Seul avec SA FLÛTE

Le Journal de Quebec - Weekend - - MUSIQUE - Cé­dric Bé­lan­ger CEDRIC.BE­LAN­GER@JOUR­NAL­DE­QUE­BEC.COM

De tous temps, des ar­tistes ont re­dé­fi­ni leur art en y in­té­grant de nou­veaux élé­ments qui ont en­suite été ré­cu­pé­rés par les gé­né­ra­tions sui­vantes. Ian An­der­son a connu la cé­lé­bri­té en jouant, avec le suc­cès que l’on connaît, de la flûte dans un groupe rock. Bi­zar­re­ment, per­sonne n’a sui­vi le mou­ve­ment, ce qui laisse le lea­der de Je­thro Tull avec des sen­ti­ments par­ta­gés.

« D’un cô­té, on peut dire que je suis dé­çu. Mais on peut aus­si dire que je suis ex­trê­me­ment sou­la­gé parce que je de­meure le seul à le faire. On ne veut pas de jeunes pré­ten­dants à la couronne, n’est-ce pas? », blague An­der­son, qui a ac­cor­dé une en­tre­vue au

Jour­nal de Québec à quelques jours d’un pro­gramme double en so­lo, à Mon­tréal et Québec.

Chose cer­taine, ça pre­nait un front de boeuf et de l’au­dace pour in­té­grer cet ins­tru­ment dans un groupe de rock, même dans ce que le Bri­tan­nique ap­pelle l’âge d’or de la créa­tion mu­si­cale que fut la fin des an­nées 1960.

« Je ne sais pas si au­dace est le bon mot. Je di­rais pos­si­ble­ment té­mé­raire parce que plu­sieurs ont fron­cé les sour­cils. Je crois que les gens cher­chaient quelques chose de dif­fé­rent. À cette époque, la mu­sique de genre n’était pas ce qui plai­sait. Les gens vou­laient de la nou­veau­té et c’est ce que j’ai es­sayé de leur don­ner. Au­jourd’hui, c’est beau­coup plus dif­fi­cile d’être re­mar­qué en étant dif­fé­rent. On l’est plu­tôt en fai­sant la même chose que les autres, en imi­tant ou co­piant ce qui a dé­jà du suc­cès. »

Au­rait-il pu faire la même car­rière avec sa flûte en 2010, alors?

« Ab­so­lu­ment. Seule­ment, elle n’au­rait du­ré que deux se­maines », s’es­claffe le mu­si­cien.

DEUX SPEC­TACLES DIF­FÉ­RENTS

Fort heu­reu­se­ment pour ses mil­liers de fans dans le monde, sa car­rière dure de­puis main­te­nant plus de qua­rante ans. Chaque an­née, Ian An­der­son monte sur scène une cen­taine de fois, que ce soit pour ses spec­tacles en so­lo ou au sein de Je­thro Tull.

Ses fans qué­bé­cois le ver­ront en so­lo, cette se­maine, une for­mule que le mu­si­cien dit ap­pré­cier puis­qu’elle lui per­met d’of­frir un me­nu mu­si­cal plus va­rié.

« Avec Je­thro Tull, les gens s’at­tendent à un spec­tacle rock, sur­tout quand on joue à l’ex­té­rieur du­rant l’été. Mes spec­tacles sont une op­por­tu­ni­té de pré­sen­ter plu­sieurs styles mu­si­caux et de tra­vailler avec dif­fé­rents mu­si­ciens. »

De même que de fouiller le ca­ta­logue de Je­thro Tull plus en pro­fon­deur. Car, en plus de son ma­té­riel so­lo, le sexa­gé­naire in­ter­prète des mor­ceaux « obs­curs» du groupe. Bien sûr, il y au­ra aus­si quelques grands suc­cès, mais avec de nou­veaux ar­ran­ge­ments. On de­vrait même en­tendre des re­lec­tures de quelques pièces clas­siques de Bach.

UN PU­BLIC PLUS SAGE

Ce qui im­plique, note l’ar­tiste, qu’un pu­blic An­der­son est to­ta­le­ment dif­fé­rent d’un pu­blic Je­thro Tull. « Dans mes spec­tacles so­los, il n’y a pas les

head­ban­gers, les gueu­lards, les sif­fleurs et les yup­pies ivrognes que l’on re­trouve si sou­vent par­mi le pu­blic, ce qui me rend la vie plus fa­cile ain­si qu’aux hon­nêtes ci­toyens qui viennent me voir. C’est une tour­née qui per­met de te­nir la ra­caille au loin », conclut en écla­tant de rire cet in­croyable et dé­so­pi­lant ver­bo­mo­teur. Ian An­der­son se­ra en spec­tacle le 14 oc­tobre, au Théâtre Saint-De­nis, à Mon­tréal, et le 15 oc­tobre, au Théâtre Ca­pi­tole, à Québec.

PHOTO LES ARCHIVES, AFP

IAN AN­DER­SON

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