TROIS FILMS TROIS HIS­TOIRE UN AC­TEUR

MON­TRÉAL | Il est la star du Fes­ti­val des films du monde avec ses trois films. Bus Pal­la­dium de Ch­ris­to­pher Thomp­son, In­soup­çon­nable de Ga­briel Le Bo­min et Le Ca­mé­léon de Jean-Paul Sa­lo­mé. Conver­sa­tion avec Marc-An­dré Gron­din, un ac­teur qui, à 26 ans, est

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Mi­chelle Coudé-Lord MCLORD@JOUR­NALMTL.COM

PARLE-MOI DE BUS PAL­LA­DIUM?

C’est la pre­mière fois que je me re­trou­vais sur un pla­teau où j’étais le plus vieux. J’étais le pé­père du pla­teau. La plu­part en étaient à leur pre­mier film et ça me fai­sait du bien de re­trou­ver des ac­teurs dis­ci­pli­nés et pas­sion­nés par leur tra­vail. L’ex­ci­ta­tion du dé­part. Il y a mal­heu­reu­se­ment des ac­teurs pour les­quels, à la mi­nute où ils em­barquent sur le che­min de la cé­lé­bri­té et de l’ar­gent, leur image de­vient plus im­por­tante que le film. C’est dom­mage. C’est plate de voir des ac­teurs qui se contre­foutent du tra­vail d’un réa­li­sa­teur qui a pris des an­nées à mettre en marche ce pro­jet de film. Je le dé­plore et je trouve ça aber­rant. Ce n’était donc pas le cas pour Bus Pal­la­dium et ça fai­sait du bien. J’étais avec des jeunes qui étaient prêts à tout pour réus­sir ce film-là. Des jeunes très ta­len­tueux.

QUE RE­TIENS-TU DE CETTE EX­PÉ­RIENCE?

Ça m’a ap­pris beau­coup. Bus Pal­la

dium est une his­toire d’ami­tié. Ce sont deux meilleurs amis, presque des frères, unis par la mu­sique et qui sont à un mo­ment dans leur vie où ils doivent faire des choix, vieillir et de­ve­nir adultes au dé­tri­ment, ou pas, de leur pro­jet com­mun. Ce n’est pas un film sur un band, pas un por­trait de la jeu­nesse rock fran­çaise, mais une his­toire entre deux meilleurs amis. C’est ce qui m’a tou­ché.

ET TOI, TA VIE D’ADULTE, TU AS AUS­SI LES DEUX PIEDS DE­DANS?

Oui, je di­rais que j’aime ma vie d’adulte, même si j’ai l’im­pres­sion que ça fait long­temps que je suis de­dans et je me dé­bar­ras­se­rais bien des trucs tan­nants comme les im­pôts, l’hy­po­thèque, les fac­tures. Ça fait long­temps que j’ai des res­pon­sa­bi­li­tés.

L’AMI­TIÉ?

Je n’ai pas d’amis d’en­fance, mais mon ami que je connais de­puis long­temps, c’est le réa­li­sa­teur Jean-Marc Vallée avec qui je suis tou­jours en contact. Jean-Marc et moi, c’est comme si nous étions dans la même fa­mille. Mais j’ai aus­si des amis que je connais de­puis long­temps, avec eux je sais que c’est pour la vie. D’ailleurs, je suis ins­tal­lé à Mon­tréal pour pou­voir les re­trou­ver. Mon­tréal, c’est mon port d’at­tache.

PEUX-TU NOUS PAR­LER DU FILM

IN­SOUP­ÇON­NABLE?

Ce fut un tour­nage dif­fi­cile. Il fai­sait ex­trê­me­ment froid en Suisse. Ce fut très drai­nant phy­si­que­ment. C’est un film sur le­quel il y avait plein de dé­fis, un film com­pli­qué à tour­ner. Il y a plein d’af­faires qui ar­rivent, plein de fla­sh­backs. Il me fal­lait bien des repères. Ce fut dif­fi­cile phy­si­que­ment, mais fa­cile parce que l’équipe était ex­trê­me­ment agréable. Et j’ai dit oui parce que c’est un po­lar, un genre que je n’avais pas tou­ché au­pa­ra­vant. Un rythme dif­fé­rent, un film noir à l’image des an­nées 40, 50. Et ce fut un coup de coeur pour le réa­li­sa­teur qui a une qua­li­té de vul­ga­ri­sa­tion ex­cep­tion­nelle et est un très bon di­rec­teur d’ac­teurs. C’est plate, le film n’a pas eu de bonnes cri­tiques, tout comme Bus Pal­la­dium n’a pas eu un bon suc­cès. En fait, per­sonne n’est al­lé le voir. Il est sor­ti le même jour que L’Ar­na­coeur qui a connu un vif suc­cès, donc on s’est per­du là-de­dans. Je suis vrai­ment content qu’on puisse le pré­sen­ter ici à Mon­tréal. Les cri­tiques peuvent bien dire ce qu’ils veulent, moi, je sais que j’ai tour­né avec de jeunes réa­li­sa­teurs de ta­lent. Les trois films pré­sen­tés à Mon­tréal n’ont pas été fa­ciles à tour­ner, mais je suis content des ré­sul­tats.

QU’EN EST-IL DU

CA­MÉ­LÉON ?

Ça a pris deux ans et de­mi avant d’avoir l’ar­gent. J’ai re­fu­sé huit pro­jets pour tour­ner ce film-là. J’y te­nais parce que j’étais per­sua­dé que j’al­lais me pé­ter la gueule avec ce scé­na­rio-là et que c’était le der­nier film que j’al­lais tour­ner de ma vie. C’était ex­trê­me­ment com­pli­qué à jouer, parce que le per­son­nage existe vrai­ment. Il n’y avait rien de ras­su­rant dans ce film, sauf le réa­li­sa­teur, Jean-Paul Sa­lo­mé. C’est com­pli­qué parce que le per­son­nage n’est pas ai­mable et il faut que je le joue juste as­sez sym­pa­thique pour que les gens conti­nuent à le re­gar­der pen­dant une heure et de­mie. Ce fut un gros dé­fi pour moi. Le Ca­mé­léon a eu de bonnes cri­tiques et il a fait des en­trées. C’est vrai­ment un film d’au­teur qui a été bien ac­cueilli. Je pense que c’est le meilleur film de Jean-Paul Sa­lo­mé qui m’a rap­pe­lé de tou­jours avoir du plai­sir sur un pla­teau.

ET CE MÉ­TIER, TU L’AIMES?

Je l’aime, mais je suis très cri­tique de ce mé­tier. J’ai gran­di toute ma vie sur les pla­teaux de tour­nage, tu te crées des vraies fa­milles et puis, après deux mois, tout éclate. Je suis comme ça aus­si dans ma vie. Je crée des liens avec des gens pen­dant trois mois et puis après, paf, je ne les vois plus. Ça m’ar­rive. J’ai ce be­soin d’être sur un pla­teau de tour­nage. In­cons­ciem­ment, j’ai en­vie de tout sa­voir, de tout connaître de ce qu’il y a de tech­nique sur un pla­teau. C’est ce que je trouve in­té­res­sant. Ça fait 23 ans que je pra­tique ce mé­tier et c’est cette dé­cou­verte-là qui me fas­cine. Il y a tel­le­ment de ta­lents dif­fé­rents qui se cô­toient que j’ai l’im­pres­sion d’avoir un cours ac­cé­lé­ré en tout.

QU’EST-CE QUI T’AGACE DANS LE MÉ­TIER?

La seule af­faire qui me fait dé­tes­ter mon mé­tier, ce sont les ac­teurs et les ac­trices. Ce n’est pas tout le monde non plus, j’ai de bons amis aus­si dans ce groupe-là. Mais je ne sup­porte pas de ren­con­trer, sur des pla­teaux de tour­nage, des ac­teurs et des ac­trices qui ne res­pectent per­sonne, n’ap­prennent pas leurs textes, qui sont le len­de­main de brosse, dro­gués sur le pla­teau. Ils agissent en caves, parce qu’ils ne res­pectent pas le tra­vail des autres. Ton tra­vail d’ac­teur, ce n’est pas juste d’ap­prendre tes textes, c’est aus­si de com­prendre ce que le gars à la ca­mé­ra fait, ce que le gars du son fait, ce que tout le monde fait en fait. Il faut com­prendre tout ce­la pour rendre le film meilleur.

POUR­QUOI C’EST COMME ÇA?

Je ren­contre mal­heu­reu­se­ment beau­coup trop d’ac­teurs cen­trés sur eux-mêmes plu­tôt que tour­nés vers l’équipe. On

est tous dans le même ba­teau. Je pré­fère qu’on dise que Gron­din est mau­vais dans un bon film que bon dans un mau­vais film. Moi, je suis là pour le film. On est tous au­tour d’un gars qui a mis quatre ou cinq ans de sa vie dans ce pro­jet de film et il faut réus­sir le meilleur.

SUR­PRIS DU NOMBRE D’AC­TEURS QUI AGISSENT COMME CE­LA?

Non, je suis plu­tôt sur­pris de voir com­ment les pro­duc­tions dealent avec ce monde-là. Pas au Québec, car l’ac­teur qui se la pète sur le pla­teau ici, ça fait le tour as­sez vite même s’il est bien big. Il y a trop de ta­lents pour qu’il conti­nue son pe­tit jeu de star. Il va se faire vite iden­ti­fier et rat­tra­per. En France, on di­rait que les gens ac­ceptent ça. Les ac­teurs ou­blient qu’ils ont un contrat et qu’ils sont des sa­la­riés comme tout le monde. Faut juste que tu fasses ta job. Le but est de li­vrer la mar­chan­dise et de tout faire pour être en me­sure de la li­vrer par­fai­te­ment. Moi, voir un réa­li­sa­teur qui ac­cepte qu’un ac­teur ne veuille pas tour­ner de droite parce qu’il a la face dé­ca­lis­sée, ça m’écoeure, parce qu’on n’ac­cep­te­rait ja­mais qu’un ma­chi­no agisse de cette ma­nière ou sente la robine. On ne de­vrait pas ac­cep­ter ça d’un ac­teur. Je trouve donc qu’on n’en­cou­rage pas le pro­fes­sion­na­lisme. Je ne me consi­dère pas plus smat qu’un autre parce que je suis ac­teur. J’ai plus un re­gard de té­moin que d’ac­teur et hu­mai­ne­ment, ce que je vois, ça ne me plait pas. C’est dom­mage, parce que c’est l’image de ces per­sonnes-là qui est vé­hi­cu­lée et ça af­fecte mon mé­tier. C’est pour ce­la que sou­vent, je ne di­rai pas que je suis ac­teur si on ne me connait pas. Je pré­fère dire que je suis payé pour ra­con­ter des his­toires. Ça ne veut rien dire dans le fond être ac­teur.

COM­MENT VIS-TU AVEC LA MA­CHINE DE L’IN­DUS­TRIE DU CI­NÉ­MA?

Je n’em­barque pas trop là-de­dans et j’en su­bis les consé­quences. Je fais les en­tre­vues au compte-gouttes et donc je suis moins payant que si je fai­sais le front de tous les ma­ga­zines. Mais je suis bien gê­né et pas à l’aise. J’as­sume, ça fait par­tie de mon mé­tier, mais di­sons que toute la pro­mo ne me fait pas ban­der.

QUELS SONT TES AUTRES PRO­JETS?

Je m’en vais tour­ner un film à Win­ni­peg, The Goon, une grosse comédie sur le ho­ckey. Je joue un joueur étoile qui, après une mise en échec, ne score plus et là, on em­bauche un goon pour le pro­té­ger qui est joué par Shawn William Scott qui a joué dans Ame­ri­can Pie. Je me sou­mets donc à un en­trai­ne­ment in­ten­sif de ho­ckey, j’ai mal par­tout, mais c’est le fun. Je dois prendre 15 livres de masse mus­cu­laire et j’ai un coach de ho­ckey qui tra­vaille avec les joueurs de la ligue amé­ri­caine. Son nom est François Lan­dre­ville. Et comme je ne pa­tine pas très bien, je me dois de faire beau­coup d’ef­forts. Ce se­ra un au­tomne in­té­res­sant.

HEU­REUX, M. GRON­DIN ?

Ab­so­lu­ment.

√ Bus Pal­la­dium, de Jean-Paul Sa­lo­mé, se­ra à l’af­fiche le 3 sep­tembre. Marc-An­dré Gron­din par­tage l’af­fiche avec François Ci­vil et Ar­thur

Dupont dans

Bus Pal­la­dium.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.