DU DRAME À LA BEAU­TÉ HU­MAINE

Le Journal de Quebec - Weekend - - WEEKEND - Pierre O. Na­deau Le Jour­nal de Québec

Par­ta­gée entre New York, Paris et le Bé­nin, Angélique Kid­jo dit avoir hâte de re­ve­nir à Québec « pour re­trou­ver mon oxy­gène », nous dit la di­va bé­ni­noise, en ville pour nous faire dé­cou­vrir l’uni­vers de son nou­vel al­bum, Oyo.

« J’adore le Québec et je vous ad­mire : vous vi­vez à cô­té du géant amé­ri­cain et vous avez su pré­ser­ver votre iden­ti­té cultu­relle. Cha­peau! » lance-t-elle avec convic­tion, au bout de la ligne, lorsque nous l’avons jointe à son hô­tel de Paris.

La ve­dette qui vit prin­ci­pa­le­ment à New York a cô­toyé des mé­gas­tars : Car­los San­ta­na, Pe­ter Ga­briel, Yous­sou N’Dour, Ali­cia Keys, Josh Gro­ban, Zig­gy Mar­ley, sans ou­blier l’unique Bo­no, qui prête sa voix sur la chan­son Move On Up sur Oyo. Elle en au­rait long à ra­con­ter sur toutes ces ren­contres en­ri­chis­santes.

Pour­tant, du­rant les 30 mi­nutes d’en­tre­vue, elle n’en glisse pas un mot. Pas un mot non plus sur l’al­bum. Son pro­pos tou­jours en­flam­mé porte plu­tôt sur des causes hu­ma­ni­taires qui lui tiennent à coeur, à com­men­cer par le sort de ses com­pa­triotes afri­cains vis-à-vis de l’en­va­his­se­ment chi­nois. « Je n’ai rien contre la pré­sence chi­noise sans cesse crois­sante, mais ce que je trouve re­gret­table, c’est qu’elle n’ap­porte rien de bon au peuple. C’est le pou­voir cor­rom­pu qui en pro­fite. »

AL­TRUISTE

La chan­teuse, d’un fort tem­pé­ra­ment al­truiste tout à son hon­neur, ra­conte qu’elle a pré­sen­té un concert au stade du Bé­nin. Sou­dai­ne­ment, la pro­duc­tion a été pa­ra­ly­sée par un sé­rieux pépin élec­trique. « Per­sonne ne pou­vait ré­pa­rer le trouble, parce que tout était écrit... en chi­nois! »

Angélique Kid­jo s’en prend aus­si à « l’ar­ro­gance de ces pays riches qui ap­pau­vrissent les peuples pour en­suite leur re­fu­ser l’im­mi­gra­tion. » Elle est en­core ébran­lée par le trem­ble­ment de terre en Haïti, où elle se trou­vait à peine quelques mois avant la ca­tas­trophe. Bien­tôt, elle fou­le­ra le sol du Rwan­da. « J’en tremble dé­jà », nous dit avec émo­tion l’ar­tiste en­ga­gée dans l’Unicef, qui a aus­si dé­jà fait cam­pagne avec Ox­fam. Elle a même com­po­sé la chan­son You Can Count on Me en sou­tien à une cam­pagne pour éli­mi­ner le té­ta­nos.

Kid­jo a créé la fon­da­tion Ba­ton­ga, qui sou­tient les études se­con­daires de jeunes filles afri­caines.

Lors­qu’on in­ter­rompt son in­ta­ris­sable dis­cours pour qu’elle nous parle de son nou­vel al­bum, elle s’ex­clame : « Oyo, c’est tout ça. C’est le drame hu­main, mais en même temps, c’est la beau­té de l’âme hu­maine. Tout est là-de­dans. » À part Bo­no, il y a aus­si d’autres choses : en dé­pit de son ca­rac­tère sou­vent fes­tif, ca­rac­té­ris­tique de la mu­sique tra­di­tion­nelle afri­caine qui l’a ins­pi­rée, l’al­bum est em­preint d’une tris­tesse, à la suite du dé­cès de son père, « un grand homme, un homme ins­pi­rant, une perte, dit-elle, qui a lais­sé un grand vide que je n’ai pas en­core réus­si à com­bler. Ça vien­dra un jour, j’ima­gine; en tout cas, j’es­père... »

Angélique Kid­jo re­trouve vite son en­thou­siasme pour par­ler de sa vi­site pro­chaine à Québec, après son pas­sage re­mar­qué au Fes­ti­val d’été. Cette fois, on la re­trou­ve­ra dans l’in­ti­mi­té du Pa­lais Mont­calm avec ses quatre mu­si­ciens. Le ren­dez-vous pren­dra for­cé­ment des airs de joyeux hap­pe­ning mu­si­cal. « Il va fal­loir dan­ser. Moi, je danse tout le temps; j’ai be­soin de bou­ger. Quel­qu’un a dé­jà dit : si tu ne bouges pas, tu es un homme mort. » Angélique Kid­jo se­ra au Pa­lais Mont­calm le 29 oc­tobre.

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