On n’ar­rête pas le pro­grès

Quoi? Un Lan­gue­doc d’Ap­pel­la­tion d’ori­gine pro­té­gée (AOP)? Et ce­lui-là qui porte la men­tion In­di­ca­tion géo­gra­phique pro­té­gée De « ques­sé », comme di­rait Ma­dame Chose.

Le Journal de Quebec - Weekend - - SAVEURS -

En ef­fet, où sont pas­sées les AOC fran­çaises (Ap­pel­la­tion d’ori­gine contrô­lée), DOC ita­liennes (De­no­mi­na­zione di Ori­gine Con­trol­la­ta), DO es­pa­gnoles (De­no­mi­na­ción de ori­gen) et QbA al­le­mandes (Qua­litäts­wein bes­timm­ter An­bau­ge­biete)?

De­puis le 1er août 2009, tous les vins d’ap­pel­la­tion d’ori­gine de la Com­mu­nau­té eu­ro­péenne doivent dé­sor­mais por­ter la men­tion AOP (Ap­pel­la­tion d’ori­gine pro­té­gée), tan­dis que les Vins de pays doivent de leur cô­té por­ter celle d’IGP (In­di­ca­tion d’ori­gine pro­té­gée). Même les IGT ita­liennes (In­di­ca­zione Geo­gra­fi­ca Ti­pi­ca) passent en IGP.

Les vins de table, eux, se trans­forment en vins sans in­di­ca­tion géo­gra­phique. Mais on pour­ra par contre in­di­quer sur leur éti­quette le cé­page avec le­quel ils sont prin­ci­pa­le­ment faits, de même que le millésime.

Si j’en parle main­te­nant, c’est que comme les vins du millésime 2009 com­mencent à ar­ri­ver sur nos ta­blettes, ces nou­velles dé­no­mi­na­tions com­mencent à y ap­pa­raître aus­si. Ain­si, pour n’en nom­mer qu’un, le Luc

Saint-Roche, un pe­tit vin du Lan­gue­doc tout simple mais sym­pa­thique au de­meu­rant, qui dans le millésime 2008, était en­core un Vin de

pays du Mont Bau­dile est de­ve­nu avec le 2009 pré­sen­te­ment of­fert à la SAQ (10,30 $) Mont Bau­dile, In­di­ca­tion géo­gra­phique pro­té­gée.

Par contre, heu­reu­se­ment que sur la contreé­ti­quette (qui n’est évi­dem­ment pas obli­ga­toire), on peut lire qu’il vient du Lan­gue­doc, si­non à moins de sa­voir où se trouve le mont Bau­dile (et je gage un 100 $ que sur 1 000 per­sonnes ren­con­trées au ha­sard dans les rues de Mon­tréal, per­sonne ne le sau­ra), bien ma­lin donc ce­lui qui pour­ra en connaître la pro­ve­nance exacte.

Très bonne idée de vou­loir mieux as­su­rer l’au­then­ti­ci­té d’un pro­duit en ga­ran­tis­sant sa pro­ve­nance et en sim­pli­fiant le li­bel­lé des dé­no­mi­na­tions, mais il au­rait été bon aus­si, me semble-t-il, de men­tion­ner à tout le moins dans quelle grande ré­gion pro­duc­trice de vin le lieu géo­gra­phique en ques­tion est si­tué.

D’AUTRES CHAN­GE­MENTS

Bref, il n’y en au­ra pas de fa­cile! Et dire que vous com­men­ciez tout juste à vous y re­con­naître un peu dans le dé­dale des di­verses ap­pel­la­tions d’ori­gine contrô­lées.

Pas chan­ceux, fau­dra se re­cy­cler. Sans comp­ter que cette ré­forme risque de pro­vo­quer des re­mous à l’in­té­rieur mêmes des ap­pel­la­tions d’ori­gine exis­tantes.

Ain­si, un vi­gne­ron qui pro­duit un côtes-dur­hône gé­né­rique trou­ve­ra peut-être plus in­té­res­sant de vendre son pro­duit sous la men­tion IGP avec le nom de sa com­mune.

Par ailleurs, pour com­pli­quer en­core un peu la sauce, cette ré­forme coïn­cide éga­le­ment avec un cer­tain nombre de chan­ge­ments dans les ap­pel­la­tions d’ori­gine elles-mêmes.

Ain­si, pour n’en men­tion­ner que quel­que­sunes, l’ap­pel­la­tion Côtes de Bor­deaux re­groupe dé­sor­mais les ap­pel­la­tions Côtes de Blaye, Ca­dillac, Côtes de Cas­tillon et Côtes de Francs.

Dans le Lan­gue­doc-Rous­sillon, de­puis quelques mil­lé­simes dé­jà (mais ce n’est pas en­core gé­né­ra­li­sé, puisque les vi­gne­rons ont cinq ans pour s’y confor­mer), l’ap­pel­la­tion Co­teaux du Lan­gue­doc est tout sim­ple­ment rem­pla­cée par celle de Lan­gue­doc.

Mais bon, comme dit l’autre, on n’au­ra pas le choix de faire avec tout ce­la. De toute fa­çon, on en re­par­le­ra au fur et à me­sure qu’on se­ra confron­té dans nos achats à un chan­ge­ment de dé­no­mi­na­tion.

ROUGES

Voi­ci, comme d’ha­bi­tude, quelques vins à mettre dans son sac.

■ Saint-Sa­tur­nin Le Clo­cher 2009, Lan­gue­doc (11,50 $) : dans le pré­cé­dent millésime, ce vin po­pu­laire était un Co­teaux du Lan­gue­doc. C’est donc main­te­nant un Lan­gue­doc. Souple, lé­ger, un brin épi­cé, avec de jo­lies sa­veurs de ré­glisse et des no­tions de ta­bac, c’est un fort hon­nête vin de tous les jours.

■ Châ­teau de Ca­ze­neuve 2008, Les Cal­cai- res, Pic Saint-Loup Co­teaux du Lan­gue­doc (21,95 $): un rouge sub­stan­tiel, épi­cé, poi­vré, frais, équi­li­bré et sa­vou­reux (45 % sy­rah, 25 % gre­nache, 10 % ca­ri­gnan, 20 % cin­sault).

■ Bourgogne Pi­not Noir Pa­trice Rion 2008 (27,05 $): tout plein de pe­tits fruits comme la fraise et la fram­boise, frais et lé­ger mais har­mo­nieux; ser­vi ra­fraî­chi, c’est un mer­veilleux vin d’été.

BLANCS

■ Ar­ro­gant Frog 2009, Ri­bet Blanc, Char­don­nay / Vio­gnier, Pays d’Oc IGP (13,90 $): un beau blanc qui a du corps, vi­neux, avec de belles no­tions de pêche ap­por­tées par le vio­gnier; net et ori­gi­nal.

■ Sal­via­no 2009, Or­viet­to Clas­si­co Su­pe­riore, Te­nu­ta di Sal­via­no (14,10 $): vif et très droit, avec en même temps de la chair. Un bon pe­tit blanc qu’on boit sans se po­ser de ques­tion.

■ Re­ga­lea­li Bian­co 2009, Si­ci­lia IGT, Tas­ca d’Al­me­ri­ta (15,90 $): lé­ger et frais, vi­vi­fiant, avec un beau fruit à la chair tendre. On en re­de­mande.

■ Gen­til Hu­gel 2009, Al­sace (16,95 $): l’Al­sace est l’une des rares ré­gions de France (avec le Lan­gue­doc-Rous­sillon peut-être) où 2009 n’a pas été le grand millésime an­non­cé. Mais le Gen­til d’Hu­gel est le fruit d’un as­sem­blage de plu­sieurs cé­pages, comme on sait, et grâce jus­te­ment à cet as­sem­blage, on réus­sit tou­jours à pro­duire un vin de qua­li­té. En 2009, le vin est un rien moins aro­ma­tique que d’ha­bi­tude (il y a moins de gewürz­tra­mi­ner et un peu plus de syl­va­ner), mais il est frais et agréable à boire comme tou­jours.

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