Tom­ber sous le charme

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CAP-AUX-MEULES | (Agence QMI) Ceux qui n’y ont ja­mais po­sé les pieds risquent de s’ex­cla­mer : « Chan­ceux! Il pa­raît que c’est vrai­ment beau ». Peut-être ajou­te­ront-ils qu’ils n’en savent pas beau­coup plus sur ce loin­tain ar­chi­pel qué­bé­cois.

Les îles de la Ma­de­leine, c’est un en­semble com­po­sé d’une dou­zaine d’îles, dont sept ha­bi­tées, po­sé en plein golfe du Saint-Laurent, à 215 km au large de la Gas­pé­sie. Il faut comp­ter une ving­taine d’heures de Mon­tréal pour s’y rendre en voi­ture et en tra­ver­sier ou trois heures de vol di­rect. C’est loin. Mais c’est vrai que c’est beau.

LE LONG DE LA 199

Sur l’île du Havre-aux-Mai­sons, on ju­re­rait qu’on a sau­pou­dré du haut du ciel des di­zaines de mai­sons de bois et qu’elles sont al­lées se po­ser pêle-mêle au mi­lieu des fleurs sau­vages. On les aper­çoit, mul­ti­co­lores, plan­tées au creux des col­lines ver­doyantes, au som­met des buttes ou au bord des fa­laises. Quand on roule entre Grosse-Île et l’île de la Pointe-auxLoups, on a plu­tôt l’im­pres­sion de tra­ver­ser un océan de sable en voyant dé­fi­ler les grandes dunes. Et, par­tout, de l’île du Havre Au­bert à celle de la Grande En­trée, la mer ne nous quitte ja­mais, sculp­tant les fa­laises de grès rouge que l’on guette au moindre tour­nant.

Pour tout dire, les oc­ca­sions de sor­tir l’ap­pa­reil photo ne manquent pas le long de la 199. Du nord au sud, la route tra­verse six des sept îles ha­bi­tées sur en­vi­ron 65 ki­lo­mètres. Seuls les 200 ré­si­dents de l’île d’En­trée, qu’on ne peut re­joindre qu’en ba­teau, ne sont pas re­liés aux 12 500 autres âmes de l’ar­chi­pel grâce à elle.

Par­cou­rir la 199 — en voi­ture si on est contem­pla­tif, en vé­lo si on pré­fère bra­ver le vent —, c’est fi­ler lon­gue­ment sur les étroites dunes qui lient les îles entre elles, ad­mi­rer de fra­giles la­gunes et se payer un doux dé­pay­se­ment. C’est aus­si par­tir à la ren­contre d’une culture unique, qui plonge ses ra­cines en Aca­die, au Québec, en Écosse, mais sur­tout en mer.

HIS­TOIRE DE PÊCHE

Pour tout ce­la, ce­pen­dant, nous avons à peine 48 heures. C’est tout au sud que notre voyage com­mence, au seul site his­to­rique ma­de­li­not : La Grave. Port de pêche prin­ci­pal des îles jusque dans les an­nées 1950, c’est le lieu où se ras­sem­blaient au­tre­fois les pê­cheurs et les com­mer­çants. Une cen­taine de bâ­ti­ments de bois s’alignent tou­jours sur la mince plage ro­cailleuse et le site n’a rien d’un vil­lage fan­tôme. On y re­trouve un port, le Mu­sée de la Mer, l’Aqua­rium des Îles, des ate­liers d’art, des bou­tiques, des res­tau­rants et de cha­leu­reux ca­fés.

Par­mi ceux-ci, une ins­ti­tu­tion ma­de­li­nienne qui vient tout juste de fê­ter ses 30 ans, le Ca­fé de la Grave, ins­tal­lé dans l’an­cien ma­ga­sin gé­né­ral. Vi­si­teurs et Ma­de­li­nots s’y at­tablent pour pi­quer un brin de ja­sette et se ré­ga­ler de bur­gers au loup de mer ou de ga­lettes de mo­rue. Ils viennent aus­si pour ta­per du pied sur les airs de vio­lon, de pia­no et d’ac­cor­déon qu’im­pro­visent les mu­si­ciens de la place. Un en­droit plein d’âme, que l’on quitte à re­gret.

Di­rec­tion Nord. La route longe les plages du Cap et de La Mar­ti­nique (!), qui font cha­cune 13 ki­lo­mètres. On s’ar­rête près des la­gunes, le temps de res­pi­rer le vent du large et d’ad­mi­rer les pi­rouettes

des ki­te­sur­feurs au-des­sus des flots. Les îles comptent par­mi les meilleures des­ti­na­tions du Québec pour la pra­tique des sports de vent, et il n’est pas rare d’aper­ce­voir leurs voiles au loin.

Fe­nêtres ou­vertes, on tra­verse en­suite l’île du Cap aux Meules — où l’on se jure de re­ve­nir pour vi­si­ter la mi­cro­bras­se­rie À l’abri de la Tem­pête —, et on at­teint Havre-aux-Mai­sons.

C’est l’heure d’al­ler se faire « bou­ca­ner» au Fu­moir d’An­tan, ex­ploi­té par la fa­mille Ar­se­neau de­puis trois gé­né­ra­tions. Be­noît Ar­se­neau nous ac­cueille avec bonne hu­meur dans son éco­no­mu­sée sur le fu­mage du ha­reng - une es­pèce qui a gran­de­ment souf­fert de la sur­pêche dans les an­nées 1970-et nous ouvre les portes de sa « bou­ca­ne­rie ». Des cen­taines de pois­sons préa­la­ble­ment sa­lés sont sus­pen­dus au-des­sus de feux de bois à la ma­nière d’au­tre­fois. « C’est très bon avec de la bière », nous as­sure notre hôte au mo­ment de la dé­gus­ta­tion.

Parce que le ha­reng fu­mé nous a ou­vert l’ap­pé­tit, on fait un cro­chet à la fromagerie du Pied-de-Vent, en­tre­prise ar­ti­sa­nale à qui l’on doit le fro­mage au lait cru du même nom. On y dé­guste le tout nou­veau Tomme des De­moi­selles, nom­mé d’après les deux buttes bien rondes de Havre-Au­bert que l’on aper­çoit au large.

DES ÎLES DE SABLE

En pour­sui­vant notre che­min pour at­teindre Grande-En­trée, la « ca­pi­tale qué­bé­coise du homard », il est ter­ri­ble­ment ten­tant de cé­der à l’ap­pel de la plage.

Entre notre point de dé­part et les cin­quante mai­sons de l’île de la Pointe-aux- Loups : des ki­lo­mètres de dunes et de ri­vages blonds. Pas­sé cette île mi­nus­cule : en­core des ki­lo­mètres de dunes, de plages et d’eaux lim­pides, et ce, jus­qu’à la Grosse Île. Là, on dé­couvre de jo­lies pentes boi­sées où vit une com­mu­nau­té de pê­cheurs an­glo­phones de des­cen­dance écos­saise. Puis, tout près du but, en­core une plage in­ter­mi­nable : celle de la Grande Échoue­rie, à Old Har­ry, consi­dé­rée comme l’une des plus belles de l’ar­chi­pel.

En tout, les îles comptent plus de 300 ki­lo­mètres de plages. Le tiers du ter­ri­toire est com­po­sé de dunes et de grèves sa­blon­neuses, c’est tout dire! Les plages sont do­rées, presque blanches, presque dé­sertes, sau­vages et ma­gni­fiques. L’eau y at­teint entre 18 et 21° C. S’y bai­gner n’est pas tou­jours sans risque en rai­son des cou­rants et des vents, mais elles sont vé­ri­ta­ble­ment l’une des at­trac­tions prin­ci­pales de la ré­gion.

Au port de Grande-En­trée, que nous at­tei­gnons fi­na­le­ment, plus de 100 ba­teaux de toutes les cou­leurs sont ali­gnés aux quais, dont le Ann Sophie, le Dick­son’s Dream ou le Va­ga­bond des Îles. La sai­son de la pêche au homard est ter­mi­née, mais c’est ici que les pê­cheurs rap­portent plus de la moi­tié des ho­mards des îles de la Ma­de­leine. C’est aus­si ici, dans le port, que la route 199 se ter­mine et que nous fai­sons dé­jà de­mi-tour.

Deux jours pour dé­cou­vrir l’ar­chi­pel, c’est peu. Mais c’est bien as­sez pour tom­ber sous le charme et se mettre à en­tre­te­nir la ru­meur : les îles de la Ma­de­leine, c’est plus que beau. C’est vrai­ment unique.

*Ce voyage a été ren­du pos­sible grâce à Tou­risme Îles de la Ma­de­leine.

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PHOTOS AGENCE QMI

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1. Mai­son ty­pique des îles de la Ma­de­leine. de la Ma­de­leine. 3. Des ba­teaux Psa­ha­roff. tes dunes de sable re­lient les îles entre elles. de­leine sont plus fra­giles qu’elles en ont l’air.

2. Il y a plus de 300 ki­lo­mètres de plage aux îles 4. Aux îles de la Ma­de­leine, de longues et étroi5. Les fa­laises de grès rouge des îles de la Ma-

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