Deux films réunis dans un po­lar re­mar­quable

Un film de Ri­chard Ber­ry met­tant en ve­dette Jean Re­no et Kad Me­rad. À l’af­fiche.

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Be­noît Au­bin Le Jour­nal de Mon­tréal

MON­TRÉAL | Avec « L’Im­mor­tel », Ri­chard Ber­ry rem­porte un pa­ri au­da­cieux : réa­li­ser un film d’ac­tion en bonne et due forme, en­ro­bé dans une fable mo­rale sur des va­leurs d’amour, de fa­mille, de re­pen­tir et de par­don. Un film pour le gars, et pour sa blonde…

Comme cou­rir après deux lièvres, es­sayer de faire deux films dans un est un billet pour la ca­tas­trophe. Pour­tant, L’Im­mor­tel tient su­per­be­ment bien la route.

Au to­tal, Ri­chard Ber­ry a pro­duit une oeuvre riche et in­tel­li­gente, qui semble par­fois al­ler dans toutes les di­rec­tions, comme la vraie vie, mais ne perd ja­mais le nord ni le rythme sou­te­nu des bons po­lars.

Le scé­na­rio s’ins­pire d’un ro­man, lui-même ins­pi­ré d’un fait di­vers qui s’est pro­duit dans la longue et san­glante his­toire cri­mi­nelle de Mar­seille.

Char­lie Mat­teï (Jean Re­no) est un ex-bandit à la re­traite. Il a ven­du tout son bu­si­ness à son ami d’en­fance, To­ny Zac­chia (Kad Me­rad), et se tient tran­quille, tout oc­cu­pé à jouir de la vie de la classe moyenne avec sa jeune femme et ses en­fants. Mais non! Dans une scène d’une vio­lence sou­te­nue, Char­lie est cri­blé de balles dans un sta­tion­ne­ment et il est lais­sé pour mort. Le film com­mence à peine…

Char­lie ne mour­ra pas, c’est ça l’his­toire. Il vou­dra sa­voir qui lui a fait le coup, mais il se doute du pour­quoi.

Le film est bien ser­vi par des phrases comme celle-là et par des dia­logues brefs et in­ci- sifs, une qua­li­té rare dans les films fran­çais. « Je ne connais rien de plus ab­surde qu’une mé­daille de bra­voure po­sée sur un cer­cueil », dit le chef de po­lice…

UN PO­LAR RÉUS­SI

L’Im­mor­tel est re­mar­qua­ble­ment bien fil­mé. Les scènes de ba­tailles, de cas­cades sont ha­chu­rées, ner­veuses, chao­tiques, et suivent d’autres scènes plus in­tros­pec­tives et sen­sibles. Le rythme du ré­cit va­rie sans cesse entre la bru­ta­li­té et la ten­dresse, la sé­ré­ni­té et le déses­poir, l’amour et l’hor­reur. Les en­chaî­ne­ments sont souples et sans heurts, et l’his­toire, touf­fue comme elle l’est, se dé­roule avec pré­ci­sion et clar­té.

Jean Re­no joue un truand re­pen­ti, un dur sen­sible, une ca­naille ro­man­tique (un hon­nête bandit, quoi) to­ta­le­ment convain­cant, si­non at­ta­chant. Beau­coup d’at­ten­tion a été por­tée aux per­son­nages se­con­daires. Kad Me­rad en caïd onc­tueux, mais san­gui­naire, et Ma­ri­na Foïs en en­quê­teuse de po­lice opi­niâtre, mais frus­trée, sonnent très juste.

Le film de Ber­ry dure près de deux heures et on a l’im­pres­sion, vers la fin, qu’il rate quelques bonnes oc­ca­sions de se ter­mi­ner plus tôt, mais c’est là son moindre dé­faut.

Sa grande qua­li­té est d’être un po­lar réus­si, étof­fé d’une tex­ture hu­maine et d’une trame mo­rale qui l’en­ri­chissent.

À son meilleur, le ci­né­ma fran­çais fait aus­si bien que ce­lui de Hol­ly­wood, mais nous laisse, en plus, avec des ques­tions qui dé­rangent. La ques­tion de L’Im­mor­tel : un gang­ster qui a des scru­pules est-il plus ac­cep­table qu’un autre qui n’en a au­cun? La ré­ponse n’est pas fournie.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.