Écrire en fran­çais, POUR­QUOI PAS?»

Pen­dant que les es­prits s’échauffent à pro­pos de la der­nière édi­tion du ma­ga­zine McLean’s, un an­glo­phone de Mon­tréal pro­clame sa joie d’écrire des chan­sons en fran­çais et pré­dit que plu­sieurs autres dis­ciples de Sha­keas­peare sui­vront ses traces à l’ave­nir

Le Journal de Quebec - Weekend - - MUSIQUE - Cé­dric Bé­lan­ger Le Jour­nal de Québec

Paul Car­gnel­lo vient de mettre sur le mar­ché La course des loups, son troi­sième al­bum d’af­fi­lée à conte­nir plus de pièces en fran­çais qu’en an­glais.

« Tu ver­ras beau­coup plus d’an­glo­phones comme moi qui écri­ront en fran­çais. C’est en train de chan­ger. Tho­mas Hell­man et Da­mien Ro­bi­taille ne sont pas d’énormes ve­dettes, mais ce sont des an­glo­phones qui ont choi­si d’écrire en fran­çais. C’est quelque chose qui in­fluen­ce­ra la pro­chaine gé­né­ra­tion », lance le sym­pa­thique au­teur-com­po­si­teur et in­ter­prète.

Voi­là une ten­dance qui ré­joui­ra bien des dé­fen­seurs d’une langue que de plus en plus de fran­co­phones mettent au ran­cart pour ten­ter leur chance en an­glais. Paul Car­gnel­lo, lui, a choi­si le che­min in­verse.

« Dans la vie en règle gé­né­rale, je suis très à contre-cou­rant, ri­gole-t-il. Je pense que s’il y a une mo­ti­va­tion po­li­ti­sée der­rière ça, c’est da­van­tage pour ta­qui­ner les an­glo­phones. Si on est ca­pables d’écrire en fran­çais, pour­quoi pas? Je ne com­prends pas l’in­dus­trie au Québec non plus. Les pal­ma­rès sont sé­pa­rés en deux. À Mon­tréal, il y a deux langues, deux cultures, par­fois trois, mais on est tou­jours en train de se chi­ca­ner et de dis­cu­ter de la pro­tec­tion d’une langue ou de l’autre. On de­vrait être contents. C’est une grande ri­chesse qu’on a », dit ce­lui qui « es­père que per­sonne ne se­ra fâ­ché si je sors un al­bum en an­glais ».

« Mon but est de faire des trucs des fois fran­çais, des fois an­glais, des fois bi­lingues. »

LES LOUPS CA­PI­TA­LISTES

Trêve de consi­dé­ra­tions lin­guis­tiques et par­lons de cette course de loups, dont ont dé­jà été ex­traits quatre vi­déo­clips pour les pièces Plus rien, La vé­ri­té n’existe plus, Cor­beau & cygne et Ri­pley’s in the North. Le titre, ex­plique Car­gnel­lo, fait ré­fé­rence à une ci­ta­tion de Che Gue­ra­va.

« Les loups, ce sont les gens qui gagnent leur vie sur le dos des autres. Ça dé­crit bien le sys­tème ca­pi­ta­liste. Ça me rap­pelle une conver­sa­tion que j’ai eue avec un ami qui est sans-abri et qui me par­lait de la dif­fi­cul­té de trou­ver un amou­reux. J’ai réa­li­sé la pro­fon­deur et l’im­pact de la pau­vre­té. L’un des buts dans ma car­rière est de faire le lien entre la per­sonne et la so­cié­té, de trou­ver la ba­lance entre le quo­ti­dien et la vie en so­cié­té. Je crois l’avoir trou­vée avec cette phrase. C’est un al­bum d’amour d’une époque ca­pi­ta­liste. »

ÉCLEC­TIQUE

Mu­si­ca­le­ment, Paul Car­gnel­lo re­ven­dique des in­fluences va­riées sur cet al­bum qu’il a vou­lu éclec­tique comme ja­mais. Çà et là, on en­tend un peu de rock, du punk, du reg­gae, du R&B.

« Au dé­but de ma car­rière, beau­coup de cri­tiques né­ga­tives di­saient que je ne com­pre­nais pas quelle di­rec­tion de­vait prendre ma mu­sique. Mais mes in­té­rêts sont tel­le­ment éclec­tiques. Si les gens veulent un al­bum rock et en­tendre Ni­ckel­back tout le long, ça ne mar­che­ra pas avec moi. Oui, c’est un al­bum rock, mais je suis au­tant in­fluen­cé par Al Green que les Clash. Je pense qu’avec tous mes al­bums, j’es­saie de trou­ver le pont entre toutes mes in­fluences mu­si­cales et d’ame­ner une mo­der­ni­té aux mu­siques roots. »

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.