Une femme de té­lé hors du com­mun

Le Journal de Quebec - Weekend - - WEEKEND TÉLÉVISION - Guy Four­nier Col­la­bo­ra­tion spé­ciale gfour­nier@jour­nalmtl.com

Dans quelques se­maines, Fa­bienne La­rouche si­gne­ra le 1 740e et der­nier épi­sode de son té­lé­ro­man Vir­gi­nie. À ma connais­sance, au­cun au­teur n’a réus­si seul pa­reil ex­ploit. Si vous vou­lez une idée de ce que re­pré­sente l’écri­ture d’un tel feuille­ton, j’ai éva­lué que mises bout à bout, les pages sur les­quelles sont écrits les dia­logues et les in­trigues de Vir­gi­nie fe­raient plus de trois fois la lon­gueur du cir­cuit Gilles-Ville­neuve sur l’île Notre-Dame.

Plu­sieurs de ses col­lègues laissent en­tendre que Fa­bienne a été ai­dée, mais elle a tou­jours pré­ten­du le contraire. Ce­la a-t-il vrai­ment de l’im­por­tance? Guy A. Le­page a eu tout le mé­rite de la sé­rie Un gars, une fille, même si une bonne dou­zaine d’au­teurs ont tra­vaillé pour lui ou avec lui. L’écri­ture de té­lé­vi­sion est ter­ri­ble­ment exi­geante et ceux qui la pra­tiquent seuls res­te­ront tou­jours des ex­cep­tions.

Je ne vous par­le­rai pas de Vir­gi­nie, car vous connais­sez sans doute très bien ce feuille­ton. Dans les meilleures an­nées, un mil­lion de té­lé­spec­ta­teurs le sui­vaient fi­dè­le­ment chaque soir. Mal­gré une concur­rence de plus en plus ser­rée, Vir­gi­nie garde une au­dience plus que res­pec­table.

SANS ELLE, PAS DE BOU­GON

La qua­ran­taine à peine en­ta­mée, Fa­bienne La­rouche a dé­jà si­gné, outre Vir­gi­nie, une di­zaine de sé­ries, dont cer­taines comme Un homme mort, For­tier et Lance et compte, écrite avec Ré­jean Trem­blay, comptent par­mi les meilleures de notre té­lé.

Mais ce n’est pas seule­ment par son écri­ture que Fa­bienne se dé­marque. Elle est aus­si de­ve­nue une pro­duc­trice re­dou­table qui mène Ætios, sa so­cié­té de pro­duc­tion, tam­bour bat­tant. Sans son au­dace et son achar­ne­ment, Les Bou­gon, par exemple, n’au­rait sans doute ja­mais at­teint le pe­tit écran.

Unique ou pas, Fa­bienne, c’est « un cas », comme on dit fa­mi­liè­re­ment. Hy­po­con­driaque, elle tra­vaille avec la fé­bri­li­té de quel­qu’un qui n’en au­rait plus pour long­temps à vivre. C’est dire toute la force du yo­ga qui peut l’ar­rê­ter du­rant quelques mi­nutes chaque jour!

Tous ceux qui ont af­faire à elle la trouvent tan­tôt ran­cu­nière, tan­tôt pa­ra­noïaque et vin­di­ca­tive, mais à moins d’être de mau­vaise foi (elle-même peut l’être à l’oc­ca­sion), tous doivent bien re­con­naître que son en­tê­te­ment, son exi­gence, son sens du pu­blic et de la mise en mar­ché, sa per­sé­vé­rance et son « front de beu » sont à la base même de ses réus­sites. Fa­bienne trans­porte des mon­tagnes et réus­sit à en faire trans­por­ter par ses col­la­bo­ra­teurs.

UNE PLACE DANS L’HIS­TOIRE

C’est pour toutes ces rai­sons qu’en 2004, le conseil d’ad­mi­nis­tra­tion de l’Aca­dé­mie ca­na­dienne du ci­né­ma et de la té­lé­vi­sion lui avait dé­cer­né son Grand Prix. Pa­ra­doxe sur deux pattes, dès l’an­née sui­vante et jus­qu’à ce jour, Fa­bienne boude l’Aca­dé­mie!

Femme com­plexe s’il en est, Fa­bienne a ma­rié Mi­chel Tru­deau, il y a quelques an­nées. Comme il est psy­cho­logue, peut-être fi­ni­ra-t-elle par com­prendre grâce à lui qu’ayant dé­jà tant prou­vé, elle a d’ores et dé­jà ga­gné une place unique dans l’his­toire de notre té­lé­vi­sion.

Voi­là bien ce que je lui sou­haite et ce qu’elle mé­rite!

Fa­bienne La­rouche a si­gné une di­zaine de sé­ries.

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