Le pe­tit ci­né­ma de Gains­bourg

Près de vingt ans après sa mort, la mu­sique de Serge Gains­bourg conti­nue d’ins­pi­rer des in­ter­prètes, qui chantent son ré­per­toire sur toutes les tri­bunes, et des ci­néastes, qui glissent cer­taines de ses chan­sons dans la trame so­nore de leurs films.

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA -

En­core ré­cem­ment, l’Amé­ri­cain Noah Baum­bach a glis­sé Me­lo­dy, thème prin­ci­pal de La bal­lade de Me­lo­dy Nel­son dans la bande so­nore de Green­berg, avec Ben Stiller. Autres exemples de tré­sors gains­bou­riens mixés dans des films sans rap­port ap­pa­rent : Bau­de­laire (dans Un homme au sin­gu­lier), Du jazz dans le ra­vin (Le jour­nal d’une Nan­ny), La Ja­va­naise (Le Code Da Vin­ci), Je t’aime moi non plus (Si­cko), La noyée (La mai­son près du lac), etc. Pour sou­li­gner la pa­ru­tion en DVD cette se­maine de Gains­bourg (vie héroïque), la bio­gra­phie par le bé­déiste Joann Sfar, re­tour sur la car­rière ci­né­ma­to­gra­phique de ce contro­ver­sé per­son­nage de la culture po­pu­laire.

GAINS­BOURG CI­NÉASTE

Il est sans doute le plus mal ai­mé du groupe, et avec rai­son. Serge Gains­bourg était un gé­nie de la mu­sique et de la langue, mais un bien piètre ci­néaste. En 1976, son pre­mier long mé­trage, Je t’aime moi non plus, sur les amours impossibles d’un ca­mion­neur ho­mo­sexuel avec une ser­veuse an­dro­gyne, reste son som­met. Un som­met guère plus haut que la poi­trine de sa muse Jane Bir­kin, mais la chan­son en duo du titre lui a don­né des ailes.

Équa­teur, Char­lotte For Ever et Stan The Fla­sher n’ont pas eu cette chance. Le pre­mier, sur un jeune Fran­çais tom­bé au Ga­bon sous la coupe d’une femme per­verse, est un film érotique ra­co­leur et sans ins­pi­ra­tion. Idem pour

Char­lotte For Ever, valse cen­trée sur sa re­la­tion avec sa fille, par­fu­mée de scan­dale sui­vant la sor­tie de la chan­son thème, Le­mon In­cest. Stan The Fla­sher est pas­sé aux ou­bliettes, Dieu mer­ci.

GAINS­BOURG AC­TEUR

Outre l’au­to­bio­gra­phique Char­lotte

For Ever, Gains­bourg a fait l’ac­teur dans pas moins de qua­rante-cinq pro­duc­tions de ci­né­ma et de té­lé­vi­sion, dont les deux tiers entre 1959 et 1970. Quelques titres? Vou­lez-vous dan­ser

avec moi?, où il donne la ré­plique à sa fu­ture com­pagne Bri­gitte Bar­dot, L’inconnue de Hong Kong, Le la­pin de

Noël, etc. Du lot, l’his­toire a re­te­nu An­na (1967), de Pierre Ko­ral­nik, avec Jean-Claude Bria­ly jouant un pho­to­graphe et An­na Ka­ri­na, son mo­dèle. Écrit par Gains­bourg, qui joue l’ami du pho­to­graphe, le film est pas­sé à l’his­toire en rai­son de la chan­son Sous le so­leil exac­te­ment, de­ve­nue un clas­sique. Slo­gan (1969), de Pierre Grim­blat, a connu le même sort grâce à son thème in­ou­bliable, chan­té en duo avec Bir­kin. Celle-ci joue dans le film une An­glaise dont tombe amou­reux un réa­li­sa­teur de films pu­bli­ci­taires ma­rié et père de fa­mille.

Le chant du cygne de Gains­gourg en tant qu’ac­teur est ve­nu en 1980 avec Je

vous aime, un film in­égal mais très po­pu­laire de Claude Ber­ri, dans le­quel Ca­the­rine De­neuve, le temps d’un ré­veillon de Noël, se rap­pelle les hommes qui ont mar­qué sa vie sen­ti­men­tale. Au gé­né­rique, elle et Gains­bourg chantent

Dieu est un fumeur de Ha­vanes, qui inau­gure une col­la­bo­ra­tion qui se pour­sui­vra sur disque l’an­née sui­vante avec l’al­bum Sou­viens-toi de m’ou­blier.

Le titre iro­nique au­ra été sans ef­fet : Gains­bourg est en­core au­jourd’hui scot­ché à toutes les mé­moires.

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