La per­fec­tion, c’est pé­ri­mé

Les ar­ti­sans de la té­lé­vi­sion, qu’il s’agisse des au­teurs ou des réa­li­sa­teurs, ont tou­jours été un brin pré­ten­tieux. Ils croient tou­jours qu’ils contri­buent de ma­nière im­por­tante à l’évo­lu­tion de la so­cié­té, alors qu’ils n’en sont que le re­flet. Tout au p

Le Journal de Quebec - Weekend - - TÉLÉVISION - Guy Four­nier Col­la­bo­ra­tion spé­ciale gfour­nier@jour­nalmtl.com

C’est dans la « re­pré­sen­ta­tion » de la fa­mille que la té­lé­vi­sion a chan­gé de fa­çon ra­di­cale. Du­rant au moins 40 ans, nos sé­ries et nos té­lé­ro­mans ont mon­tré des fa­milles et des couples idéaux. Qu’on pense à Quelle fa­mille!, qu’écri­vait Ja­nette Ber­trand, ou en­core mieux à Pa­pa a rai­son. Que les plus âgés se sou­viennent des Plouffe, une grosse fa­mille où ma­man Plouffe me­nait tout le monde par le bout du nez, où pa­pa Plouffe ron­geait son frein en si­lence dans sa ber­ceuse, où cha­cun sans rous­pé­ter se met­tait à ge­noux pour ré­ci­ter le cha­pe­let avec le car­di­nal Lé­ger!

Ces té­lé­ro­mans étaient le mi­roir de la fa­mille des an­nées 50 et 60 au Québec.

Même en 1970, on n’au­rait pas ac­cep­té que Ré­mi et Fran­cine Du­val ne soient pas ma­riés en bonne et due forme.

PAS DE GAIS POUR JOUER LES GAIS

Au­jourd’hui, pa­pa n’a pas rai­son, il a presque tou­jours tort! Les couples ne sont pas ma­riés, ils sont « ac­co­tés ». Il n’y a plus de filles-mères qui doivent s’exi­ler en aban­don­nant leurs en­fants à l’adop­tion, mais des mères mo­no­pa­ren­tales qui gardent leurs pe­tits au su et au vu de tous. Même les couples gais ne font sour­ciller au­cun spec­ta­teur et, si la ten­dance se main­tient, comme di­sait si bien Ber­nard De­rome, on n’ac­cep­te­ra plus qu’un ac­teur ho­mo­sexuel joue les « tom­beurs de femmes », pas plus qu’on ac­cep­te­rait, comme à l’époque de Mo­lière, que ce soit des hommes qui jouent les rôles de femme. Il y a 25 ou 30 ans, c’était presque im­pos­sible de trou­ver un ac­teur ho­mo­sexuel pour jouer un gai tant les ac­teurs ho­mo­sexuels avaient peur que leur condi­tion soit ré­vé­lée au grand jour!

EF­FET DE LA TÉ­LÉ­RÉA­LI­TÉ?

Hier en­core, La ga­lère n’au­rait pu se re­trou­ver au pe­tit écran, pas plus que Mi­nuit le soir, Les in­vin­cibles ou la plu­part des sé­ries et té­lé­ro­mans ac­tuels. En 1982, quand Zoé et Re­naud Ca­hier (Marie-So­leil et Sé­bas­tien Tougas) sont ap­pa­rus dans Peau de ba­nane, les spec­ta­teurs les trou­vaient si « ef­fron­tés » que j’ai dû ra­pi­de­ment adou­cir les rap­ports avec leurs pa­rents.

De­puis quelques an­nées, des en­fants aus­si sages qu’eux se­raient vite ju­gés en­nuyants et il fau­drait leur in­suf­fler une bonne dose de speed pour qu’ils gardent leur rang dans les cotes d’écoute!

Les spec­ta­teurs ont per­du tout in­té­rêt pour la fa­mille idéale et les couples « or­di­naires », même si cha­cun as­pire à fon­der une fa­mille et un couple nor­mal. Je ne sais pas ce que les so­cio­logues en di­raient, mais il me semble que la té­lé­réa­li­té, qui montre les gens comme ils sont dans telle ou telle si­tua­tion, a contri­bué beau­coup à cette nou­velle re­pré­sen­ta­tion du couple et de la fa­mille.

On ne veut plus voir de per­son­nages par­faits ni de fa­mille idéale, mais des fa­milles dys­fonc­tion­nelles et des per­son­nages aus­si « ex­trêmes » que ceux qu’on cô­toie tous les jours au bu­reau, à l’usine ou dans le mé­tro.

Dans les an­nées 60, on pou­vait voir sur nos écrans Quelle fa­mille!

Sé­bas­tien et Marie-So­leil Tougas dans Peau

de ba­nane.

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