Portes ou­vertes sur la ten­dresse

Avec Une vie à ai­mer, son deuxième ro­man, Mi­chel Jean dé­voile sa carte du tendre. Pen­dant quelque 200 pages, exit le jour­na­liste, l’en­voyé spé­cial, l’ani­ma­teur de JE. Bien­ve­nue plu­tôt dans le monde à la fois sen­sible, émou­vant et lu­mi­neux de l’écri­vain.

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES - Marie-France Bor­nais Le Jour­nal de Québec

Mi­chel Jean avait deux idées en tête lors­qu’il a en­ta­mé l’écri­ture de son qua­trième livre, l’an­née der­nière. Il sou­hai­tait par­ler des re­la­tions amou­reuses et des femmes d’un point de vue mas­cu­lin, tout en ex­plo­rant ce qui se passe chez les gens qui sont en fin de vie ou com­plè­te­ment pa­ra­ly­sés, comme ceux qui vivent le syn­drome du

lock-in. Deux pro­pos. Deux ré­flexions. Une seule his­toire. « Je vou­lais ef­fleu­rer les dif­fé­rentes étapes dans la vie d’un homme et les dif­fé­rentes formes de re­la­tions amou­reuses qu’un homme peut avoir : l’amour de jeu­nesse, l’amour de sa vie, l’amour pour une femme plus jeune. Les filles parlent conti­nuel­le­ment de leurs re­la­tions amou­reuses. Ça a même don­né la chick-lit, où c’est presque juste de ça, sur un ton plus lé­ger que mon livre. Les gars res­sentent des choses comme ça aus­si, mais ce n’est pas dans leur na­ture d’en par­ler. C’est fou, mais c’est comme ça », ex­plique l’au­teur. Une vie à ai­mer ra­conte le quo­ti­dien blême de Marc-An­toine, un brillant plai­deur qui se re­trouve mu­ré dans son propre corps après un ac­ci­dent. Confi­né à son lit d’hô­pi­tal, ali­men­té au goutte-à-goutte et soi­gné par des pré­po­sés pas tou­jours dé­li­cats, il se re­trouve cou­pé du monde et de ses proches. On le croit vé­gé­ta­tif, mais puis­qu’il peut en­core voir et pen­ser, il est loin d’être éteint. Ré­fu­gié dans les sou­ve­nirs des femmes qui ont illu­mi­né sa vie, Marc-An­toine fait le bi­lan et trouve le moyen d’être heu­reux. Presque.

L’HOMME VÉ­RI­TABLE

Pour dé­crire le quo­ti­dien de Marc-An­toine, Mi­chel Jean ne s’est pas do­cu­men­té comme pour un tra­vail jour­na­lis­tique, mais s’est sou­ve­nu des nom­breuses oc­ca­sions où il s’est ren­du dans des centres spé­cia­li­sés. « Le jour­na­lisme, je le fais à la té­lé. Je n’ai pas le goût de le faire dans mes livres, où c’est vrai­ment quelque chose de créa­tif que je veux faire.»

Les sou­ve­nirs des der­nières se­maines de vie de son père, dé­cé­dé du can­cer, sont aus­si re­mon­tés à la sur­face pen­dant l’écri­ture. «Dans les der­nières se­maines, tout ce qui comp­tait pour lui, c’était sa re­la­tion avec ma mère et ses en­fants. Quand on est pri­vé de tout, on re­con­naît ce qui est im­por­tant pour nous. C’est pas tou­jours le cas quand on est pris dans notre vie, qui s’en va à droite et à gauche.»

Mi­chel Jean ca­po­te­rait s’il se re­trou­vait dans la si­tua­tion de Marc-An­toine. «Être pri­son­nier de ton corps, c’est la pire des choses qui peut t’ar­ri­ver dans la vie. Voir les gens se dé­tour­ner de toi parce qu’ils pensent que tu es mort alors que tu es vi­vant. T’es en­ter­ré vi­vant, mais main­te­nu en vie. Tu ne peux pas ima­gi­ner quelque chose de plus épou­van­table.»

UNE OEUVRE DE FIC­TION

Bien qu’ins­pi­ré par­fois de gens et de si­tua­tions réelles, Une vie à ai­mer ne ra­conte donc pas la vie de Mi­chel Jean, mais celle d’un per­son­nage fic­tif.

Les his­toires d’amour ra­con­tées par Marc-An­toine, si belles, sin­cères et sen­suelles soient-elles, ne sont pas celles de l’au­teur. «Il y a des per­son­nages dans la jeu­nesse de Marc-An­toine qui cor­res­pondent à des per­son­nages de ma vie, oui, d’autres non. Sou­vent, les per­son­nages sont ins­pi­rés de gens, mais j’ex­tra­pole à par­tir de ça. Ça reste une oeuvre de fic­tion. Il y a une his­toire dans les trois qui est plus réelle... et je ne te di­rai pas la­quelle! »

Tou­te­fois, il choi­si de pla­cer son his­toire à So­rel, Mon­tréal, Saint-Mathias et en Sas­kat­che­wan, parce qu’il vou­lait dé­crire des lieux où il avait une at­tache émo­tive. À la dif­fé­rence de Marc-An­toine, Mi­chel Jean pré­fère le vé­lo à la course à pied et le jour­na­lisme au droit, même si la pa­role re­vêt pour lui une im­por­tance ca­pi­tale. «C’est ce qui nous dis­tingue des bêtes en bonne par­tie», note-t-il.

Comme Marc-An­toine, il aime les femmes et se sent bien en leur com­pa­gnie. «Ce n’est pas pour rien que j’ai dé­dié le livre à ma mère et à son monde. J’ai tou­jours tra­vaillé avec les femmes, je les trouve trip­pantes. Je m’en­tends bien avec elles. J’aime les femmes, un peu à l’image du per­son­nage. Ce n’était pas dé­plai­sant pour moi d’en par­ler dans le livre. »

J’AR­RIVE EN­CORE À SEN­TIR LA DOU­CEUR DE LA PEAU D’HE­LEN, MÊME DANS LA SO­LI­TUDE DE MON LIT RAIDE. IL ME SUF­FIT DE PLON­GER DANS MES SOU­VE­NIRS, DE M’Y EN­FON­CER. J’AR­RIVE À RE-TROU­VER CE FRIS­SON, CAR IL NE M’A JA­MAIS QUIT­TÉ.»

— MI­CHEL JEAN, UNE VIE À AI­MER

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