LES « BONNES SOEURS » FÉ­MI­NISTES

Je suis loin d’être une sainte, mais mon an­cêtre, Eu­la­lie Du­ro­cher, elle, l’était. La fon­da­trice des soeurs des Saints Noms de Jé­sus et de Marie, a été béa­ti­fiée dans les an­nées 80. C’est pour en sa­voir da­van­tage sur cette illustre membre de mon arbre gén

Le Journal de Quebec - Weekend - - WEEKEND -

Le livre de Claude Gra­vel se lit comme un ro­man cap­ti­vant dans le­quel on suit le quo­ti­dien des frères et des soeurs en­sei­gnants, des re­li­gieuses vouées aux dé­mu­nis, des mis­sion­naires ou des moines. Pour les gens de ma gé­né­ra­tion qui n’ont pas connu l’édu­ca­tion des re­li­gieux, c’est un cours en ac­cé­lé­ré sur l’ap­port im­mense des 50 000 frères et soeurs qui oeu­vraient au Québec dans les an­nées 60 : le soin des or­phe­lins, des filles-mères, des mi­sé­reux. Les re­li­gieux étaient par­tout où il y avait de la souf­france hu­maine.

De­puis plu­sieurs an­nées, chaque fois qu’on en­tend par­ler des com­mu­nau­tés re­li­gieuses, c’est pour dé- non­cer leurs abus, leurs dé­ra­pages. C’est nor­mal. Mais on a mal­heu­reu­se­ment je­té bé­bé avec l’eau du bain et on a éva­cué par le fait même l’im­mense contri­bu­tion po­si­tive des re­li­gieux à l’avan­ce­ment de la so­cié­té ca­na­dien­ne­fran­çaise.

RÔLE PRI­MOR­DIAL

J’ai été par­ti­cu­liè­re­ment contente d’ap­prendre à quel point les re­li­gieuses en­sei­gnantes avaient joué un rôle pri­mor­dial dans l’éman­ci­pa­tion des femmes en leur don­nant ac­cès à une édu­ca­tion su­pé­rieure que ni les évêques ni les gou­ver­ne­ments ne vou­laient leur don­ner.

Sa­viez-vous qu’en 1915, l’évêque de Val­ley­field de­man­dait aux re­li­gieuses de ne pas for­mer « des femmes sa­vantes, que leur ri­di­cule va­ni­té ne ten­drait qu’à écar­ter de la vo­ca­tion et des de­voirs or­di­naires à leur sexe »? Heu­reu­se­ment, des soeurs se sont bat­tues et ont ou­vert des col­lèges clas­siques fé­mi­nins à une époque où les fa­cul­tés de mé­de­cine, de sciences ou de com­merce étaient fer- mées aux femmes! On ne peut qu’ad­mi­rer mère Saine-Anne-Marie, fon­da­trice du Col­lège Mar­gue­ri­teBour­geoys, qui dé­cla­rait au dé­but du siècle : « La femme a le droit, mieux en­core, elle a le de­voir de s’ins­truire. » Sous les voiles et les cor­nettes, des fé­mi­nistes avant l’heure? Il y a vrai­ment de quoi être fières.

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