Le pou­voir de LA POÉ­SIE

Les per­son­nages de Yo­lande et de Steve se sont im­po­sés dans la créa­tion de Re­ve­nir de loin.

Le Journal de Quebec - Weekend - - WEEKEND LIVRES - Marie-France Bor­nais Le Jour­nal de Québec

« Ils étaient dans moi. Ils m’at­ten­daient », di­telle d’une voix tout à coup théâ­trale, grave et pe­sante, contras­tant avec sa voix d’or­di­naire douce et lim­pide. « Steve, c’est vrai­ment comme une es­pèce de fouet qui fait avan­cer l’his­toire. C’est lui qui est le moins bien struc­tu­ré in­té­rieu­re­ment pour ce qui est de la langue et de la ca­pa­ci­té de dire les choses, mais c’est le seul qui se colle quo­ti­dien­ne­ment avec la vé­ri­té. »

Il y a du Marie La­berge dans cha­cun des per­son­nages. « Je suis par­tout. Les gars. Les filles. Il y a du Jean-Louis dans moi, du Steve, du Yo­lande. Vrai­ment tout le monde. »

Les deux ni­veaux de langue qui sont uti­li­sés dans le ro­man l’ont beau­coup amu­sée. « Peu­têtre que mon pas­sé de femme de théâtre s’est en­fin ma­rié avec mon pré­sent de ro­man­cière? Quand on aime la langue, on aime tous ses ni­veaux, toutes ses fi­nesses, toutes ses ruses. » Elle a aus­si re­trou­vé dans Re­ve­nir de loin le plai­sir suave d’écrire des dia­logues sa­vou­reux.

La poé­sie oc­cupe une grande place dans la vie de Yo­lande, tout comme dans celle de Marie La­berge, qui ap­pre­nait des poèmes quand elle était toute pe­tite. « Je ne sais pas com­ment ça m’est ve­nu que Yo­lande, qui n’a pas de mé­moire, a quand même des lam­beaux de poé­sie qui portent tout ce dont elle ne se sou­vient pas... La poé­sie lui sert lit­té­ra­le­ment de pierres du Pe­tit Pou­cet pour al­ler re­trou­ver l’af­fect qu’il y au­rait des­sous. J’ai beau­coup hé­si­té à mettre les phrases de poé­sie qu’elle en­ten­dait. Après, je me suis dit, c’est ce qui a for­gé tout ton sys­tème émo­tif, alors tu peux les don­ner. »

Quand Marie La­berge n’a plus de mots et qu’elle est aux prises avec une émo­tion puis­sante, elle af­firme qu’il n’y a plus que les poètes pour la re­joindre. « Je ne peux pas lire un livre, je ne peux pas lire un ro­man, ni un es­sai, ni rien d’autre qu’un poème. Il y a un pou­voir dans la poé­sie. Ce sont des mots dans les­quels tout le monde peut pro­je­ter son sys­tème d’émo­tions, si c’est bien fait. »

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