MIS­SION : ai­der­son­pro­chain

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Cé­dric Bé­lan­ger Le Jour­nal de Québec

Por­trait sai­sis­sant de la vie tu­mul­tueuse dans un centre jeu­nesse, 10 1/2 est un film coup de poing dont on ne res­sort pas in­demne.

Da­niel Grou-Podz uti­lise, dans 10 1/2, la même dé­marche ar­tis­tique que dans son pre­mier long-mé­trage, Les sept jours du ta­lion : il étale son ré­cit sans com­plai­sance et sans par­ti pris, lais­sant au ci­né­phile le loi­sir de se for­ger sa propre opi­nion et de por­ter ses propres ju­ge­ments sur les ac­tions des per­son­nages.

10 1/2, c’est l’âge de Tom­my (Robert Nay­lor, la ré­vé­la­tion du film), un gar­çon re­belle, in­ca­pable d’ac­cep­ter la moindre contra­rié­té, qui a été mal­trai­té et aban­don­né par des pa­rents vio­lents, al­coo­liques et dro­gués.

Tom­my abou­tit dans le centre jeu­nesse Le Trem­plin, où be­sogne Gilles (ex­cellent Claude Legault), après avoir for­cé un gar­çon de cinq ans à lui faire une fel­la­tion et es­suyé une ra­clée du frère de ce der­nier.

Très vite, Tom­my est clas­sé ir­ré­cu­pé­rable par les édu­ca­teurs du centre. Ses vio­lentes co­lères, pi­men­tées de pro­jec­tions d’ob­jets et de sacres à n’en plus fi­nir, font pas­ser les autres jeunes pen­sion­naires, pour­tant pas tous des en­fants de choeur, pour des anges.

Contre l’avis gé­né­ral, Gilles pren­dra Tom­my sous son aile et cher­che­ra à re­mon­ter aux sources de sa fu­reur, tis­sant avec lui des liens comme au­cun adulte n’avait réus­si à le faire au­pa­ra­vant. Cette re­la­tion l’obli­ge­ra à re­mettre en ques­tion ses mé­thodes de tra­vail.

RÉA­LISME CRU

10 1/2 est le fruit d’un mi­nu­tieux tra­vail de re­cherche de Podz et de l’au­teur Claude La­londe, lui-même un an­cien em­ployé d’un centre jeu­nesse.

Le ré­cit très cru qui en dé­coule pro­voque l’in­con­fort en rai­son de son réa­lisme. On a l’im­pres­sion que Podz a su­brep­ti­ce­ment in­tro­duit sa ca­mé­ra dans un vé­ri­table centre. Comme pour Les sept jours du ta­lion, le réa­li­sa­teur n’uti­lise au­cune trame so­nore et offre des images mo­no­chromes, évo­quant la gri­saille de no­vembre.

Les ac­teurs sont tous très justes, mais il est dif­fi­cile de ne pas s’en­thou­sias­mer de fa­çon plus par­ti­cu­lière de­vant le jeu convain­cant de Robert Nay­lor. Pour son pre­mier grand rôle au ci­né­ma, cet ado­les­cent perce l’écran mal­gré une com­po­si­tion pas évi­dente com­por­tant de nom­breuses scènes de sexua­li­té et de mé­mo­rables crises.

Claude Legault lui offre, de son cô­té, une juste contre­par­tie. Ar­bo­rant la barbe, des lu­nettes et une te­nue ves­ti­men­taire sobre, il livre un édu­ca­teur cré­dible.

En rai­son de la jus­tesse de son trai­te­ment et d’une mise en scène per­cu­tante, 10 1/2 est un film à voir ab­so­lu­ment, que l’on soit ou pas sen­si­bi­li­sé au sort de ces en­fants en dif­fi­cul­té.

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