La dou­leur d’une mère

Dif­fi­cile d’ac­cep­ter la mort d’un en­fant, de son en­fant, peu im­porte son âge. À plus forte rai­son quand il s’agit d’un meurtre gra­tuit et in­ex­pli­qué. Avec sen­si­bi­li­té et fi­nesse, Trois temps après la mort d’An­na aborde un su­jet dé­li­cat, dou­lou­reux et univ

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - De­nise Mar­tel DE­NISE.MAR­TEL@JOUR­NAL­DE­QUE­BEC.COM

Com­ment sur­vivre à la mort de sa fille unique? Com­ment re­trou­ver goût à la vie quand on a l’im­pres­sion qu’on nous a tout pris? Que la terre vient d’ar­rê­ter de tour­ner, que l’air se ra­ré­fie et que plus rien ne vaut la peine d’être vé­cu.

C’est à peu près l’état dans le­quel se trouve Fran­çoise (Guy­laine Trem­blay) après la mort d’An­na, sa fille mu­si­cienne qui fai­sait sa fier­té et avait toute son ad­mi­ra­tion. An­na avait 23 ans. Di­vor­cée de Jean-Pierre (De­nis Ber­nard), Fran­çoise semble éton­nam­ment forte, mais les ap­pa­rences sont trompeuses.

Pour ten­ter de re­trou­ver un peu de paix, pour se re­trou­ver seule avec la pen­sée de sa fille, Fran­çoise quitte Mon­tréal et s’ins­talle dans la mai­son an­ces­trale lé­guée par sa grand-mère, dans la ré­gion de Ka­mou­ras­ka. Cette mai­son ha­bi­tée de beaux sou­ve­nirs et de la pré­sence des femmes qui ont mar­qué sa vie, sa grand-mère (De­nise Ga­gnon), sa mère (Paule Baillargeon) et, bien sûr, sa fille (Shei­la Jaf­fé).

Une mai­son où elle de­vrait se sen­tir ré­con­for­tée, mais il n’en est rien. En dé­tresse to­tale, elle semble à la dé­rive. In­ca­pable de pleu­rer ni même de par­ler du drame, on la di­rait fi­gée dans la dou­leur comme la na­ture en hi­ver. Au point d’avoir en­vie de s’y aban­don­ner to­ta­le­ment. Jus­qu’à ce qu’Édouard (François Pa­pi­neau), un ami de jeu­nesse re­ve­nu vivre, lui aus­si, dans la mai­son de son en­fance, tombe sur elle, dans la fo­rêt...

Il la re­cueille comme un ani­mal bles­sé, la ré­chauffe, la soigne, sans rien de­man­der. À son contact, elle re­vient pe­tit à pe­tit à la vie et re­com­mence, len­te­ment mais sû­re­ment, à ap­pré­cier la beau­té de la na­ture qui semble res­sus­ci­ter à l’ap­proche du prin­temps.

GUY­LAINE À FLEUR DE PEAU

On s’en doute, Trois temps après la mort

d’An­na n’a rien d’une par­tie de plai­sir. Le qua­trième long mé­trage écrit et réa­li­sé par Ca­the­rine Martin est tout en in­té­rio­ri­té, en fi­nesse.

Il se par­tage en quelque sorte en trois par­ties : la dou­leur pro­fonde, in­té­rieure, la conva­les­cence et la ré­ha­bi­li­ta­tion.

Le rythme est lent et Guy­laine Trem­blay montre, une fois de plus, la vaste éten­due de son ta­lent, elle qui peut nous faire rire à mou­rir. Ici, elle in­ter­prète avec une rare in­ten­si­té la dou­leur de Fran­çoise. On la sent aus­si fra­gile qu’une feuille de soie. Tout le film re­pose sur son in­ter­pré­ta­tion.

Cu­rieu­se­ment, tou­te­fois, l’ap­proche adop­tée par la réa­li­sa­trice fait qu’on est tou­chés, certes, par le drame que vit Fran­çoise, mais pas vé­ri­ta­ble­ment émus. Un peu comme si on ob­ser­vait un ani­mal de la­bo­ra­toire der­rière une vitre. Bien qu’il y ait peu de dia­logues, François Pa­pi­neau com­pose un per­son­nage d’écri­vain cré­dible et bien­veillant.

Les su­perbes prises de vue et le sou­ci du dé­tail montrent la mi­nu­tie de la réa­li­sa­trice dans sa fa­çon de ra­con­ter cette his­toire si bou­le­ver­sante. De par son su­jet et son trai­te­ment, Trois

temps après la mort d’An­na est le genre de film qui peut tou­cher tout le monde et fran­chir bien des fron­tières.

PHOTO COUR­TOI­SIE

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