailleurs eu be­soin de re­cou­rir au sys­tème ju­di­ciaire à la suite de tout ce­la, pour­sui­vant le groupe pour plus de deux mil­lions dol­lars en re­de­vances non payées, ce dont il te­nait les autres membres du groupe res­pon­sables.

RÉ­DEMP­TION

« Je sais main­te­nant que ce n’était pas les autres membres du groupe qui étaient res­pon­sables, mais je l’igno­rais à l’époque. C’était notre équipe de ges­tion qui me flouait. Le groupe n’a ja­mais es­sayé de m’em­pê­cher d’avoir ma juste part des choses », af­firme-t-il.

La spi­rale des­truc­trice de sa dé­pen­dance à l’hé­roïne et au crack s’est pour­sui­vie pen­dant de nom­breuses an­nées, ce qui l’a me­né à l’hô­pi­tal plus d’une fois. Il pou­vait pas­ser des se­maines en­tières à se dro­guer sans ja­mais sor­tir de sa mai­son de Las Ve­gas. De nom­breuses in­ter­ven­tions de la part de proches n’ont rien pu chan­ger. En 2007, il a ten­té de s’égor­ger et est presque mort au bout de son sang. Sa réa­li­té au­rait dif­fi­ci­le­ment pu être plus sombre et, iro­ni­que­ment, sa ré­demp­tion est ve­nue sous la forme d’une émis­sion de té­lé­réa­li­té.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.