« J’AI LE GOÛT DE DIRE ET DE FAIRE PLUS QUE JA­MAIS »

Mi­chelle Coudé-Lord

Le Journal de Quebec - Weekend - - RENTREE CULTURELLE 2010 - Mi­chelle Coudé-Lord MCLORD@JOUR­NALMTL.COM

MON­TRÉAL | In­vi­té dé­jà aux pres­ti­gieux fes­ti­vals de Ve­nise et de To­ron­to, « In­cen­dies », de De­nis

Ville­neuve, est le film fort de la ren­trée au Québec. Il a re­çu cette pre­mière in­vi­ta­tion au Fes­ti­val des films de Ve­nise « comme un ca­deau ». Quant à To­ron­to, il est un ha­bi­tué, car c’est sa cin­quième sé­lec­tion.

Pour­tant, il avoue ne pas être jet set, alors là pas du tout.

« Je ne cours pas les pre­mières et ne suis pas mes films à tra­vers les fes­ti­vals. Le ci­né­ma me per­met de créer des ponts entre les gens, de com­prendre la condi­tion hu­maine, de mettre un baume, de conso­ler. De­nys Ar­cand, un homme que j’ad­mire, a dé­jà dit que faire du ci­né­ma, c’est la plus belle ma­nière de s’in­té­res­ser aux autres. Il a rai­son », confie De­nis Ville­neuve.

Il croit que le ci­né­ma qué­bé­cois va res­ter vi­vant si on sait prendre des risques.

« Il faut sa­voir in­ven­ter, créer un ci­né­ma qui va nous dé­fi­nir par rap­port aux autres; évi­ter les sen­tiers bat­tus. Faire un ci­né­ma qui parle aux autres et non pas du nar­cis­sisme ar­tis­tique. J’ai tou­jours peur de ce piège-là ».

LA CONQUÊTE DU MONDE

Mi­chel Brault, le ci­néaste, lui a dé­jà dit : « Si tu fais du ci­né­ma, il faut que tu aies en­vie de conqué­rir le monde. J’ai en moi ce dé­sir. Eh oui! Je suis quel­qu’un de très am­bi­tieux, qui veut faire cette conquête. »

Qu’es­père-t-il après In­cen­dies? Plu­sieurs pro­jets l’ha­bitent dé­jà.

« J’ai une grosse en­vie d’un pro­jet per­son­nel très pré­cis qui va par­ler du monde arabe, mais l’his­toire se pas­se­ra au Québec. J’ai beau­coup d’idées de films pour la pre­mière fois. Je me pré­pare à tour­ner au ci­né­ma l’adap­ta­tion du ro­man de Jose Sa­ra­ma­go, The

double, de cet au­teur por­tu­gais qui vient de mou­rir, mais je me sens un meilleur homme et un meilleur ci­néaste après avoir tour­né Po­ly­tech­nique et In­cen­dies, deux films si in­tenses ».

Au­tant De­nis Ville­neuve rêve de réa­li­ser un jour un film de science-fic­tion – son ami Phi­lippe Fa­lar­deau l’en­cou­rage d’ailleurs for­te­ment – au­tant il sou­haite conti­nuer à dé­ve­lop­per ses pro­jets au Québec avec des bud­gets de deux mil­lions de dol­lars, par exemple.

« Un pe­tit film qui ra­conte chez moi, ma réa­li­té. C’est quand un ci­néaste parle de chez lui qu’il est à son meilleur », dit-il.

ET LE MAR­CHÉ AME­RI­CAIN?

De­nis Ville­neuve ne cache pas que le suc­cès du film Po­ly­tech

nique a eu un écho chez plu­sieurs pro­duc­teurs amé­ri­cains.

« Pour la pre­mière fois de ma vie, je peux dire que j’ai eu des offres concrètes des Amé­ri­cains. Rien n’est en­core si­gné, et il n’est pas ques­tion pour moi d’al­ler m’ins­tal­ler là-bas, ce qui ne veut pas dire que je ne pour­rais pas dé­ve­lop­per des pro­jets avec eux », as­sure-t-il.

Il sau­ra at­tendre la belle oc­ca­sion.

À 42 ans, père de trois en­fants – d’ailleurs, il avait ces­sé de tour­ner après le film Mael­strom pour prendre soin de sa fa­mille – De­nis Ville­neuve se dit un homme com­blé. Oui, il est heu­reux d’avoir une femme comme Ma­cha Gre­non dans sa vie, mais il ne veut pas en par­ler. C’est son ter­ri­toire. « Vieillir, j’adore ça. Plus le temps passe, plus je me sens mieux. Je suis en­fin ca­pable de dire que je suis un ci­néaste », conclut le ci­néaste, émou­vant, dé­ci­dé et au­then­tique.

J’AVAIS PEUR DE TRA­HIR LES AUTRES, PEUR DE NE PAS AVOIR MO­RA­LE­MENT BIEN FIL­MÉ

DE­NIS VILLE­NEUVE

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