« LES ANI­MAUX M’ONT AP­PRIS L’APAI­SE­MENT»

« Je peux le dire avec cer­ti­tude : si je n’avais pas eu les ani­maux au­tour de moi, c’est évident qu’au­jourd’hui, je ne se­rais pas là. Je me se­rais as­sez « ma­gan­né la cor­po­ra­tion » pour ne plus être là. Les ani­maux m’ont ap­pris l’apai­se­ment, la dou­ceur de

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES - Marie-France Bor­nais

Vic­tor-Lé­vy Beau­lieu, à la fois écri­vain, éditeur, dra­ma­turge et au­teur de té­lé­ro­mans à suc­cès, n’y va pas par quatre che­mins quand il est ap­pe­lé à dire ce que les ani­maux de son arche de Noé, sa pe­tite ferme de Trois-Pis­toles, dans le Bas-Saint-Laurent, ont chan­gé à sa vie.

Avec des mots em­preints d’amour et d’hu­mi­li­té, sans amertume au­cune, il dé­crit, dans

Ma vie avec ces ani­maux qui gué­rissent, son en­fance et la vie cham­pêtre, à la fois calme et exi­geante, qui le tient bien an­cré dans la réa­li­té, alerte, en phase avec la na­ture et le cycle des sai­sons. Ses chèvres, ses oies, ses chats, ses chiens et ses mou­tons ont rem­pla­cé l’al­cool pour lui ap­por­ter paix, calme et sou­la­ge­ment.

Quand il a ces­sé de boire, les mé­de­cins de la cli­nique Nou­veau Dé­part, à Mon­tréal, étaient scep­tiques quant aux ef­fets de son re­tour à Trois-Pis­toles, où il al­lait se re­trou­ver tout seul. Ils s’at­ten­daient à ce qu’il re­vienne moins d’un mois plus tard, à cause de la so­li­tude, de l’iso­le­ment et du manque.

Sur sa ferme, non loin du fleuve, VLB a trou­vé com­ment ré­agir po­si­ti­ve­ment aux mo­ments dif­fi­ciles. « Quand tu vis à la cam­pagne, où il y a moins de places où tu peux al­ler pour so­cia­li­ser, c’est cer­tain que tu te re­trouves un soir en te di­sant, un scotch, ça se­rait bon... Moi quand ça se pas­sait, je m’en al­lais dans ma grange. J’avais mis une chaise ber­çante au mi­lieu de mes ani­maux et je res­tais là. Par­fois, je re­laxais tel­le­ment que le buzz par­tait. »

DIS­CI­PLINE DE VIE

VLB consi­dère que la chose la plus dif­fi­cile à ac­com­plir pour les gens qui ar­rêtent de consom­mer, c’est de ré­in­té­grer une cer­taine dis­ci­pline dans leur vie. « Quand tu as des ani­maux, que tu sois en forme ou pas, tu te lèves et tu vas les soi­gner. Même si tu n’as pas le goût, tu y vas quand même », com­mente-t-il sa­ge­ment. Au fil des pages, Ma vie avec ces ani­maux

qui gué­rissent rend hom­mage à tous ces ani­maux qui ont mé­ta­mor­pho­sé son mode de vie. L’au­teur par­tage des mo­ments de sa vie, mais aus­si ceux de l’ex­tra­or­di­naire ménagerie qui anime son quo­ti­dien. Entre le bouc Will Sha­kes­peare et Bous­cotte, le pe­tit veau de­ve­nu boeuf, Vic­tor-Lé­vy Beau­lieu ra­conte com­ment la chienne à queue cou­pée Ti­fille a al­lai­té un cha­ton, com­ment il a « ra­man­ché » un agneau boi­teux, com­ment il a convain­cu ses oies de sor­tir de sa mai­son, qu’elles ne vou­laient plus quit­ter.

CORDE SEN­SIBLE

L’ac­cueil ré­ser­vé à Ma vie avec ces ani

maux qui gué­rissent dé­montre à quel point le su­jet a tou­ché une corde sen­sible chez les lecteurs. « C’est pro­ba­ble­ment le livre pour le­quel j’ai re­çu le plus de com­men­taires. Plein de gens m’écrivent de l’Abi­ti­bi, des Can­tons de l’Est, de Mon­tréal, par cour­riel ou par la poste. Je mar­chais sur la rue On­ta­rio à Mon­tréal et à cinq mi­nutes d’in­ter­valle, deux voi­tures se sont ar­rê­tées et les gens me di­saient qu’ils étaient en train de livre mon livre et qu’ils ai­maient ça. Ça ne m’est ja­mais ar­ri­vé en car­rière. C’est quand même un signe que ce livre cor­res­pond à quelque chose qui est utile. »

Vic­tor-Lé­vy Beau­lieu croit pro­fon­dé­ment aux ver­tus de la zoo­thé­ra­pie, qu’il sou­hai­te­rait voir ap­pli­quées tant au monde des en­fants, qui vivent de plus en plus éloi­gnés de la na­ture, à son avis, qu’à ce­lui des per­sonnes âgées, qu’on coupe de la « vraie vie » en les en­fer­mant dans des vil­las qui lui font pen­ser à des mou­roirs.

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