LA ME­SURE DU TEMPS

Sur Des fan­tômes, des étoiles, tout est une ques­tion de temps pour Alexandre Bel­liard: le temps qui passe, par­se­mé de morts et de nais­sances, mais aus­si tout ce­lui qui s’est écou­lé avant que ce troi­sième al­bum ne voie fi­na­le­ment le jour.

Le Journal de Quebec - Weekend - - MUSIQUE - Cé­dric Bé­lan­ger

Trois longues an­nées se sont en ef­fet écou­lées de­puis la pa­ru­tion de De­main... la peur. Panne d’ins­pi­ra­tion? Pas du tout, puisque les chan­sons sont écrites de­puis belle lu­rette et que l’al­bum de­vait ini­tia­le­ment sor­tir l’an der­nier. Alexandre Bel­liard at­ten­dait sim­ple­ment de trou­ver la com­pa­gnie de disque idéale pour al­ler de l’avant.

« Ren­du à mon troi­sième al­bum, je sais com­ment ça marche. Je peux mieux éva­luer les par­te­naires avec qui je peux faire af­faires. Mais ça été long de trou­ver une équipe (Pro­duc­tions de l’Onde) avec la­quelle on sen­tait qu’on tra­vaille­rait en har­mo­nie et qu’on irait dans la di­rec­tion qu’on dé­sire. »

Les « on » qui meublent la der­nière phrase ne sont pas là par ha­sard puisque Bel­liard s’est ad­joint les ser­vices d’Éric Gou­let, alias Mon­sieur Mo­no, pour créer

Des fan­tômes, des étoiles.

« Il a joué tous les ins­tru­ments, sauf la bat­te­rie. Il a donc une si­gna­ture im­por­tante. On a fait les ar­ran­ge­ments en­semble, mais l’in­ter­pré­ta­tion mu­si­cale vient de lui», confie l’ar­tiste qui a bien ap­pré­cié le re­gard cri­tique que Gou­let a po­sé sur ses com­po­si­tions.

« Chaque jour, j’ar­ri­vais chez lui avec une nou­velle chan­son, gui­tare-voix, je la lui jouais dans sa cui­sine. Il écou­tait et c’était oui ou c’était non. Quand c’était non, il fal­lait que je lui en pro­pose une autre. Par­fois, j’es­sayais de lui en glis­ser une vieille, mais il les re­con­nais­sait (rires). »

« La plu­part du temps, pré­cise Bel­liard à pro­pos des pièces reje- tées, ce n’est pas parce que ce sont des mau­vaises chan­sons, c’est sim­ple­ment qu’elles ne marchent pas dans l’en­semble. »

POUR SES GRANDS-PA­RENTS

Beau­coup moins po­li­ti­sé que ces pré­dé­ces­seurs, Des fan­tômes... a été créé par Alexandre Bel­liard en ré­ac­tion au dé­cès de ses grands-pa­rents. Bou­le­ver­sé par leur dé­part, il a écrit la pièce L’im­mor­ta­li­té. La thé­ma­tique du temps s’est en­suite im­po­sée d’elle-même.

« J’ai en­suite écrit Com­plainte d’outre-tombe et Jack, qui re­pré­sente la fau­cheuse. Il y a une chan­son sur la nais­sance de ma fille, il y a Étrange que tu ne

meurs ja­mais. C’est une ligne du temps que j’ai vou­lu faire à tra­vers des per­son­nages qui vivent des si­tua­tions. Dans mon cas, c’était pour gué­rir un deuil, pour gar­der en moi la pré­sence d’être chers. De là, la po­chette sur la­quelle fi­gure Thôt, le dieu de la me­sure du temps. »

Bel­liard s’est aus­si of­fert une tra­duc­tion de Don’t Wan­na Grow up, de Tom Waits, qui de­vient Je re­fuse de gran­dir et lui per­met d’avoir au moins une chan­son « en­ga­gée » sur son al­bum.

« J’aime en faire, mais cet al­bum s’y prê­tait moins. Je re­fuse de gran­dir cor­res­pond bien à ce qu’on vou­lait faire, sans dé­faire l’en­semble de l’al­bum. Ça me fait du bien de la chan­ter. »

LA FRANCE ET RE­NAUD

Après le lan­ce­ment de l’al­bum, qui pa­rait mar­di, Alexandre Bel­liard pren­dra la route pour une sé­rie de spec­tacles aux quatre coins du Québec. Il es­père aus­si que Des fan­tômes... lui per­met­tra en­fin de mettre les pieds pour la pre­mière fois en France.

« J’ai des amis ar­tistes qui y vont par­fois trois ou quatre fois par an­née. Je les vois al­ler et je me dis, moi aus­si, je veux. Je n’ai au­cune idée pour­quoi je n’y suis pas al­lé en­core. »

Alexandre Bel­liard a dé­jà un lien par­ti­cu­lier avec la France puis­qu’il est un grand fan de Re­naud. Il ca­resse d’ailleurs le pro­jet d’en­re­gis­trer un al­bum de re­prises des chan­sons de Re­naud, qui de­vien­drait une suite lo­gique au titre La chan­son à

Re­naud, de son al­bum De­main... la peur.

Une chan­son qui lui a d’ailleurs per­mis de ren­con­trer son idole au cours de son pas­sage au Fes­ti­val d’été de Québec.

« Une jour­na­liste de CKRL lui avait re­mis l’al­bum. Il a écou­té la chan­son et j’ai eu un ap­pel m’in­vi­tant à ve­nir le ren­con­trer à Québec. Je suis al­lé le voir dans sa loge, re­gar­der le spec­tacle et lui par­ler. Par­fois, on ren­contre une idole de jeu­nesse et être dé­çu. Mais moi, ce fut le contraire. Je l’ai­mais en­core plus après. Il a été très gen­til, comme j’es­pé- rais qu’il soit. Il est ré­ser­vé, mais cha­leu­reux. »

Et que lui a-t-il dit à pro­pos de la chan­son?

« Il a dit : « Fé­li­ci­ta­tions Bel­liard, c’est une belle chan­son, sur­tout la mu­sique. Ça m’a fait rire. » Alexandre Bel­liard lan­ce­ra son al­bum au Lion d’Or de Mon­tréal, le 25 août. Il se­ra à Québec, au Pa­lais Mont­calm, le 22 sep­tembre et à L’Éta­bli, le 9 oc­tobre.

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