LE 40 GARS DE ANS LA SHOP PLUS TARD

MON­TRÉAL | Yvon Deschamps fait re­vivre son fa­meux per­son­nage du gars de la shop et d’autres des plus im­por­tants de ses mo­no­logues, dans la pièce in­ti­tu­lée Le boss est mort. Il a de­man­dé à Be­noît Brière de « prendre sa pa­role » sur scène, là où tout a dé­bu

Le Journal de Quebec - Weekend - - WEEKEND - Mi­chelle Coudé-Lord MCLORD@JOUR­NALMTL.COM

« J’ai écrit cette pièce à par­tir de mes plus im­por­tants mo­no­logues, Dans ma cour, le bon­heur, l’ar­gent, pé­père. J’ai tou­jours trou­vé que ce gars de la shop était un vrai per­son­nage de théâtre. Au dé­part, je ne me consi­dé­rais pas comme un hu­mo­riste mais un ac­teur. Ce per­son­nage-là mé­ri­tait de me sur­vivre et sur­tout d’être joué par un bon ac­teur ca­pable d’être à la fois co­mique et tra­gique. Le gars de la shop qui aime exa­gé­ré­ment son boss est naïf, sim­pliste, mais il est comme il est. Ça rap­pelle aux gens qu’on n’a pas le choix d’être comme on est dans la vie. »

Ces mo­no­logues qu’il fait re­vivre, comme L’union, qu’os­sa donne? ne sont pas né­ces­sai­re­ment les « mieux écrits », nous dit Yvon Deschamps; « mais ce sont les plus im­por­tants ». Pour ce dé­fi énorme, sur scène, il ne voyait qu’un seul ac­teur : Be­noît Brière.

« C’est le plus ver­sa­tile, le plus com­plet de nos ac­teurs. Il a une vé­ri­té in­croyable dans son émo­tion, le ti­ming par­fait d’un co­mique et, en même temps, la fra­gi­li­té d’un ac­teur dra­ma­tique. C’est mon Olivier Guimond, et c’est un grand pri- vi­lè­ge­vi­lège de faire ce tra­vail à ses cô­tés, avec Do­mi­nic Champagne comme met­teur en scène », confie M. Deschamps.

LES UNIONS, QU’OS­SA DONNE?

Il parle alors de Chose, son gars de la

shop non bap­ti­sé parce qu’il peut être un oncle, un voi­sin, un ami, n’im­porte qui, en fait, avec un pro­fond at­ta­che­ment.

« Ce per­son­nage c’est vrai­ment une par­tie de moi-même. Le mo­no­logue

Dans ma cour dé­crit par­fai­te­ment le mi­lieu de vie de mon en­fance, d’où je viens. Moi, j’au­rais tout fait pour mon boss. J’étais un peu comme Chose lorsque je tra­vaillais au théâtre de Paul Buis­son­neau et j’avais peu d’am­bi­tion, ne sa­chant pas quoi faire de ma vie. Puis mon père m’a for­cé à me trou­ver un mé­tier à 19 ans ; c’est là que je me suis re­trou­vé à la dis­co­thèque de Ra­dioCa­na­da. Ça m’a ou­vert l’es­prit. Mais le mo­ment-clé fut le jour où une amie m’a ame­né au théâtre. Ce fut une vé­ri­table ré­vé­la­tion. J’ai com­pris pour­quoi je n’avais en­vie de rien, avant ce­la, car je ne connais­sais pas ce­la, et il était là, mon mé­tier », ra­conte avec une émo­tion vi­brante et si vraie, Yvon Deschamps.

C’est ain­si que, dans Le boss est mort, le pu­blic pour­ra re­vivre une époque par le biais du per­son­nage du gars de la

shop.

Pour­rait-il ré­écrire, au­jourd’hui, ce mo­no­logue?

« Non, car, de­puis tout ce temps il y a eu un bon équi­libre entre les ou­vriers et le pa­tro­nat. Ça n’au­rait plus sa place, sauf pour le cas des pauvres femmes im­mi­grantes dans les ma­nu­fac­tures ou usines, qui se font en­core ex­ploi­ter, ces pauvres pe­tites. C’est pour eux qu’il faut se battre », pré­cise Yvon Deschamps.

Et alors pour­quoi avoir ac­cor­dé une en­tre­vue au Jour­nal de Mon­tréal?

« Ce n’est pas mon com­bat, à moi, in­di­vi­duel­le­ment. Alors que, dans le pas­sé, j’au­rais pu pen­ser le contraire, je suis plus nuan­cé avec les an­nées. J’ai plu­tôt dé­ci­dé d’être so­li­daire des ar­tistes avec qui je tra­vaille, qui ont be­soin du Jour­nal de Mon­tréal.

« Il y a eu une belle évo­lu­tion, de­puis 40 ans. Ça reste une uto­pie de croire que nous n’avons pas be­soin de syn­di­cat, mais tout est dans l’équi­libre. À cha­cun sa force. »

MER­CI AU CHAέNON

Homme très im­pli­qué so­cia­le­ment, Yvon Deschamps a ai­mé pro­fon­dé­ment son im­pli­ca­tion au Chaî­non avec sa femme Ju­di.

« Le Chaî­non fut su­per mar­quant dans ma car­rière. Ce­la au­ra gui­dé mon écri­ture pen­dant quinze ans. »

En­fant bat­tu par sa mère, avoue Yvon Deschamps, il dé­teste toute forme de vio­lence.

« Ma mère per­dait le contrôle et nous frap­pait à en perdre connais­sance. J’en souffre en­core au­jourd’hui. Je n’ai ja­mais été ca­pable adulte de lui tou­cher. Elle est morte à 86 ans dans son som­meil » dit-il de sa voix de pe­tit gars en­core bles­sé.

COM­MENT FI­NIR AVEC LE GARS DE LA SHOP?

Yvon Deschamps vit un grand di­lemme dans la pré­pa­ra­tion du spec­tacle

Le boss est mort. Son gars de la shop se sui­ci­de­ra-t-il? « Quand j’ai écrit ce­la, j’étais très dé­pres­sif. Ma femme ve­nait de me lais­ser. C’était dur. Là, je sais qu’il ne tue­ra pas son fils, la seule per­sonne qui lui reste, au­tour de lui. Et je n’ai pas en­core dé­ci­dé de son sort ! Do­mi­nic Champagne, le met­teur en scène, a sa vie entre ses mains, je crois » lance-t-il, en riant à la Deschamps. √ Le boss et mort, pré­sen­té au Quat’Sous, du 15 fé­vrier au 5 mars 2011. En sup­plé­men­taire, au Mo­nu­ment na­tio­nal, du 22 au 23 avril 2011. au Vieux Ter­re­bonne, du 17 au 19 mars 2011, à la Salle An­dré-Ma­thieu, du 25 au 27 mars 2011, à L’Étoile, du 8 au 9 avril, et à la Salle Al­bert Rous­seau, du 14 au 16 avril 2011.

LE BOSS EST MORT

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