Les hauts (et les bas) de Marc-An­dré La­voie

Après Bluff, le jeune réa­li­sa­teur Marc-An­dré La­voie nous pro­po­se­ra, le 27 août, Y’en au­ra pas de fa­cile, avec une dis­tri­bu­tion à faire pâ­lir d’en­vie tous les ci­néastes, Ré­my Gi­rard, Claude Legault, Ma­hée Paie­ment ou en­core De­nis Bou­chard et Ra­chid Ba­dou­ri

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Isabelle Hontebeyrie

Ré­jean (Ré­my Gi­rard) est un au­teur de bio­gra­phies de cé­lé­bri­tés. Lors d’une rup­ture par­ti­cu­liè­re­ment dou­lou­reuse, il dé­cide de s’ins­crire au site de ren­contres Ré­seau Contact. Afin de se « vendre » pour at­ti­rer les es­seu­lées, il se met à ra­con­ter sa vie. Et c’est ce qu’on dé­couvre, au tra­vers de pe­tites his­toires dans les­quelles De­nis Bou­chard, Em­ma­nuel Bi­lo­deau, Pierre-Luc Brillant et le jeune Hu­go St-Onge-Pa­quin in­carnent dif­fé­rents mo­ments — drôles, tra­giques, émou­vants ou nos­tal- giques — de la vie de Ré­jean.

Mais où Marc-An­dré La­voie va-t-il cher­cher tout ça? Fa­cile! « C’est ba­sé sur ma vie », s’ex­clame ce­lui dont le pre­mier film, Bluff, avait été un suc­cès. L’au­teur ajoute quand même qu’il a consi­dé­ra­ble­ment ro­man­cé ses sou­ve­nirs.

Dans Y’en au­ra pas de fa­cile, le couple for­mé par Em­ma­nuel Bi­lo­deau et Ève Du­ran­ceau tente déses­pé­ré­ment de ré­cu­pé­rer un billet de lo­te­rie qui fait d’eux des mil­liar­daires. « Oui, ça m’est ar­ri­vé! » ex­plique-t-il. De­vant notre air in­cré­dule, il pré­cise : « J’avais 14 ans et j’étais au se­con­daire. Je m’étais ache­té un 6/49 que j’avais mis dans mon porte-mon­naie et je me le

suis fait vo­ler. » Ré­sul­tat : Marc-An­dré La­voie a été per­sua­dé que c’était un autre élève qui avait fait le coup et qui avait ga­gné le gros lot après l’avoir vu ar­ri­ver à l’école au vo­lant d’une nou­velle voi­ture! « C’est comme le sui­cide. Qui n’y a ja­mais pen­sé? Je trou­vais ce­la in­té­res­sant que quel­qu’un nous ra­conte sa vie de ma­nière ro­man­cée», pré­cise le réa­li­sa­teur.

Cette no­tion du men­songe — qu’on trou­vait dé­jà dans Bluff — est d’au­tant plus sé­dui­sante pour Marc-An­dré La­voie que c’est un élé­ment om­ni­pré­sent de notre so­cié­té, ba­sée sur l’image et sur le pa­raître. « Quand on est à une date, dit-il, on de­vient une ver­sion ro­man­cée de soi­même. »

Ce­la si­gni­fie-t-il que les his­toires que ra­conte Ré­jean sont fausses? Pour le ci­néaste, deux lec­tures de Y’en au­ra pas

de fa­cile sont pos­sibles. « On peut juste pas­ser un bon mo­ment et ne pas se po­ser de ques­tions ou s’in­ter­ro­ger pour sa­voir si ce que ra­conte Ré­jean est vrai ou pas. »

PAS FA­CILE, LE FI­NAN­CE­MENT

Mal­gré le bon ac­cueil ré­ser­vé à Bluff en 2007, Marc-An­dré La­voie n’a ob­te­nu qu’un fi­nan­ce­ment de Té­lé­film Ca­na­da d’un mon­tant de 150 000 $ pour la post­pro­duc­tion de

Y’en au­ra pas de fa­cile. Le tour­nage a donc tout été, sauf...

Im­pos­sible de sa­voir, en voyant le long mé­trage, qu’il a été fait dans des condi­tions plus que pré­caires et qu’il n’a coû­té qu’un de­mi-mil­lion de dol­lars. «[Quand nous avons re­çu l’ar­gent de Té­lé­film Ca­na­da], ce­la fai­sait deux mois que le gars qui s’oc­cupe de la mu­sique du film tra­vaillait gra­tui­te­ment, dit le ci­néaste. Je n’ai pas tou­ché d’ar­gent pen­dant [les deux ans de la pro­duc­tion]. »

Ani­mé de son seul feu sa­cré, Marc-An­dré La­voie s’est donc, comme tant de jeunes pro­duc­teurs et réa­li­sa­teurs, dé­brouillé. Su­per Écran a don­né de l’ar­gent, en plus Ré­seau Contact et Lo­to-Québec, qui ont par­ti­ci­pé à titre de com­man­di­taires. « C’est un mo­dèle d’af­faires qui res­semble un peu à ce­lui des Amé­ri­cains », pré­cise-t-il. Mais contrai­re­ment à ce qu’on pour­rait croire, ni Apple ni Moët et Chan­don n’ont contri­bué à Y’en au­ra

pas de fa­cile. La pré­sence de iP­hone et du champagne n’est que le fruit du ha­sard! « Nous n’avions que ces cel­lu­laires et, pour les verres Moët, c’est la seule chose qu’il y avait au cha­let », pré­cise Marc-An­dré La­voie avec un grand éclat de rire.

FA­CILE, LES AC­TEURS AU REN­DEZ-VOUS!

Com­ment, dans ces condi­tions, ob­te­nir la bro­chette de co­mé­diens dont Y’en au­ra pas

de fa­cile peut se tar­guer? Car on trouve, au gé­né­rique de la comédie, tous les in­con­tour­nables : Ré­my Gi­rard, Ra­chid Ba­dou­ri, Em­ma­nuel Bi­lo­deau, De­nis Bou­chard, Da­vid Bou­tin, Pierre-Luc Brillant, Ni­co­las Ca­nuel, Su­zanne Clé­ment, Ève Du­ran­ceau, Mi­chelO­li­vier Gi­rard, Claude Legault, Ma­hée Paie­ment, Pa­trice Ro­bi­taille et Hu­go St-On­gePa­quin.

« Quand j’écris, je fi­nis tou­jours par pen­ser à un ac­teur », ex­plique-t-il de son pro­ces­sus. Il est donc al­lé co­gner à la porte de tous ceux à qui il avait pen­sé pen­dant la ré­dac­tion du scé­na­rio. « Ils ont tous ac­cep­té de tra­vailler au sa­laire mi­ni­mum, en plus d’être de grands ac­teurs, ce sont tous de grandes per­sonnes, in­croya­ble­ment gé­né­reuses », dit MarcAn­dré La­voie. Et tout le monde a ré­pon­du pré­sent, dé­ga­geant quelques jours pour pou­voir tour­ner de­vant la ca­mé­ra du ci­néaste et prê­tant par­fois l’épaule à la roue, comme De­nis Bou­chard qui a dé­ni­ché des lu­nettes pour son per­son­nage! Un vrai la­beur d’amour et de so­li­da­ri­té.

Y’en au­ra pas de fa­cile pren­dra l’af­fiche au Québec le 27 août.

Claude Legault

Le réa­li­sa­teur Marc-An­dré La­voie

Su­zanne Clé­ment

De­nis Bou­chard

Da­vid Bou­tin Ma­hée Paie­ment

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