LETTRE DE DO­MI­NIC CHAMPAGNE

ÉCRITE À ROY DU­PUIS DANS LE CADRE DU SPEC­TACLE FON­DA­TION RI­VIÈRES, DU 14 NO­VEMBRE, À LA SA­LA ROS­SA.

Le Journal de Quebec - Weekend - - ACTUALITÉ -

Ex­trait du dis­cours de Roy Du­puis, lors de la Soi­rée-bé­né­fice de la Fon­da­tion Ri­vières - EX­CLU­SIF.

Je suis d’un pe­tit vil­lage en­dor­mi sur les rives du Saint-Laurent. Je suis de la Vallée-duRi­che­lieu. Je suis de la Fo­rêt Sei­gneu­riale de Lot­bi­nière. Je suis de ces cours d’eau où mes en­fants ont été bap­ti­sés. Je suis de ce coin de pays au­jourd’hui bous­cu­lé par le dé­bar­que­ment des ga­zières...

De­puis des mois, dans les champs et les fo­rêts, à l’abri des re­gards, j’ai vu vos géants mé­ca­niques battre le pay­sage, ou­vrir des routes, dy­na­mi­ter le sol,à l’in­su par­fois des ha­bi­tants mêmes, et cou­per à blanc. J’ai vu de mes yeux vu un ré­ser­voir d’eaux usées par les pro­duits toxiques rem­plià ras bord et prêt à dé­bor­der!

S’il vous plaî t, un peu de no­blesse et de sens com­mun! Nous sommes les ha­bi­tants de la vallée du Saint-Laurent. À qui ap­par­tient cette terre?À qui, cette eau? Sous quel pré­texte et à quel prix de­vrions-nous vous per­mettre de bou­le­ver­ser le coin de pays où nous vi­vons? Quelle ur­gence y a-t-ilà prendre le risque de conta­mi­ner l’eau que nous bu­vons?

Ces jours-ci, chaque fois que l’on frac­ture le sol pour y cher­cher le gaz, c’est 10 mil­lions de litres d’eau mé­lan­gés à 5 tonnes de pro­duits toxiques qu’on y in­jecte. La moi­tié de cette eau toxique y res­te­ra sans que l’on con­naisse vrai­ment l’im­pact queç a pour­rait avoir sur les nappes phréa­tiques. L’autre moi­tié re­mon­teà la sur­face sous forme d’eau conta­mi­née qui se­ra en­tre­po­sé e dans des bas­sins à ciel ou­vert. Avec le­sé ma­na­tions et les risques de dé­ver­se­ments queç a com­porte.

EN­TEN­DEZ-NOUS...

Y a-t-il un gou­ver­ne­ment pour en­tendre et por­ter les lé­gi­times in­quié­tudes des vil­lages?

La mi­nistre Nor­man­deau veut nous ras­su­rer. Et elle dé­clare que les sub­stances uti­li­sées par l’in­dus­trie ne sont pas pol­luantes, et qu’elles ne re­pré­sentent au­cun dan­ger. Mais les cas et le­sé tudes scien­ti­fiques se mul­ti­plient pour prou­ver le contraire... Au nom de quel dé­ve­lop­pe­ment est-il ain­si pos­sible de nier l’évi­dence?

Les ci­toyens de l’État de New York ont dé­cré­té un mo­ra­toire le prin­temps der­nier! La Penn­syl­va­nie vient de le faire cette se­maine! De son cô­té , la mi­nistre a pro­mis à l’in­dus­trie «une loi plus mo­derne, plus proac­tive». «On va vous per­mettre de dé­ployer vos ailes et, dans ce sens, on sou­haite une loi qui nous per­mette d’ê tre plus ef­fi­caces.»

On croi­rait en­tendre Dick Che­ney! En 2005, le vice-pré sident de Bush, dans la nou­velle Loi sur l’Éner­gie, a fait exemp­ter la frac­tu­ra­tion hy­drau­lique des prin­ci­pales lois de pro­tec­tions de l’en­vi­ron­ne­ment: le Safe Drin­king Wa­ter Act, le Clean Wa­ter Act et le Clean Air Act!

DES IN­QUIÉ­TUDES VE­NUES AUS­SI D’AILLEURS

De­puis ce temps, on a dé­nom­bré des cas de conta­mi­na­tions d’eau en Penn­syl­va­nie, au Nou­veau-Mexique, en Ar­kan­sas, au Wyo­ming, au Co­lo­ra­do, au Texas et en Ohio! Au­jourd’hui, quand les ci­toyens af­fec­té s pour­suivent les ga­zières, on leur ré­pond qu’il n’y a au­cun lien entre les fo­rages et les conta­mi­na­tions. Prou­vez-le! Pou­rê tre beau joueur, une fois par se­maine, on va leur li­vrer de l’eau dans des ca­mions-ci­ternes...

J’ai as­sez ob­ser­vé le jeu de­puis quelques se­maines, et on ne me trom­pe­ra pas. Nous sa­vons de quel cô­té des choses la vé­ri­té se cache... La vé­ri­té, c’est que pour faire cra­cher le dra­gon, vou­sê tes prêtsà prendre le risque de pol­luer notre eau, notre terre et nos vies. Et ne me dites pas com­bien la qua­li­té de l’en­vi­ron­ne­ment vous tien­tà coeur! Si vous étiez sin­cères, vous au­riez dé­jà ces­sé de prendre les risques que vous pre­nez! Vous n’au­riez pas dé­po­sé une de­mande de per­mis pour en­tre­po­ser des pro­duits hau­te­ment toxiques fa­ceà une école se­con­daire, au vil­lage!

LA PA­ROLE AVANT L’EX­PRO­PRIA­TION

Vous vous pré­ten­dez créa­teurs de ri­chesses, les rois et maîtres de l’ave­nir du monde, et vous vous ar­ro­gez tous les droits, y com­pris ce­lui de m’ex­pro­prier! Y com­pris ce­lui de pas­ser au-des­sus des lois! Mais,à mes yeux, en pas­sant par-des­sus la Loi sur l’eau, vou­sê tes des hors-la-loi!

CETTE EAU QUI NOUS COULE DANS LES VEINES...

Et nous ne sommes pas prêts à sa­cri­fier notre eau, celle qui coule dans nos ri­viè res et sur le fleuve comme dans nos veines.

Je ne peux pas croire que l’on va ris­quer, avec les 7000 puits qu’on nous an­nonce, de voir la vallée du Saint-Laurent se faire dé­vas­ter!

Je suis de ce peuple d’ir­ré­duc­tibles, fiers de se­sé ner­gies re­nou­ve­lables! Je suis de ceux qui veulent de tout leur coeur pré­ser­ver la beau­té du pay­sage où ils vivent, qui veulent boire en­core une eau pure, qui croient que l’éner­gie propre est la voie de l’ave­nir, qui tien­nen­tà conser­ver leur fo­rêt pour mar­cher ou pour chas­ser.

Mon­sieur Caille, Ma­dame Nor­man­deau, nous ne vou­lons pas vivre dans la peur que l’eau que nous bu­vons puis­seê tre conta­mi­née. Nous vous de­man­dons de sus­pendre les tra­vaux, le temps de nous as­su­rer que toutes les pré­cau­tions se­ront prises...

Car nous sa­vons de quel cô­té des choses se trouve la vé­ri­table ri­chesse...

-Do­mi­nic Champagne

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