PA­NI­QUANT huis clos

Im­pos­sible de voir ce film avec Ryan Rey­nolds sans avoir en­vie de hur­ler!

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Isabelle Hontebeyrie

Un seul ac­teur, Ryan Rey­nolds, qui livre une per­for­mance re­mar­quable, oc­cupe l’écran pen­dant 96 mi­nutes. Le dé­cor? Un cer­cueil en bois. Et le réa­li­sa­teur Ro­dri­go Cor­tés n’hé­site pas à jouer sur les ter­reurs les plus pri­maires pour nous en­fer­mer dans cet uni­vers à la li­mite de la dé­mence.

La pre­mière mi­nute d’En­ter­ré se dé­roule dans le noir. Pri­vé de sa vue, le spec­ta­teur se concentre sur son ouïe. Ha­lè­te­ments et cra­que­ments em­plissent alors la salle. Puis, un bri­quet s’al­lume et on dé­couvre Paul Con­roy, li­go­té et bâillon­né dans une boîte en bois rec­tan­gu­laire.

Avec une tech­nique ir­ré­pro­chable — oui, il y a des cen­taines de ma­nières de mon­trer quel­qu’un en­fer­mé dans un cer­cueil —, Ro­dri­go Cor­tés livre peu à peu, à la ma­nière d’un Pe­tit Pou­cet, des in­for­ma­tions sur le per­son­nage prin­ci­pal. Il com­plique le « jeu » en ajou­tant des ac­ces­soires tels un té­lé­phone cel­lu­laire, des lampes au phos­phore, un cou­teau, un sty­lo et un fla­con d’al­cool.

De plus, le réa­li­sa­teur ne re­court ja­mais à l’ar­ti­fice de nous faire sor­tir de cette boîte en bois pen­dant les deux heures — tout est donc presque en temps réel — que dure le cal­vaire de cet homme. Les autres per­son­nages avec qui Paul in­te­ra­git par té­lé­phone ne sont ja­mais mon­trés. Ils ne res­tent qu’à l’état de voix, per­met­tant au spec­ta­teur de ren­trer dans la peau de ce conduc­teur de ca­mion em­pri­son­né.

Le sus­pense — et l’étouf­fe­ment — monte ra­pi­de­ment, les ques­tions fu­sant dans la tête du spec­ta­teur. Pour­quoi Paul Con­roy est-il là? Que va-t-on lui faire? Que fait le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain? Va-t-il s’en sor­tir? Et, avec beau­coup de maî­trise et de fi­nesse, le ci­néaste Ro­dri­go Cor­tés y ré­pond.

Sans trop rien dé­voi­ler de l’in­trigue, sa­chez que cette his­toire in­ha­bi­tuelle — on pour­rait même par­ler de film concept et faire des com­pa­rai­sons avec Cube par exemple — com­prend un fond po­li­tique. Le dis­cours sur la guerre en Irak est dur, acerbe et à la li­mite d’un uni­vers kaf­kaïen. Et si la fin est un tan­ti­net dé­ce­vante, on se dit, après ré­flexion, qu’il ne pou­vait y en avoir d’autre.

PHOTO COUR­TOI­SIE

Film de Ro­dri­go Cor­tés met­tant en ve­dette Ryan Rey­nolds. À l’af­fiche pré­sen­te­ment.

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