À LA CONQUÊTE DE L’OUEST

MON­TRÉAL | Deux Frogs dans l’Ouest est un pe­tit film bien ficelé, qui ra­conte, avec ten­dresse et iro­nie, le pas­sage à l’âge adulte d’une jeune fille ro­man­tique, dans un monde qui ne l’est pas.

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Be­noit Au­bin Le Jour­nal de Mon­tréal

Le film ra­conte l’his­toire de Marie Deschamps, 20 ans, qui quitte le du­plex fa­mi­lial de Granby pour al­ler « ap­prendre l’an­glais » en Co­lom­bie-Bri­tan­nique. Sur le pouce. Sans ar­gent.

C’est un grand clas­sique qué­bé­cois. L’Ouest, les Ro­cheuses, le Pa­ci­fique et Van­cou­ver ont tou­jours été un ai­mant puis­sant pour des gé­né­ra­tions suc­ces­sives de jeunes Qué­bé­cois qui se trou­vaient à l’étroit chez eux, pour les jeunes rê­veurs per­sua­dés qu’il y avait plus de vie ailleurs.

La jeune Marie (Mi­rianne Brû­lé, convain­cante et émou­vante dans ce rôle) est de ceux-là. Ses pa­rents s’ar­rachent les che­veux elle est bien trop jeune, naïve, dé­mu­nie... Son père (Ger­main Houde) lui jette l’ana­thème : « Si tu pars comme ça, ne re­viens plus. »

C’est ça, le Québec, et Pa­pi­neau met le doigt des­sus dès le dé­but du film : pour les Qué­bé­cois, le ter­ri­toire où ils sont ma­jo­ri­taires (la pa­trie, quoi) est ce qui les dé­fi­nit. Par­tir est pour eux une rup­ture plus dé­chi­rante que pour d’autres : hors du Québec, point de sa­lut...

Elle part quand même, et le film montre com­ment une jeune Qué­bé­coise uni­lingue va prendre la me­sure de la vraie vie et se dé­cou­vrir elle-même dans un en­vi­ron­ne­ment qui lui est to­ta­le­ment étran­ger, même si elle n’a pas quit­té son propre pays.

Elle va voir ailleurs si elle y est et fi­nit par s’y trou­ver. Belle his­toire...

UN FILM IN­DÉ­PEN­DANT

Deux Frogs dans l’Ouest est un film in­dé­pen­dant, pro­duit avec un bud­get très ré­duit. Ce­la pa­raît un peu mais pas vrai­ment : le ré­cit est bien me­né, le montage est alerte, la ca­mé­ra est sen­sible et, à cer­tains mo­ments, sur les pentes de ski, spec­ta­cu­laire.

L’étude de so­cié­té est per­ti­nente mais dis­crète : le mi­lieu des ski bums, ces jeunes qui tra­vaillent le jour pour pou­voir skier le soir et fê­ter la nuit, est cos­mo­po­lite et mul­ti­cul­tu­rel. Les Qué­bé­cois n’y sont pas plus des étran­gers que les autres. Ils sont des in­di­vi­dus...

Mi­rianne Brû­lé, Jes­si­ca Mal­ka et Da­ny Pa­pi­neau rendent bien l’état d’es­prit de cette gé­né­ra­tion : tout a été fait, es­sayé, dit, ex­plo­ré, ac­com­pli avant eux. Le seul ter­ri­toire qu’il leur reste à conqué­rir, à do­mes­ti­quer et dé­fri­cher est en eux­mêmes.

Ces jeunes Qué­bé­cois qui s’ar­rachent de leur en­vi­ron­ne­ment et partent ailleurs pour « ap­prendre l’an­glais » ne sont pas per­dus pour la pa­trie, comme on le crai­gnait. Au contraire : ils re­viennent, « avec un sac de pays sur leur dos » comme dit Vi­gneault.

Comme Da­ny Pa­pi­neau : par­ti étu­dier l’an­glais au Bi­Ci pour trois mois, il re­vient, après huit ans, avec une belle his­toire à ra­con­ter.

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