La ren­trée

Preuve que c’est bel et bien la ren­trée : on re­com­mence à sor­tir, à ren­con­trer des gens de l’in­dus­trie, à al­ler à des dé­gus­ta­tions et à as­sis­ter à des évé­ne­ments.

Le Journal de Quebec - Weekend - - SAVEURS -

Bref, à se re­plon­ger dans le tra­vail, à re­voir des têtes qu’on n’avait pas vues de l’été et qu’on cô­toie à nou­veau avec le même plai­sir (ou dé­plai­sir, hé­las, c’est vrai aus­si par­fois) que l’éco­lier que nous fûmes un jour avait à re­trou­ver les an­ciens et à se ques­tion­ner sur quelques nou­veaux vi­sages.

Après avoir pas­sé un été, donc, à dé­gus­ter à mon rythme, c’est-à-dire al­lè­gre­ment quand même, ma non trop­po comme ils disent en mu­sique, dé­jà la se­maine der­nière j’ai dû aug­men­ter le tem­po d’un cran. Mais bon, on est là pour ça.

Ce­la dit, les va­cances ont été aus­si en­ta­chées par quelques mau­vaises nou­velles. Ain­si, à mon re­tour à Mon­tréal, j’ai ap­pris avec une grande tris­tesse le dé­cès de Na­ta­lia Mon­ta­ru­li, qui di­ri­geait l’agence Mon­tal­vin.

Je connais­sais Na­ta­lia de­puis pra­ti­que­ment vingt-cinq ans, c’est-à-dire de­puis le mo­ment où j’ai com­men­cé à écrire cette chro­nique, alors qu’elle-même com­men­çait tout juste à tra­vailler aux cô­tés de son père qui avait fon­dé cette agence en 1969.

Grâce à elle, plu­sieurs grands noms de la vi­ti­cul­ture ita­lienne font dé­sor­mais par­tie de notre pay­sage quo­ti­dien d’ama­teurs de vin ( Ma­cu­lan, An­sel­mi, Fon­to­di, Isole e Ole­na, Ca­par­zo, Pio Ce­sare, Uma­ni Ron­chi…).

À 46 ans, elle est par­tie beau­coup trop tôt. Mes condo­léances à toute sa fa­mille.

Et j’ai aus­si ap­pris cette nou­velle qui m’a je­té com­plè­te­ment en bas de ma chaise, mais peut-être la sa­viez-vous dé­jà?

Mo­re­no Di Marchi, qui était l’âme et l’ani­ma­teur de gé­nie de son res­tau­rant, Le La­ti­ni, n’y est plus.

Une his­toire de contrat avec son par­te­naire d’af­faires qui a fi­na­le­ment ra­che­té ses parts. Bref, Mo­re­no est par­ti.

Pas­sion­né de cui­sine mais aus­si de vin, il était dé­jà im­pli­qué jus­qu’aux oreilles dans l’im­por­ta­tion de vin et j’ima­gine qu’on le re­ver­ra très bien­tôt pro­fi­ter de cette autre corde à son arc.

BLANCS

Comme je le di­sais, les dé­gus­ta­tions ont re­com­men­cé et j’ai, cette se­maine, une bonne liste de vins à vous pro­po­ser. √ Or­ma­rine 2009, Pic­poul de Pi­net, Co­teaux du Lan­gue­doc, Jeanjean (12,40 $) : ce vin d’ha­bi­tude vif et ner­veux a, dans ce millésime, une ron­deur, un moel­leux qui ne lui est pas cou­tu­mier. C’est que 2009 a été un millésime de sé­che­resse dans le Lan­gue­doc et beau­coup de rai­sins ont été cueillis en sur­ma­tu­ri­té, ap­por­tant donc ce cô­té moel­leux à un vin comme ce­lui-ci. Qui par ailleurs n’est pas dé­nué de fraî­cheur et qui, outre les co­quillages dont il est tra­di­tion­nel­le­ment le grand com­pa­gnon, pour­ra s’aven­tu­rer ai­sé­ment avec des pois­sons en sauce. Monte Ce­ria­ni 2008, Soave, Te­nu­ta Sant’An­to­nio (18,70 $) : très flo­ral au nez, la bouche est im­pec­cable de fraî­cheur et de droi­ture; le vin a du corps mais il fait aus­si montre de fi­nesse. Un soave sé­rieux et dé­li­cieux. Sau­vi­gnon Blanc Heitz Cel­lar 2009, Na­pa Val­ley (29 $) : at­ten­tion, ce vin est of­fert uni­que­ment via les achats en ligne du Cour­rier vi­ni­cole ex­press sur la Ca­li­for­nie. Il faut être membre du Cour­rier vi­ni­cole pour faire les achats (l’ins­crip­tion est gra­tuite sur www.saq.com) mais on peut consul­ter quand même le ca­ta­logue à l’adresse sui­vante : http://pu­bli­ca­tions.saq.com/doc/Cour­rier­Vi­ni­cole/cv _ex­press_­fr. On a af­faire ici à une ex­pres­sion très fine de ce cé­page au par­fum trop sou­vent en­va­his­sant et her­ba­cé. On fait dans la den­telle et l’élé­gance et l’en­semble est par­ti­cu­liè­re­ment har­mo­nieux. Très réus­si.

ROUGES

√ Shi­raz Ro­se­mount 2008, South Eas­tern

Aus­tra­lia (16,95 $) : gé­né­reux et gour­mand, un peu jouf­flu peut-être, plu­tôt cor­sé éga­le­ment, mais très agréable. Mor­gon Les Charmes 2009, Louis Tête (16,55 $) : sauf er­reur, c’est le mor­gon le moins cher de tous ceux of­ferts à la SAQ pré­sen­te­ment, mais sû­re­ment pas le moins in­té­res­sant. C’est un beau­jo­lais franc et ex­pres­sif, qui a plus de corps que la fa­ci­li­té et le plai­sir qu’on a à le boire le laissent croire.

Pi­not Noir Wai­mea 2009, Nel­son, Nou

velle-Zé­lande (22,10 $) : un pi­not noir re­la­ti­ve­ment puis­sant, plu­tôt cor­sé, avec des notes d’épices et même de poivre, et aus­si un brin de vé­gé­tal, mais rien de dé­ran­geant et, par ailleurs, bien ty­pé pi­not noir. Sur des bro­chettes de pou­let bar­be­cue.

Mercurey 2007, Mi­chel Ju­liot (24,30 $) : mais en ma­tière de pi­not noir, on monte d’une coche en qua­li­té avec ce bourgogne qui a du corps, lui aus­si, de la struc­ture, et dont le ta­bleau d’en­semble est d’une grande net­te­té. Comme quoi, en ma­tière de pi­not noir, non seule­ment les bour­gui­gnons sont tou­jours là, mais en plus, même en ma­tière de prix, ils sont ca­pables de ri­va­li­ser avec jus­te­ment des pays comme la Nou­velle-Zé­lande.

Gi­vry Le Pied du Clou 2008, François

Lump (37,50 $) : ou alors, pour res­ter sur la côte cha­lon­naise, on monte en­core plus haut en qua­li­té avec ce pi­not noir dé­li­cat et ci­se­lé, dans un re­gistre où la fi­nesse et l’élé­gance l’em­portent sur la puis­sance brute. Sur un simple pou­let rô­ti, c’est un fes­tin. À pro­pos, ça me fait pen­ser à l’anec­dote sui­vante. On avait po­sé un jour la ques­tion ci-après à un grand chef fran­çais : quand vous vou­lez vous faire plai­sir, que man­gez-vous? Un pou­let rô­ti, avait-il ré­pon­du.

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