Comme si John était là...

Jack Dou­glas en est per­sua­dé : de l’au-de­là, John Len­non l’as­sis­tait pen­dant qu’il concoc­tait une nou­velle ver­sion de l’al­bum Double Fan­ta­sy, l’une des nom­breuses oeuvres de l’ex-Beatles qui ont été re­mises au goût du jour pour cé­lé­brer ce qui au­rait été

Le Journal de Quebec - Weekend - - MUSIQUE -

« C’est étrange, mais j’avais vrai­ment hâte de tra­vailler avec lui de nou­veau. Je me sen­tais bien d’être en sa pré­sence. Au dé­part, il était comme un fan­tôme, mais plus tard dans le pro­ces­sus, il est de­ve­nu un par­ti­ci­pant. Il me don­nait des in­dices sur ce que je de­vais mettre sur les pistes », a dit, dans un en­tre­tien ac­cor­dé au Jour­nal de Québec, ce­lui qui avait co­pro­duit, avec Yoko Ono, la pre­mière ver­sion de l’al­bum lan­cée en no­vembre 1980, quelques se­maines avant la mort de Len­non.

Pour mar­quer les 70 ans du cé­lèbre mu­si­cien an­glais, Yoko Ono et la com­pa­gnie EMI font les choses en grand : le 5 oc­tobre, se­ront mis en vente un boî­tier com­pre­nant une ré­édi­tion de tous les al­bums so­lo de Len­non ain­si que des chan­sons in­édites, un cof­fret de quatre al­bums thé­ma­tiques bap­ti­sé Gimme

Some Truth, de même qu’une com­pi­la­tion de quinze de ses suc­cès, Po­wer to

the People : The Hits. Si les al­bums ont tous été re­nu­mé­ri­sés,

Double Fan­ta­sy a pour sa part car­ré­ment été re­tra­vaillé pour en ti­rer une ver­sion plus in­time, ap­pe­lé Strip­ped

Down.

« Pour Double Fan­ta­sy, Yoko vou­lait que je fasse quelque chose de com­plè­te­ment dif­fé­rent. Mais nous ne sa­vions pas quoi. Nous ne pou­vions pas en faire une

ver­sion un­plug­ged. Mais on pou­vait re­ve­nir aux pistes de base et les rendre très in­times. Cet al­bum a été réa­li­sé pour être une pièce de théâtre entre un homme et une femme que l’au­di­teur re­gar­dait. Je me suis dit : pour­quoi ne pas en­ga­ger l’au­di­teur comme s’il fai­sait par­tie de la pièce? », ex­plique Jack Dou­glas.

« Je crois, en­chaîne-t-il, qu’en l’écou­tant de cette fa­çon, ses fans sen­ti­ront que John les ver­ra à la mai­son. Pour les jeunes qui ne le connaissent pas vrai­ment, ce se­ra une nou­velle ex­pé­rience, puisque c’est une pro­duc­tion très contem­po­raine. »

Pro­duc­teur ré­pu­té pour son tra­vail avec Ae­ros­mith, The Who, Blue Öys­ter Cult et, plus ré­cem­ment, avec Slash, Jack Dou­glas a connu Len­non du­rant l’en­re­gis­tre­ment de l’al­bum Ima­gine.

« J’étais un des in­gé­nieurs, se rap­pel­let-il. Après une se­maine à tra­vailler à l’édi­tion de deux pistes, il est ve­nu fu­mer une ci­ga­rette dans la pièce où je me trou­vais. J’étais très ner­veux, car j’étais un grand fan des Beatles et de John en par­ti­cu­lier. »

Pour en­ga­ger la conver­sa­tion, Dou­glas lui a ra­con­té avoir fait la une d’un jour­nal de Li­ver­pool parce que l’im­mi­gra­tion an­glaise lui avait in­ter­dit l’ac­cès au pays.

« C’était le même jour que le lan­ce­ment de l’al­bum Rub­ber Soul. Il s’en rap­pe­lait et m’a lan­cé : c’était toi, ce Yan­kee com­plè­te­ment dé­bile. Nous sommes de­ve­nus amis im­mé­dia­te­ment. Il m’a pré­sen­té à Yoko et nous avons com­men­cé à sor­tir en­semble. J’ai aus­si com­men­cé à tra­vailler avec Yoko. »

CONVER­SA­TION MAR­QUANTE

Dou­glas a aus­si en­core en mé­moire une conver­sa­tion dans un res­tau­rant de New York avec Len­non, qu’il avait per­du de vue pen­dant la pause de cinq ans que l’ex-Beatles a ob­ser­vée de 1975 à 1980, pour prendre soin de sa fa­mille après avoir me­né une vie de dé­bauche à Los An­geles.

« Il re­ve­nait d’un cours de na­ta­tion avec son fils Sean. Il m’a aper­çu et est ve­nu s’as­seoir avec moi pour me par­ler, me fé­li­ci­tant pour mes suc­cès comme pro­duc­teur. Ce qui m’avait le plus éton­né, c’est à quel point il avait chan­gé. Il avait mû­ri, ses dé­mons l’avaient quit­té et il était vrai­ment en amour avec la vie. Il m’avait don­né son nu­mé­ro de té­lé­phone pri­vé en me de­man­dant de l’ap­pe­ler. Je ne l’ai ja­mais fait. La der­nière chose dont ce gars avait be­soin, c’était de se faire acha­ler par un gars de l’in­dus­trie. Un an plus tard, il m’a ap­pe­lé pour que je co­pro­duise Double Fan­ta­sy. »

Cé­dric Bé­lan­ger CEDRIC.BE­LAN­GER@JOUR­NAL­DE­QUE­BEC.COM

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