DES AR­TISTES AU SER­VICE DE LA POÉ­SIE

MON­TRÉAL | Judith Bérard parle « d’un hom­mage à Mon­sieur Az­na­vour dans la bouche des jeunes d’au­jourd’hui », alors que Fré­dé­rick DeG­rand­pré voit le spec­tacle comme un nou­veau re­gard sur « l’oeuvre d’un monstre sa­cré ». Tous deux s’en­tendent sur une chose:

Le Journal de Quebec - Weekend - - MUSIQUE - Da­ny Bou­chard DBOU­CHARD@JOUR­NALMTL.COM

« C’est le der­nier croo­ner vi­vant sur terre », ré­pète Judith Bérard.

Il y a peu de temps, la troupe de la comédie mu­si­cale a ap­pris que Charles Az­na­vour se­rait pré­sent à la pre­mière du spec­tacle, ce mer­cre­di.

« J’ai eu un pe­tit fris­son, ad­met Fré­dé­rick De Grand­pré en riant. On le fait avec tel­le­ment de res­pect; je pense qu’il va com­prendre notre dé­marche et la troupe est très ta­len­tueuse. »

Judith Bérard a dé­jà chan­té de­vant Charles Az­na­vour une seule fois, du­rant une émis­sion à la ra­dio de Ra­dio-Ca­na­da, il y a quelques mois à peine.

De son propre aveu, la ren­contre fut quelque peu ten­due, bien que M. Az­na-Az­na­vour l’ait fé­li­ci­té pour sa pres­ta­tion.

« J’ap­pré­hende beau­coup sa ve­nue », confie-t-elle, ner­veuse à l’idée de chan­ter ses textes de­vant un si grand ar­tiste.

UNE ÉQUIPE SOU­DÉE

La troupe de la comédie mu­si­cale Je

m’voyais dé­jà compte sur le ta­lent de sept co­mé­diens-chan­teurs: Judith Bérard, Fré­dé­rick De Grand­pré, Sa­rah Da­ge­nais Ha­kim, Martin Rouette, Élise Cor­mier, Hu­go La­pierre et Jean-François Pou­lin.

« Chaque soir, on fait un cercle d’éner­gie et on se re­centre sur l’en­ti­té qu’est le spec­tacle, ra­conte Judith Bérard. On vit un grand mo­ment de res­pect. »

À pro­pos des liens qui unissent la troupe, Judith Bérard parle de quelque chose de très fort. « C’est ex­tra­or­di­naire. On peut par­ler de magie. Il fau­drait re­mer­cier les gens qui nous ont choi­sis en cas­ting, ils ont vu loin », dit-elle.

« Il y a plein de res­pect, de gé­né­ro­si­té, ajoute Fré­dé­rick De Grand­pré. On se par­tage les idées. On est très sou­dés et ça ne peut faire qu’un meilleur spec­tacle. »

« Ce qui m’a flab­ber­gas­tée, c’est leur as­su­rance, dit Judith Bérard à pro­pos de ses col­lègues plus jeunes. Leur vo­lon­té, leur­leur vé­hé­mence et leur cou­rage de mettre en doute cer­taines choses; les jeunes ont sou­vent en­vie de dire ce qu’ils pensent. »

Dans Je m’voyais dé­jà, Judith Bérard est Fran­ces­ca, une femme qui aide de jeunes ar­tistes à mon­ter un spec­tacle, elle qui les a pour­tant ex­clus lors d’une pré­cé­dente au­di­tion.

« Je n’ai pas le rôle prin­ci­pal. J’ai le rôle pi­vot de la pièce, qui fait que chaque être trouve sa route », nuance-t-elle.

Le spec­tacle ra­conte une his­toire en se ser­vant de dif­fé­rentes chan­sons de Charles Az­na­vour (plus d’une qua­ran­taine), tan­tôt chan­tées, tan­tôt ré­ci­tées, en tout ou en par­tie.

« Dans du Charles Az­na­vour, chaque mot à un poids. C’est comme une pe­tite nou­velle. Ça nous a de­man­dé beau­coup de tra­vail, confie Judith Bérard.

« Alain Sachs (le met­teur en scène) m’a dit de ne pas chan­ter et je me suis de­man­dé ce que j’al­lais faire. J’ai été ter­ro­ri­sée et j’ai pas­sé une pé­riode dif­fi­cile », ad­met-elle.

« ON S’EST PER­MIS DES CHOSES »

Pour Fré­dé­rick De Grand­pré, ce nou­veau rôle est la syn­thèse de tout ce qu’il aime faire: jouer et chan­ter.

« C’est la fu­sion de tout ce que j’ai fait de­puis l’École na­tio­nale de théâtre jus­qu’à au­jourd’hui.

« Les textes sont com­plexes, mais tel­le­ment bien struc­tu­rés. Le mes­sage et la poé­sie sont tel­le­ment clairs, que c’est comme ap­prendre du Mo­lière ou du Ra­cine », dit-il à pro­pos des chan­sons.

Se­lon lui, Je m’voyais dé­jà de­vrait ar­ri­ver à faire ou­blier aux spec­ta­teurs les pré­ju­gés qu’ils ont peut-être à pro­pos des co­mé­dies mu­si­cales.

« On est sept co­mé­diens et chan­teurs, avec quatre mu­si­ciens. On a trois pan­neaux de dé­cor qu’on dé­place avec des pro­jec­tions.

« Les gens ne vont pas tou­jours re­con­naître les chan­sons d’Az­na­vour; on s’est per­mis des choses, ex­plique-t-il. Il ne faut pas que les gens viennent voir le spec­tacle en s’at­ten­dant d’en­tendre La Bo­hème telle qu’elle est sur l’al­bum. On joue avec un monstre sa­cré. »

Par­tie vivre en Italie il y a huit ans, Judith Bérard, qui vient tout juste d’avoir 40 ans, est heu­reuse de mar­quer son re­tour au Québec avec ce pro­jet.

« On re­tourne à des en­droits qu’on connaît, dans cette ville qu’on connaît, et on se rend qu’on est plus la même. (...) Je suis à peu près sûre que je vais fi­nir mes jours ici », dit-elle en évo­quant le cli­mat dif­fi­cile qu’elle dit res­sen­tir ac­tuel­le­ment en Eu­rope.

JUDITH BÉRARD ET FRÉ­DÉ­RICK DE GRAND­PRÉ

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