L’EX­PÉ­RIENCE DE VIE DU

Mi­chelle Coudé-Lord CI­NÉASTE DE­NIS VILLE­NEUVE

Le Journal de Quebec - Weekend - - RENTREE CULTURELLE 2010 - Mi­chelle Coudé-Lord MCLORD@JOUR­NALMTL.COM

MON­TRÉAL | Il faut en­tendre le ci­néaste De­nis Ville­neuve par­ler de son film In­cen­dies pour consta­ter à quel point cette der­nière ex­pé­rience ci­né­ma­to­gra­phique l’a at­teint en plein coeur et a to­ta­le­ment nour­ri l’homme qu’il est.

« Je sors de cette ex­pé­rience-là avec une éner­gie in­croyable. In­cen­dies me donne l’ap­pé­tit d’ex­plo­rer le ci­né­ma comme je n’ai ja­mais eu avant. J’ai un ap­pé­tit sau­vage de re­faire un autre film », confie en en­tre­vue au Jour­nal de

Mon­tréal, De­nis Ville­neuve. Le film In­cen­dies a été ins­pi­ré de la fa­meuse pièce de Wa­j­di Moua­wad.

« Il y a cinq ans, quand j’ai vu cette pièce-là. Je suis sor­ti sur les ge­noux. J’ai eu un coup de foudre puis­sant. Ce texte m’ha­bite d’ailleurs de­puis tout ce temps­là. C’est un gros deuil pour moi de quit­ter cette aven­ture, à un point tel que j’ai le goût de le re­vi­si­ter un jour d’une autre ma­nière. Il y a tant à dire sur cette culture arabe, sur le Moyen-Orient », ra­conte avec pas­sion De­nis Ville­neuve.

Wa­j­di Moua­wad a don­né carte blanche à DenisVilleneuve pour réa­li­ser le film

In­cen­dies. De­puis, il a vu dé­jà le ré­sul­tat quatre fois et en est to­ta­le­ment res­sor­ti ému.

C’EST QUOI IN­CEN­DIES?

« C’est le film le plus com­plexe que j’ai fait qui m’a exi­gé des an­nées de pré­pa­ra­tion, mais Wa­j­di m’a fait le plus beau des ca­deaux en me per­met­tant de faire des er­reurs. Il m’a vrai­ment res­pec­té comme créa­teur. “La pièce, c’est moi, le film, c’est toi”, m’a-t-il dit.

Pour le ci­néaste, In­cen­dies, écrite par Wa­j­di, est « une tra­gé­die grecque ul­tra­mo­derne qui nous fait ren­con­trer une culture avec la­quelle nous en­tre­te­nons mal­heu­reu­se­ment un dia­logue de sourds. On est en guerre avec une par­tie du Moyen-Orient; on a des ami­tiés, des en­ne­mis, mais à mon avis, c’est très im­por­tant que nous amor­cions un vrai dia­logue avec cette culture-là ; qu’on tisse un pont. Nous, comme ci­néastes, comme au­teurs, nous avons, je crois, une res­pon­sa­bi­li­té de faire dé­cou­vrir ce monde-là ».

De­nis Ville­neuve ne croit pas que les ci­né­philes doivent voir la pièce avant le film.

« La meilleure pré­pa­ra­tion pour al­ler voir In­cen­dies, c’est d’en sa­voir le moins pos­sible. Moi, c’est la plus belle his­toire que j’ai en­ten­due dans ma vie. C’est pour­quoi je vou­lais tant la por­ter à l’écran. »

UN FILM COS­TAUD

Le film est une co­pro­duc­tion avec la France. Son bud­get est de 6,5 mil­lions de dol­lars et il y a eu 40 jours de tour­nage, dont une quin­zaine en Jor­da­nie. Avant tout ça, il y a eu des mois de pré­pa­ra­tion à par­cou­rir et à dé­cou­vrir le Li­ban et la Jor­da­nie.

« Je sais, six mil­lions de dol­lars est un bon bud­get dans le contexte qué­bé­cois. Je suis conscient que c’est beau­coup d’ar­gent, mais un film aus­si am­bi­tieux au­rait eu be­soin de plus de moyens. Les Amé­ri­cains l’au­raient fait avec 50 mil­lions. Je ne dis pas ce­la par rap­port à mon ego, mais pour Wa­j­di. Je pense que son his­toire mé­rite un film cos­taud. Les pro­duc­teurs ont mis leurs che­mises; la Jor­da­nie avec leurs fi­gu­rants, leurs tech­ni­ciens, leurs dé­cors fut très gé­né­reuse. Chaque plan de ce film­là est éti­ré au maxi­mum. C’est mon film le plus com­plexe que j’ai tour­né, mais c’est, je crois hum­ble­ment, mon meilleur film », pré­cise De­nis Ville­neuve, sur un ton convain­cu.

Il dit en avoir pour des an­nées à dé­can­ter cette ren­contre ma­gique avec l’oeuvre de Wa­j­di.

« C’est une ren­contre avec la culture arabe, le rap­port à l’en­ga­ge­ment, à l’hon­neur, à la fier­té, à l’ami­tié, à la gé­né­ro­si­té in­croyable de ce peuple-là, mais aus­si avec ses fai­blesses, sa co­lère », pré­cise d’une voix tou­chante le ci­néaste de 42 ans. Et c’est quoi la dif­fé­rence entre

Po­ly­tech­nique et In­cen­dies? « Po­ly­tech­nique, je connais­sais l’his­toire. C’était un fait his­to­rique. In­cen­dies, pour moi, j’étais dans la fic­tion, mais heu­reu­se­ment, j’étais en­tou­ré de gens qui l’avaient vé­cu, comme ces fi­gu­rants ira­kiens pa­les­ti­niens. J’ai sen­ti la même res­pon­sa­bi­li­té en fil­mant In­cen­dies que

Po­ly­tech­nique. Ma res­pon­sa­bi­li­té était d’être ca­pable de trans­mettre une souf­france que d’autres avaient vé­cue. Je ne connais rien à la guerre. Il m’a fal­lu de l’hu­mi­li­té. J’ai pu sai­sir que le MoyenO­rient était pris dans ce cycle de vio­lence, cette spi­rale que seule une au­to­ri­té ex­té­rieure so­lide pour­ra mettre fin à tout ce­la », conclut De­nis Ville­neuve. In­cen­dies est pré­sen­té au Fes­ti­val de Ve­nise le 3 sep­tembre et à ce­lui de To­ron­to le 11 sep­tembre. À Mon­tréal, il se­ra en salle le 17 sep­tembre. Co­pro­duc­tion avec la France, les pro­duc­teurs sont Mi­cro scope PHI Group et TS Pro­duc­tions à Paris.

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