Dis­tin­guer le vrai du faux

Al­bum qui se veut au pre­mier chef un re­tour à un son élec­tro après l’ex­plo­ra­tion acous­tique de Coeurs, en 2007, Le vrai le faux est aus­si le re­gard que pose Jé­rôme Mi­nière sur la place gran­dis­sante que prend la fic­tion dans notre quo­ti­dien du XXIe siècle.

Le Journal de Quebec - Weekend - - MUSIQUE - Cé­dric Bé­lan­ger CEDRIC.BE­LAN­GER@JOUR­NAL­DE­QUE­BEC.COM

Qu’est-ce qui est vrai? Qu’est-ce qui est faux? Sem­pi­ter­nelle in­ter­ro­ga­tion pour tout ha­bi­tant de cette pla­nète 2.0 et trame de fond de ce nou­vel al­bum du sym­pa­thique Fran­çais de­ve­nu Qué­bé­cois.

« Comme lec­teur, té­lé­spec­ta­teur et au­di­teur, j’ai tou­jours ai­mé qu’on me ra­conte des his­toires ou en ra­con­ter », sou­met d’en­trée de jeu Mi­nière, ajou­tant que « de­puis 2000 ou même le 11 sep­tembre, c’est frap­pant à quel point les his­toires ont un pou­voir. »

« Par­fois, j’ai l’im­pres­sion que la fic­tion se glisse dans la réa­li­té. Pre­nons la guerre en Irak. Pour par­tir en guerre, on n’a pas mis en avant des faits ra­tion­nels, mais plu­tôt un scé­na­rio de film. C’est émo­tion­nel, on est pris par les tripes et on suit. Ça peut être aus­si pour vendre une voi­ture, un par­ti po­li­tique ou en­core moi-même pour vendre mon disque », dit-il.

« Je crois que c’est très hu­main, tem­po­rise l’ar­tiste. De tout temps, on a ado­ré se ra­con­ter des his­toires entre nous. Ça de­vait être pa­reil dans les grottes. On se ra­con­tait des af­faires de mam­mouth. C’est tou­jours res­té. Il y a quelque chose de ma­gique là-de­dans. »

Il y a les his­toires des autres donc, mais aus­si celles de Jé­rôme Mi­nière, grâce aux­quelles on a ac­cès à ce qui trotte dans la tête de ce grand in­tro­ver­ti.

« Il y a une di­men­sion plus per­son­nelle où un gars comme moi, qui est plu­tôt ti­mide, pré­fère sou­vent se ca­cher der­rière des his­toires, des concepts. Mais ce qui est mar­rant, c’est que je donne plus de moi-même, que je suis plus vrai, quand je ra­conte des his­toires. »

MOINS DE BRAS­SENS, PLUS DE CONCI­SION

Le vrai le faux est aus­si l’oc­ca­sion pour Mi­nière de re­nouer avec des so­no­ri­tés élec­tro­niques.

« À la fin de Coeurs, j’ai beau­coup joué hors format, par­fois seul à la gui­tare. Il y avait un pe­tit ar­rière-goût de Georges Bras­sens et je me di­sais que j’avais peut-être exa­gé­ré. Ce­la dit, avec tout mon res­pect pour Bras­sens, que j’aime beau­coup. Mais j’avais le goût de re­ve­nir à quelque chose d’un peu plus ryth­mé. » De même qu’à des struc­tures plus simples, comme on le constate à l’écoute de la pièce-titre ou du pre­mier ex­trait, Dans ton

oreille.

« Mu­si­ca­le­ment, je ré­agis ha­bi­tuel­le­ment à

l’al­bum pré­cé­dent et sur Coeurs, il y avait beau­coup d’ar­ran­ge­ments com­plexes, avec des cordes, vio­lons, vio­lon­celles, des cuivres et tout ça. Là, je vou­lais faire un truc plus ra­mas­sé et aus­si plus concis, ce qui n’est pas tou­jours mon point fort (rires). »

Même s’il a bri­co­lé lui-même ses mé­lo­dies, l’au­teur-com­po­si­teur et in­ter­prète a fait ap­pel à de vieux com­pa­gnons mu­si­ciens, De­nis Fer­land et Jo­sé Ma­jor. Il a aus­si ob­te­nu la col­la­bo­ra­tion de Bia (pour la pièce Avril), Ngâ­bo ( Les dé­cors) et Al­bin de la Si­mone (Une chan­son toute nue).

DES CLIPS SUR LE WEB

La sor­tie de l’al­bum, mar­di, a de plus été pré­cé­dée par la pu­bli­ca­tion heb­do­ma­daire sur le site Web de l’ar­tiste d’une sé­rie de quinze clips. Sur un ton hu­mo­ris­tique, Jé­rôme Mi­nière fait état de ses pré­oc­cu­pa­tions face à une in­dus­trie du disque en mu­ta­tion et de ses re­cherches de so­lu­tions. Il pro­pose no­tam­ment de confier en sous-trai­tance la com­po­si­tion des chan­sons à la Chine.

« Il y a un an, comme tout le monde, je voyais que tout chan­geait. Je me de­man­dais si ce se­rait mon der­nier al­bum phy­sique. J’ai fait plein de re­cherches sur In­ter­net. Je cher­chais une for­mule pour faire quelque chose de par­ti­cu­lier avec la sor­tie de l’al­bum. Au bout de trois mois, je ne trou­vais rien. J’ai pré­sen­té ça à ma com­pa­gnie. En leur ra­con­tant, je me suis ren­du compte que c’était ça le su­jet : un gars qui cherche par tous les moyens à ti­rer son épingle du jeu, à trou­ver une for­mule pour que ça fonc­tionne et c’est un peu pa­thé­tique. »

Du coup, Mi­nière ve­nait de trou­ver une fa­çon ori­gi­nale de pro­mou­voir son al­bum. Le tour était joué.

PHOTO COUR­TOI­SIE

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