LOIN DU MYTHE

J’ai pour ha­bi­tude de ne ja­mais lire ou re­lire les ou­vrages dont sont ti­rés les films avant de les voir afin d’évi­ter toute com­pa­rai­son. J’ai dé­ro­gé à cette règle dans le cas de L’ins­tinct de mort - titre de l’au­to­bio­gra­phie écrite par Mes­rine lui-même -

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Isabelle Hontebeyrie

De fait, j’ai été sur­prise de ne rien voir dans Mes­rine, l’ins­tinct de mort, sur l’en­fance du cri­mi­nel brillam­ment in­car­né par Vincent Cas­sel. Le réa­li­sa­teur et scé­na­riste JeanF­ran­çois Ri­chet nous livre les clés de ce per­son­nage my­thique en deux touches : son pas­sage dans l’ar­mée pen­dant la guerre d’Al­gé­rie et sa convic­tion que son père avait col­la­bo­ré avec les Al­le­mands pen­dant l’oc­cu­pa­tion de la France.

Cette pre­mière par­tie de la di­lo­gie (la suite, in­ti­tu­lée L’en­ne­mi nu­mé­ro 1 sort le 27 août) fait aus­si l’im­passe sur l’ac­cu­sa­tion de meurtre d’Évelyne Le Bou­thi­lier dont Mes­rine - qui avait tou­jours pro­cla­mé son in­no­cence - fut ac­quit­té au terme d’un pro­cès en 1971.

En en­le­vant ces épi­sodes, la « voix » de Mes­rine dis­pa­raît. Et sans cette voix re­ven­di­ca­trice, cy­nique et dure à l’en­droit de la so­cié­té qui tente d’étouf­fer ce ré­vol­té per­pé­tuel, Jean-François Ri­chet amoin­drit l’at­trait du per­son­nage. Si la dé­marche peut être com­pré­hen­sible - au­cun be­soin de glo­ri­fier un homme somme toute mal­fai­sant -, elle n’en de­meure pas moins re­gret­table.

La pré­sen­ta­tion, elle aus­si, laisse à dé­si­rer. Quoi de plus simple que de tom­ber dans la nar­ra­tion chro­no­lo­gique? Dom­mage que ce soit l’ap­proche re­te­nue, car on se sou­vien­dra de la ma­nière dont Ian Lau­zon a construit, avec suc­cès, son biopic sur Robert Pi­ché.

GROS COUPS DE PIN­CEAU

Si, avec les meurtres, les bra­quages, les cam­brio­lages et la cas­tagne, on voit un Mes­rine violent et dur, et si, au tra­vers de ses cou­che­ries, on ob­serve l’homme à femmes ir­ré­sis­tible, on peine à com­prendre la na­ture in­trin­sèque et les contra­dic­tions de ce bandit hors-normes. L’ins­tinct de mort brosse de Mes­rine un por­trait à gros coups de pin­ceau plu­tôt que de sai­sir les dé­tails qui en font un cri­mi­nel lé­gen­daire.

Les pres­ta­tions des ac­teurs, elles, sont à louer. Vincent Cas­sel de­vient lit­té­ra­le­ment Jacques Mes­rine au point qu’on ou­blie vite qu’on re­garde l’ac­teur de La com­pa­gnie des loups. Si j’avais peur de Gé­rard De­par­dieu en Gui­do, j’ai ra­pi­de­ment lais­sé tom­ber mes pré­ju­gés, lui trou­vant une di­men­sion «ma­lé­fique » que je n’avais pas sentie dans le livre.

Roy Du­puis est, comme à son ha­bi­tude, convain­cant en Jean-Paul Mer­cier, cri­mi­nel qué­bé­cois qui fût l’aco­lyte de Mes­rine lors de son pas­sage chez nous. « Nous avons la même ma­nière de voir les choses », écri­vait ce der­nier à pro­pos de Mer­cier dans L’ins­tinct de mort et ce rap­port d’égal à égal est clai­re­ment éta­bli dans le long mé­trage.

Glo­ba­le­ment, L’ins­tinct de mort n’est pas un mau­vais film. Mais il n’est pas à la hau­teur du mythe du per­son­nage, ce qui, mal­heu­reu­se­ment, nous laisse sur notre faim.

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