Li­ban : la guerre en di­rect

Le Journal de Quebec - Weekend - - LES CHOIX DE SOPHIE -

Au Québec, quand il y a deux ou trois nids de poule dans les rues, on dit : « C’est Bey­routh. » C’est un af­front pour tous ceux qui ont vé­cu la guerre au Li­ban. Si vous vou­lez voir à quoi res­semble de l’in­té­rieur un conflit ar­mé, le film Li­ban, du réa­li­sa­teur is­raé­lien Sa­muel Maoz, va vous don­ner des sueurs froides. Comme Apo­ca­lypse Now ou Sa­ving Pri­vate Ryan, Li­ban n’y va pas par quatre che­mins pour nous mon­trer avec réa­lisme la dé­tresse psy­cho­lo­gique vé­cue par les sol­dats qui « pètent une coche » quand ils sont confron­tés aux hor­reurs de la guerre.

On suit pen­dant 24 heures quatre sol­dats is­raé­liens confi­nés dans un tank pen­dant l’in­va­sion du Li­ban, en 1982. Tout le film se dé­roule à l’in­té­rieur de ces quatre murs de tôle et nos seules vues de l’ex­té­rieur sont les mêmes que celles des sol­dats : un vi­seur qui nous montre les ci­vils af­fo­lés et des of­fi­ciers en dé­route. Une heure et de­mie dans la­quelle on par­tage la claus­tro­pho­bie de ces jeunes hommes, for­cés de co­ha­bi­ter dans la cha­leur, le sang ver­sé et l’odeur d’urine.

Cer­taines scènes sont atroces : une mère criant dans les dé­combres de sa mai­son à la re­cherche de sa fille; un pha­lan­giste chré­tien qui pro­met à un pri­son­nier sy­rien qu’il va l’écar­te­ler après lui avoir ar­ra­ché un oeil à la cuillère. Mal­gré son su­jet ex­plo­sif, le film ne prend pas par­ti pour ou contre les ac­teurs du conflit.

DES JEUNES DÉSO­RIEN­TÉS

Les quatre sol­dats is­raé­liens ne sont pas dé­peints comme des cri­mi- nels, mais comme des jeunes déso­rien­tés, la peur au ventre, qui crient « je ne veux pas être ici, je veux voir ma ma­man » quand ils sentent la mort rô­der.

Sa­muel Maoz lui-même était sol­dat en 1982 et il n’est pas re­ve­nu in­tact du Li­ban. Chaque scène du film est ins­pi­rée de ce qu’il a vé­cu il y a 28 ans. Je re­com­mande Li­ban à tous ceux qui n’ont ja­mais cô­toyé de près ou de loin les hor­reurs de la guerre. Et qui n’ont connu, en termes de des­truc­tion, que quelques trous dans l’as­phalte.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.