Tra­vailler sur soi-même

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Cé­dric Bé­lan­ger Le Jour­nal de Québec

« 2 fois une femme, c’est pour moi un dé­sir de pour­suivre une dé­marche sur des per­son­nages qui cherchent à se li­bé­rer en­vers et contre tous. Que ce soit d’une re­la­tion, d’un em­ploi ou d’une si­tua­tion fa­mi­liale étouf­fante. C’est mon ob­ses­sion. »

Il faut croire le ci­néaste François De­lisle quand il parle d’ob­ses­sion. Les der­niers coups de ma­ni­velle du tour­nage de Toi, son pré­cé­dent film, n’avaient pas en­core été don­nés qu’il son­geait dé­jà au scé­na­rio de 2 fois une femme, long-mé­trage qui re­late la fuite d’une femme vic­time d’un ma­ri violent et qui prend l’af­fiche ce week-end, si­mul­ta­né­ment en salle et sur Illi­co.

« Dans Toi, j’avais lais­sé mon per­son­nage prin­ci­pal fé­mi­nin dans un état de dé­cons­truc­tion. Je sa­vais que j’al­lais fi­nir de trai­ter des per­son­nages prin­ci­paux fé­mi­nins et ça me ten­tait d’abor­der autre chose. Mais je sa­vais que je vou­lais faire un re­vi­re­ment : re­par­tir du per­son­nage de Toi et lui don­ner sa di­gni­té, qu’elle avait per­due dans le film », confie François De­lisle, qui n’ar­rive pas à ex­pli­quer pour­quoi il a vou­lu ex­ploi­ter le thème de la vio­lence conju­gale, mais convient qu’il en a ré­sul­té un film « qui tient sur un fil ».

« FILM FRA­GILE »

« C’est un film as­sez fra­gile parce que ça re­pose sur des mo­ments d’at­tente, de trans- for­ma­tion, qui sont as­sez lents. D’un point de vue so­cial, la vio­lence conju­gale est un fait, pas de la fic­tion. Quel­qu’un qui est pris dans ce genre de re­la­tion a beau­coup de tra­vail à faire pour s’en sor­tir. C’est un tra­vail sur soi-même, au bout du compte. »

LA FIC­TION RE­JOINT LA RÉA­LI­TÉ

L’or­ga­ni­sa­tion se­crète qui aide le per­son­nage prin­ci­pal à fuir avec une nou­velle iden­ti­té est née de l’ima­gi­na­tion de l’au­teur. Ce der­nier a ce­pen­dant ap­pris, lors d’une pro­jec­tion dans un fes­ti­val de Chi­ca­go, qu’une telle struc­ture exis­tait aux États-Unis.

Les membres de cette or­ga­ni­sa­tion, qui ont vu le film, l’ont aus­si ras­su­ré sur le réa­lisme de son trai­te­ment de la vio­lence conju­gale. Le film a aus­si été bien ac­cueilli lors de sa pré­sence au Fes­ti­val de Pu­san, en Co­rée.

« Je m’aper­çois que mon film a beau­coup de ré­son­nance dans d’autres pays. C’est un su­jet uni­ver­sel et ta­bou. »

Peu por­té sur les au­di­tions, François De­lisle a of­fert sur un pla­teau d’ar­gent le rôle de Ca­the­rine-Sophie à Évelyne Rompré.

« Ex­cep­té les en­fants − j’ai vu une cen­taine de gar­çons pour le rôle de Léo –, mes rôles, c’est un don que je fais. Je fais mon tra­vail de re­cherche et de cas­ting en amont. Je n’aime pas pas­ser des au­di­tions, car je ne crois pas à l’ac­teur en au­di­tion. J’as­sume ce choix et je sa­vais que don­ner un pre­mier rôle à Évelyne, ça al­lait me re­ve­nir. Je pense que c’est as­sez pro­bant, ça m’est re­ve­nu », dit le réa­li­sa­teur, en­chan­té du jeu de son ac­trice prin­ci­pale.

« Il me fal­lait quel­qu’un qui puisse au­tant por­ter les bles­sures que l’es­poir. Évelyne est tom­bée là-de­dans comme un pois­son dans l’eau. Elle se donne sans li­mite et je n’ai fait qu’en pro­fi­ter. Il fal­lait une lu­mière dans le vi­sage et je pense qu’elle l’a. »

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