Stéphane Rous­seau se confesse et fait un pied de nez a la mort

Le Journal de Quebec - Weekend - - LA UNE - Mi­chelle Coudé-Lord MCLORD@JOUR­NALMTL.COM

MON­TRÉAL | Le 26 oc­tobre,Stéphane Rous­seau, 44 ans, prend d’as­saut le théâtre Pa­lace à Paris, une salle de plus de 900 places pour 52 soirs d’af­fi­lée, avec son nou­veau show sous le titre Les confes­sions de Rous­seau. Peu d’ar­tistes qué­bé­cois peuvent se payer un tel luxe. Ce spec­tacle est le plus in­ti­miste de sa car­rière. L’été pro­chain, au Québec, l’hu­mo­riste se­ra l’une des stars du Fes­ti­val Juste pour rire.

Il a tes­té le pu­blic qué­bé­cois à SaintSau­veur, le temps de quelques spec­tacles, juste avant de par­tir pour Paris, et si on se fie à ses dires, les re­trou­vailles furent belles et bonnes.

« Je lance le spec­tacle en France parce que là-bas, c’est plus fra­gile qu’ici. Mes bases sont plus so­lides au Québec. Et ça m’a pris tel­le­ment un tra­vail achar­né en France pour réus­sir ce pa­ri, d’au moins dix ans, je di­rais, et ça fait trois ans que ça marche très bien. Au fond, c’est comme si un hu­mo­riste fran­çais vou­lait s’éta­blir ici, il lui fau­drait mettre du temps. Tu dois vrai­ment mettre ton égo de cô­té et ac­cep­ter d’être le pe­tit nou­veau qui doit tout re­com­men­cer », confie en en­tre­vue au

Jour­nal un Stéphane Rous­seau plus ma­ture que ja­mais.

Il le faut, car son spec­tacle l’a for­cé à faire un grand voyage sur les traces de l’homme qu’il est.

SE CONFES­SER

Il l’avoue, dans ce cin­quième spec­tacle so­lo, il va loin, très loin.

« Je ne di­rai pas que c’est le spec­tacle de la ma­tu­ri­té, car je ne se­rai ja­mais ma­ture com­plè­te­ment... Je suis au fond un grand ado. Le pe­tit gar­çon est tou­jours pré­sent. Le der­nier spec­tacle sur la psy­cha­na­lyse était un pas dans ce sens-là. Mais au­jourd’hui, dans ce spec­tacle-ci, je vais beau­coup plus loin. »

Pour­quoi s’em­bar­quer dans une telle dé­marche?

« C’est une fa­çon pour moi de ré­gler des comptes avec moi-même, de faire mon deuil de cer­taines choses. Et comme ma vie est ponc­tuée de mo­ments à la fois co­casses et dra­ma­tiques, je m’en ins­pire dans mon écri­ture. J’ai un peu de dif­fi­cul­té à al­ler vers les autres pour écrire, donc je m’ins­pire de moi-même. »

Et lorsque Stéphane Rous­seau écrit sur sa vie, il a un tête-à-tête avec la mort. Il a per­du sa mère lors­qu’il avait 12 ans, elle avait à peine 52 ans. Puis, il y a eu son père dé­cé­dé il y a sept ans, à l’âge de 72 ans, et tout ré­cem­ment sa soeur, d’un dur can­cer qui s’est pro­pa­gé au cer­veau. Elle avait à peine 48 ans. Ré­cem­ment, il a an­non­cé être le nou­veau porte-pa­role de la So­cié­té de re­cherche sur le can­cer.

RIRE DE LA MORT

La mort est donc un su­jet de son spec­tacle et de ses confes­sions...

« C’était in­dis­so­ciable. Ca fait par­tie de ma vie et c’est un su­jet uni­ver­sel. La mort parle à tout le monde. La mort est une com­pagne de vie pour moi. Bien sûr qu’elle fait peur... mais plus j’en parle, plus j’ai l’im­pres­sion de m’en éloi­gner. Je me rends bien compte qu’on ne tient pas à grand chose. Mais en même temps, on sait bien que c’est ça le dé­noue­ment de la vie. Qu’on n’a pas le choix... on va tous y pas­ser. Donc, aus­si bien l’af­fron­ter et même en rire », ex­prime avec une vé­ri­té dans les pro­pos un Stéphane Rous­seau qu’on a vu ra­re­ment être aus­si bien dans sa peau.

Il a donc dé­ci­dé d’en rire en­core plus... d’y faire un pied de nez.

« C’est un spec­tacle très li­bé­ra­teur. On rit beau­coup. D’ailleurs, le pas­sage du spec­tacle sur la mort est un des mo­ments les plus drôles. Qui n’a pas ri au sa­lon mortuaire? Par ner­vo­si­té, pour ou­blier... je ne le sais pas. Vous sa­vez ce fou rire qui ar­rache des larmes. Mon père était le cham­pion des blagues quand ce n’était pas le temps. »

Il avoue que ses pro­duc­teurs fran­çais ont dou­té de ce nu­mé­ro sur la mort : « Le su­jet est plus ta­bou en France, mais après avoir vu le pu­blic ré­agir en spec­tacle, ils m’ont don­né rai­son. C’est l’un des nu­mé­ros les plus au­da­cieux, dont les gens me parlent le plus », pré­cise Stéphane Rous­seau.

Ne cher­chez pas son Ri­co le La­ti­no, son Scott To­well et sa Ma­dame Jig­ger... il a don­né congé à ces per­son­nages.

« J’ai vou­lu prendre des risques. Ce spec­tacle est au­to­bio­gra­phique. Je passe de la mort de mon père à la nais­sance pré­ma­tu­rée de mon fils Axel qui, au­jourd’hui à 21 mois, est très en san­té heu­reu­se­ment, en pas­sant par mon goût pour la mode, mes mau­vais coups de jeu­nesse et mon nu­disme... que je fai­sais en fa­mille à 12 ans. C’est li­bé­ra­teur par­ler de tout ce­la et, en plus, j’ai du fun comme un fou », conclut ce­lui qui se dé­crit avant tout comme un « en­ter­tai­ner, un vrai ra­con­teur d’his­toires. »

PHOTO JO­CE­LYN MALETTE

STÉPHANE ROUS­SEAU

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