Le paille-en-queue

Le Journal de Quebec - Weekend - - WEEKEND TOURISME - Jean Lé­veillé jle­veille@jour­nalmtl.com

L’éloi­gne­ment d’en­vi­ron quatre ki­lo­mètres du conti­nent, mais sur­tout une ex­po­si­tion à des res­sacs par­ti­cu­liè­re­ment traîtres les ont épar­gnés de « toute agres­sion hu­maine », comme s’en vantent les Sé­né­ga­lais.

La prin­ci­pale, sur­nom­mée par les pre­miers ex­plo­ra­teurs, « l’île aux oi­seaux », en­cercle, en com­pa­gnie de quelques autres, dont la tris­te­ment cé­lèbre île de Gorée, la pres­qu’île du CapVert.

Une ar­ri­vée plus spec­ta­cu­laire que dans bien des ma­nèges…

Un seul conduc­teur de pi­rogue de mer est au­to­ri­sé à s’y rendre tel­le­ment l’ap­proche est ris­quée et dan­ge­reuse. Na­vi­ga­teur ex­pert, il connaît les deux seuls pas­sages per­met­tant d’ac­cé­der à l’in­té­rieur de l’île. Il choi­si­ra la crique Saint-Hu­bert, mais il de­vra at­tendre pa­tiem­ment, à plus de 100 mètres des ré­cifs, la plus forte des vagues, celle qui va nous pro­pul­ser par-des­sus les ro­chers.

À l’in­té­rieur, un pe­tit bas­sin na­tu­rel de quatre mètres de pro­fon­deur nous ac­cueille. Les fa­laises abruptes ont conser­vé les cou­leurs sombres d’ori­gine. Seules les dé­jec­tions des oi­seaux les éclair­cissent, tan­dis que leur pré­sence at­té­nue l’aus­té­ri­té des lieux.

Les es­pèces sont nom­breuses, mais le phaé­ton, l’em­blème du plus pe­tit parc ma­rin au monde, mo­bi­lise non seule­ment la fier­té de notre pi­lote, mais l’at­ten­tion de mes len­tilles.

D’IM­MENSES PLUMES

Dé­jà por­teur du nom d’un de­mi-dieu grec, l’élé­gant oi­seau blanc passe l’es­sen­tiel de son exis­tence à se lais­ser gra­cieu­se­ment por­ter par les puis­sants vents chauds.

L’île hé­berge, le temps de leur re­pro­duc­tion, des couples de phaé­tons à bec rouge qui écoulent la ma­jeure par­tie de leur exis­tence en haute mer. Ces re­tours peuvent sur­ve­nir à tout mo­ment de l’an­née et dé­pendent prin­ci­pa­le­ment des condi­tions d’alimentation des pe­tits.

Ils se dis­tinguent par d’im­men- ses plumes plus longues que leur corps et qui, ber­cées par la brise, on­dulent lan­gou­reu­se­ment et leur ont va­lu l’ap­pel­la­tion plus fa­mi­lière de « paille-en-queue ». Ces plumes ac­com­pagnent les im­pres­sion­nantes et bruyantes vol­tiges qui en­ri­chissent les fré­quen­ta­tions amou­reuses des couples gé­né­ra­le­ment unis pour plu­sieurs an­nées. L’es­pé­rance de vie, ha­bi­tuel­le­ment d’une quin­zaine d’an­nées, peut at­teindre l’âge vé­né­rable de 30 ans. Seuls, maîtres du ciel et de la mer, ils ré­pètent in­las­sa­ble­ment les fi­gures qui rap­prochent les couples et les ont ren­dus si cé­lèbres.

PRÈS DU PA­RA­DIS

Bien des ma­rins, fas­ci­nés par la beau­té et l’élé­gance de ces bal­lets aé­riens, ont cru, l’es­pace d’un ins­tant, avoir at­teint un coin de pa­ra­dis.

Ti­mides, ces oi­seaux choi­sissent des îles iso­lées, mais sur­tout à l’abri des ha­bi­tuels com­pa­gnons des hommes et des na­vires : les chats et les rats.

Ain­si se dé­fi­nissent les îles de la Ma­de­leine au Sé­né­gal, là où même la pêche est in­ter­dite, là où la fu­rie des flots et l’éloi­gne­ment du conti­nent n’au­to­risent qu’un seul ma­rin à of­frir à quelques pri­vi­lé­giés des ins­tants proches du pa­ra­dis…

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