Un oi­seau qui marche sur les flots en imi­tant l’apôtre Pierre!

Il s’agit de l’océa­nite de Wilson, aus­si connue sous le nom de pé­trel (le pe­tit Pierre) de Wilson, ap­pel­la­tion aus­si énig­ma­tique que l’oi­seau lui­même. Nous avons eu la chance d’ob­ser­ver, en plein océan, une pe­tite troupe de ces oi­seaux aper­çus à l’oc­ca­sio

Le Journal de Quebec - Weekend - - TOURISME - Jean Lé­veillé Col­la­bo­ra­tion spé­ciale jle­veille@jour­nalmtl.com

Car la ma­jeure par­tie de sa dis­crète exis­tence se passe en haute mer. Mais une fois l’an, l’oi­seau re­vient faire un bref sé­jour sur une île uni­que­ment pour se re­pro­duire. Tels les membres d’un convoi en temps de guerre, le re­tour s’ac­com­plit en groupe et en si­lence par une nuit sans lune afin de mieux dé­jouer ses nom­breux en­ne­mis. Il re­doute par­ti­cu­liè­re­ment les lé­gen­daires fré­gates, les goé­lands agres­sifs et, sur­tout, les vi- cieux labbes. Cer­taines an­nées, ces pé­trels aux moeurs éton­nantes peuvent, pour des rai­sons se­crètes, ne pas re­tour­ner sur terre.

La nuit pré­cé­dant notre ren­contre avec eux avait été par­ti­cu­liè­re­ment hou­leuse sur notre pe­tit ba­teau, que son com­man­dant ap­pe­lait af­fec­tueu­se­ment et, sans doute pour nous ras­su­rer, «un bouchon flot­tant».

POUR SE NOUR­RIR DU PLANC­TON DE SUR­FACE

Au ré­veil, les flots s’étaient cal­més et une cin­quan­taine de pé­trels, se­lon les ha­bi­tudes de l’es­pèce, mar­chaient lit­té­ra­le­ment sur l’eau. « Re­gar­dez les pas agiles de nos “pe­tits Pierre”! », ré­pé­taient les ma­te­lots ad­mi­ra­tifs en les mon­trant du doigt. Leurs longues pattes et leurs pieds so­li­de­ment ar­ri­més aux vagues comme s’ils étaient re­te­nus par une ancre, ils dé­am­bu­laient len­te­ment tout en se ré­ga­lant de l’abon­dant planc­ton de sur­face. Leurs ailes ou­vertes, pour mieux faire face aux bour­rasques sou­daines, les fai­saient res­sem­bler à d’élé­gants pa­ti­neurs sur glace. Par­fois, cer­tains osaient quelques fi­gures plus com­plexes en ef­fec­tuant (comme les dé­crivent des com­men­ta­teurs) des sau­tille­ments la­té­raux, des sal­tos ar­rière et des doubles pi­qués.

LES DENTS DE LA MER...

Une telle cho­ré­gra­phie at­tire im­man­qua­ble­ment l’at­ten­tion des glou­tons des ondes, ces pois­sons vo­races qui, croyant flai­rer la bonne af­faire, se re­trouvent sou­vent avec une bien frêle patte dans la gueule, au lieu du co­pieux re­pas qu’ils es­pé­raient.

Pour ces maîtres de la glisse et de l’élé­gance sur mer que sont les pé­trels, se re­trou­ver su­bi­te­ment uni­jam­biste est une vé­ri­table ca­tas­trophe. Nous re­mar­quons quelques-uns de ces éclo­pés par­mi leurs sem­blables.

Sou­vent, ces han­di­ca­pés se trans­forment en op­por­tu­nistes qui suivent les cé­ta­cés ou les pe­tits ba­teaux heu­reux de se dé­les­ter de quelques restes de table. Quelques pri­vi­lé­giés comme nous peuvent alors ob­ser­ver ces grands ama­teurs de li­ber­té ab­so­lue qui mènent une des exis­tences les plus se­crètes par­mi la faune aviaire, tou­jours loin des terres.

Ils nous donnent la pos­si­bi­li­té de réus­sir des cli­chés re­la­ti­ve­ment ex­cep­tion­nels de ces pé­trels océa­nites de Wilson gam­ba­dant sur les flots, comme le veut la lé­gende de l’apôtre Pierre...

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PHOTOS JEAN LÉ­VEILLÉ

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1. Comme l’apôtre Pierre 2. Une vraie cho­ré­gra­phie! 3. Notre ba­teau. 4. Bon ap­pé­tit!

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